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« tell me about it... »

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MessageSujet: « tell me about it... » Dim 18 Jan - 14:41



Réunion de rédaction à Shark Publications. Après avoir descendu en flammes le département des actualités politiques pour leur déficience visuelle et intellectuelle flagrante, c'est au tour de la section des actualités culturelles de se présenter, pour l'un des magazines de la maison d'édition. En faisant voyager un crayon à papier d'une main à une autre, je laisse le soin à Rayan de prendre en notes tous les échanges de cette réunion afin d'en préparer un compte-rendu à transmettre à la fois aux journalistes et à moi. Le trio est debout devant la grande table circulaire, j'arque un sourcil et j'écoute attentivement ce qu'ils ont à dire. "Nous avons décidé d'axer notre travail sur la préparation des Oscars en s'appuyant sur ce que nous avions fait l'an passé. Les directives éditoriales n'étant pas à la hauteur des attentes du public, nous pensons que…" Un craquement sonore se fait entendre : je viens de briser en deux le crayon à papier qui circulait entre mes doigts. Le visage fermé et les yeux plantés dans l'imprudente qui a eu l'audace d'enchaîner les bourdes en un temps record, quiconque d'extérieur à la scène aurait pu y voir un tigre prêt à bondir sur sa proie et n'en faire qu'une bouchée. Après plusieurs sursauts parmi les journalistes, je me décide à prendre la parole sur un ton à la fois détaché et bouillant. "Et quels sont les problèmes des… directives éditoriales ?" De la bouche de l'éditeur en question, cette question est une pente savonneuse en elle-même. Les deux comparses de la journaliste reculent d'un pas, l'abandonnant seule à son triste sort. Aucune solidarité face au démon. La jeune femme déglutit et serre ses feuilles pour s'épargner de trop grands tremblements. "Et bien, je… enfin, j'ai pensé que la formule de l'an dernier avait fait ses preuves, et qu'en la réutilisant, je pourrais proposer…" Je penche légèrement la tête sur le côté, un air meurtrier sur le visage. "Si vous êtes déterminée à défendre le recyclage, je vous suggère d'aller poursuivre votre carrière dans une déchetterie. Il semblerait que vous en ayez déjà l'accoutrement, outre les idéaux." Les yeux bas, la peau rouge carmin, la journaliste incline la tête. Pas une mouche ne se fait entendre dans la pièce, jusqu'à ce que je reprenne la parole avec un ton désabusé. "Allez, dehors. Dans ma grande bonté, je vous laisse jusqu'à demain, huit heures, pour me soumettre une idée qui m'épargne la rédaction de votre lettre de licenciement." Sur ces mots, je mets fin à la réunion de rédaction, laissant le soin à Rayan de rédiger ce fameux bilan, tandis que je m'en retourne à mon bureau.
Vers 16h, je raccroche le téléphone fixe, après avoir longuement discuté avec Viviane, depuis Londres. En co-direction de la société sur le plan international, la businesswoman est l'une de mes interlocutrices privilégiées, un requin perché sur des talons aiguilles aussi tranchants que sa langue. Tandis que je tape à l'ordinateur, j'entends de loin une sorte de chahut à l'extérieur du bureau. Je n'en suis pas sorti depuis au moins deux heures, coupé de tous afin de travailler en paix. Cela dit, force est de constater que je ne peux pas me concentrer en entendant toutes ces voix se bousculer les unes à la suite des autres. Agacé, je me lève, reboutonne la veste de mon costume et marche jusqu'à la porte que j'ouvre rapidement. "Peut-on savoir ce qui…" Le temps semble s'être arrêté. Plus personne ne bouge, j'ai même cru entendre un pigeon à l'extérieur s'écraser contre la façade en tournant la tête vers l'intérieur des open spaces. En baissant les yeux, j'aperçois une petite fille qui m'observe avec de grands yeux ronds. C'est étrange, elle a un air qui ne m'est pas totalement inconnu… cela étant, je ne m'embarrasse pas de plus de réflexion à ce sujet. "Marc !" En moins de dix secondes, mon ancien assistant rapplique au pas de course. Allez savoir pourquoi, il est toujours dans le secteur d'une manière ou d'une autre. Le résultat d'une dizaine d'années de dressage pur et dur. Le rédacteur de mode se poste juste à côté de moi, j'en profite pour désigner d'un signe de tête la fillette. "Qu'est-ce que c'est que… ça, et d'où ça sort ?" Le ton est dédaigneux, glacial et particulièrement hautain. Joe Shark et les enfants… Marc déglutit et regarde à son tour la petite fille. "C'est un… un enfant qui… enfin, c'est la… - Marc, je croyais avoir dit que la seule raison pour laquelle j'accepterai la présence de ces nuisibles, hormis mes propres enfants à dose homéopathique, ce serait comme monnaie d'échange envers des concurrents commerciaux ayant fait l'erreur de devenir parents." Priceless. Le trentenaire hoche la tête avec empressement puis vrille son regard sur le côté. "Elle est à lui !" lança-t-il en pointant Rayan du doigt, balançant lâchement mon assistant. J'aperçois une femme mature près du grand blond qui semble prendre la sortie de l'étage. Les bras croisés, je fixe Rayan avec attention et une certaine forme de sévérité. Des explications seraient les bienvenues.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Lun 19 Jan - 19:39


Le nez rivé sur mon calepin, stylo à la main ne cessant de courir sur le papier à une vitesse vertigineuse, je m'amuse tant bien que mal de la situation actuelle. Voir les différents rédacteurs défiler et tous se faire massacrer l'un après l'autre sous les attaques incessantes de la langue de vipère du grand patron... un délice infini pour les yeux et les oreilles. Les directives éditoriales... aïe. Je glisse légèrement sur mon siège en m'arrêtant d'écrire. Impact dans 3, 2, 1... Et la remarque ne tarde pas de voler, tous comme les immanquables menaces qui m'arrachent un rire intérieur. Heureusement que j'ai placé une boîte de mouchoirs à la sortie de la salle de réunion, cette impertinente en aura grandement besoin lorsqu'elle posera un pied hors de cette pièce. « Dommage que la laideur et les vêtements pouilleux ne sont pas un motif de licenciement. Ceci dit, vous perdrez la moitié de vos employés avec pareilles conditions. », lançais-je alors que la réunion prenait fin et que Shark venait à se redresser, le nez à nouveau plongé sur mon calepin afin d'y glisser encore quelques notes, la langue coincée entre les dents en signe de concentration extrême.
Le nez scotché sur l'écran de mon ordinateur bien plus tard dans l'après-midi, je me lance dans une dernière relecture du bilan que je viens tout juste de mettre au propre. « Pas maintenant, Marc. Je termine ce compte-rendu avant et ensuite, on peut envisager de faire des extras. » Les doigts de l'ancien assistant tapotent le bois du bureau presque avec impatience, mais je me décide de l'ignorer alors que je me lève afin de récupérer le papier qui est tout juste en train de sortir de l'imprimante. Le téléphone sonne, interrompant le rédacteur de mode dans une nouvelle tentative pitoyable de séduction. Si avant je m'amusais à flirter avec ce dernier, je me dois bien avouer que je suis plus distant avec lui depuis quelque temps maintenant. Un type de la sécurité m'annonce l'arrivée en trombe de ma mère adoptive avec un ton quelque peu moqueur, me faisant ainsi soupirer et lever les yeux au ciel. « Oui, et ?... AVEC MA QUOI ?! ET ELLES SONT EN TRAIN DE MONTER ?! Dans le meilleur des cas, vous allez être viré, j'espère que vous êtes conscient de ce détail. » Au tour de qui de se moquer de l'autre ? Je raccroche et cours jusqu'à l'ascenseur, prêt à garder aussi bien ma mère et ma fille dans cette cage de métal afin qu'elles rebroussent chemin. Malheureusement, la mère Harabo a une idée précise en tête et l'abandonner n'est pas dans ses cordes. « Ah, mon chéri, il faut que tu gardes ta fille. J'ai des appartements à visiter et elle a des devoirs à faire. », m'annonce ma mère en faisant claquer ses talons sur le sol et tenant fermement la main de Sara. Mes yeux s'écarquillent alors que je leur emboîte le pas. Si elle croit qu'elle va s'en tirer de la sorte. « Mais j'travaille m'man !! J'peux pas là ! » Quelle persuasion. « Oui, oui, c'est bien. C'est ton bureau, je suppose. Surtout, tu restes là Sara, pas de bêtises, tu fais tes devoirs avec ton papa. » Un dernier bisou sur la joue de la petite fille qui n'a toujours pas prononcé le moindre mot et Sapira tourne déjà les talons afin de regagner l'ascenseur. Je la coupe dans son élan avant qu'elle n'arrive à destination, agrippant son bras afin qu'elle se tourne enfin vers moi. C'est alors un air des plus hautains que je prends en m'adressant à cette dernière. « Oh, tu l'emmènes avec toi ! C'est pas la garderie ici, tu comprends ou pas ? Visiblement pas. » Sapira fronce les sourcils et me menace en levant son doigt. Tous à couvert, la tempête approche. « Tu vas baisser d'un ton, Rayan Armand Clives-Harabo. Tu réfléchiras à deux fois avant de coucher avec la première venue pour essuyer une peine de... » Tournant la tête en entendant une voix masculine qui fait écho dans tout l'étage, Joe Shark tombe dans mon collimateur, sortant tout juste de son bureau et se trouvant directement en face de ma fille qui ne peut s'empêcher de le fixer droit dans les yeux. Par pitié, dites-moi que ce cauchemar est sur le point de se terminer. Je déglutis difficilement, me disant que j'allais très bientôt me faire ouvrir le ventre afin d'être pendu par les intestins à la fenêtre de son bureau. Je pris tous les cieux pour devenir invisible en moins d'une seconde, mais Marc n'a pas sa langue dans sa poche, une fois encore. Je détourne le regard lorsque celui de Shark vient à couler sur moi, me rendant alors compte que ma mère vient tout juste de filer. Traîtresse. D'un calme olympien extérieurement parlant, je m'avance jusqu'aux deux hommes et tends la feuille du compte-rendu à l'éditeur. « Voilà le bilan de la réunion... Non, ça ne vous... » Apparemment, c'est le cadet de ses priorités à l'heure actuelle. « Puis, elle est plutôt à elle... Qui vient de partir... Qui l'a oublié ici... » Si je suis un professionnel dans l'art de mentir à mes futures conquêtes ainsi qu'à mes concurrents afin de les écraser, je ne le suis en rien lorsqu'il s'agit de mentir à mon patron. « Votre service de sécurité laisse vraiment à désirer, ils font entrer n'importe qui. » Donc, je préfère contourner le problème. Après avoir longuement détaillé Joe, Sara vient à se blottir contre moi tout en levant son visage. « C'est qui le vilain monsieur, Pap... » Ouh non, tu vas te taire. Ma main se colle contre sa bouche pour que plus un son ne vienne à sortir d'entre ses lèvres. Visiblement, certains secrets ne sont pas amenés à le rester bien longtemps. Je la débarrasse du sac rose qu'elle porte dans son dos, la prend dans mes bras et l'installe sur la chaise de mon bureau. « Désolé pour le dérangement... Elle ne vous causera pas de problèmes...», bredouillais-je alors. Énervé, agacé, honteux. Tellement de sentiments se bousculent alors en moi et je maudis ma mère adoptive de m'avoir fait un pareil coup bas.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Sam 24 Jan - 10:11



Mon regard azur court sur les formes de la femme qui quitte l'étage… Non, reste concentré, Shark. En réalité, ce qui m'accapare le plus, c'est la présence de ce problème que le peuple appelle "enfant". Parfois, je me demande comment j'ai pu faire pour me reproduire en pas moins de quatre exemplaires sans jamais le désirer, alors que certains couples peinent à avoir ne serait-ce qu'un seul enfant. J'ai dû faire quelque chose de réellement mauvais pour que Dame Nature m'en veuille à ce point. Bras croisés, je repose toute mon attention sur Rayan qui se tient devant moi, rapport à la main pour tenter d'échapper au jugement que je lui impose. Pas un mouvement de ma part, rien que ces mêmes yeux impérieux qui le fixent en le sommant silencieusement d'une explication rapide. En effet, je me moque de ce bout de papier. De même que cette excuse visant à juger l'inconnue qui vient de s'en aller comme responsable de cet enfant… Ou encore une critique du service de sécurité. A cet argument, j'arque un sourcil. Mauvais signe, jeune homme. "Ils ne tarderont néanmoins pas à virer les personnes qui n'ont pas leur place dans ces bureaux." Et ces paroles ne s'adressent pas seulement à la petite qui vient clairement de me taxer de vilain. J'ai beau avoir la quarantaine, je ne suis absolument pas sourd. La jeune demoiselle vient de s'offrir un regard que même les pires monstres de ses cauchemars n'auraient su lui infliger… De quoi lui faire mouiller son lit pour les prochaines semaines. Diabolique ? Et pas qu'un peu. Cependant, ce qui m'empêche de dire un mot de plus pour le moment, c'est ce qu'il a voulu l'empêcher de prononcer. Papa. Ah oui, maintenant que j'y pense, Marc a probablement mentionné le fait que Rayan avait une fille… en roi absolu des gossips sur tout le monde, du plus parfait des anonymes à la superstar médiatisée, rien n'échappe au rédacteur de mode. Je confesse que c'est l'une des raisons pour lesquelles je le garde à mon service : il est toujours bon d'être informé des personnes que l'on souhaite surveiller. Dans la mesure où tout le monde a les yeux fixés sur nous, Marc réagit le premier et se rapproche de moi en chuchotant. "Si tu veux, je peux appeler Omar de la sécurité pour qu'il te vire ça immédiatement… On a un petit local en sous-sol, ça servira à autre chose qu'à ranger les balais…" Je ferme les yeux en soupirant. "Je te remercie, cela part d'un bon sentiment, mais je doute fort qu'il y ait de la place pour tout le monde dans ce placard à balais." Marc opine avec un air grave et s'en va un peu plus loin, juste assez pour ne pas prendre part à la conversation tout en ayant quand même une oreille qui traine afin de satisfaire sa curiosité. Je prends enfin le temps de regarder cette petite fille qui trône sur le siège de son père, dans un silence religieux qui confine à l'anxiété la plus profonde pour quiconque se sent visé. Finalement, c'est vers Rayan que je me tourne. "Si j'accepte que votre... fille reste ici, c'est donner le feu vert à toutes les secrétaires qui se sont faites engrosser réclamant un service nursery pour leur progéniture bruyante et incommodante." Soudain, alors que j'allais le congédier pour qu'il continue son travail directement chez lui afin de m'épargner la fréquentation de ce nain femelle, j'entends une voix familière s'élever depuis l'ascenseur. Avant même de pouvoir dire un mot, une tornade appelée Connor fait irruption en courant, les bras levés en l'air comme un marathonien sacré champion à New York. "Y a pas cours, y a pas cours, y a pas cours !!" Sans faire attention où il marche, Connor bute contre Rayan et recule de quelques pas en secouant la tête. Un bulldozer, cet enfant, cela en devient... gênant. Blasé et au bord du désespoir le plus profond, je masse mes tempes en fermant les yeux. "Je t'ai déjà ordonné de ne mettre les pieds ici qu'en cas d'urgence. - Mais la maîtresse est malade, la nounou est partie avec Camille faire les boutiques, puis tonton No' n'est pas là..." Je tourne la tête pour regarder un peu partout, désireux de trouver de l'aide. "Seigneur, c'est une invasion... Demain, j'augmente de façon draconienne les mesures de sécurité." Mon regard croise celui de Rayan, puis je finis par lever la main de façon désabusée en m'adressant aux enfants. "Vous n'avez qu'à rester ici, tous les deux. Mais si j'entends un seul bruit, si j'en vois un courir, importuner les employés ou faire quoique ce soit de déplacé, je vous fais redescendre tous les étages de ce building en vous lançant de la fenêtre de mon bureau, suis-je assez clair ?" Plus glacial, ça s'appelle La Reine des Neiges. Connor hoche la tête en baissant les yeux puis s'avance déjà vers Sara avec un air à la fois adorable, curieux... et intéressé. Shark un jour, Shark toujours. Je regarde une dernière fois Rayan pour m'adresser à lui. "Vous finirez votre service en même temps que moi, à 17h30. J'aurais à parler avec vous. Et puis tant que cela m'épargne aussi d'avoir à supporter cette foire ambulante..." lançai-je en désignant la pipelette survoltée qui me sert de fils. Sachant que Rayan est père, je pense qu'une discussion s'impose, et pas que professionnelle. Mon regard lui indique clairement que c'est sur un plan plus personnel que je souhaite échanger. Après tout, derrière mon attitude autoritaire et effrayante, je lui ai fait comprendre que je le considérais plus que comme un simple assistant.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Dim 25 Jan - 18:21


Mes yeux manquent clairement de sortir de leurs orbites et je déglutis difficilement une fois de plus. Oui, j'ai conscience que je ferais mieux de fermer ma bouche dans certaines situations, mais cela m'est bien souvent impossible. Le bouton off était visiblement une option à la naissance et tourner sept fois ma langue dans ma bouche, c'est trop me demander. Je préfère clairement la tourner dans celle de... enfin bref. Sara enfuie son visage dans ma chemise et visiblement, elle est à deux doigts de pleurer. Elle est bien gentille, bien mignonne, absolument pas bavarde, bref, la fille que tous les parents aimeraient avoir, mais je me dis que des fois, elle est un peu trop fleur bleue. Cela fait plusieurs mois maintenant qu'elle est entrée dans ma vie, et pourtant, j'ai l'impression de ne la connaître que depuis hier. « J't'entends, Marc. », grognais-je alors que le rédacteur de mode suggérait clairement d'enfermer ma fille dans un placard à balais. Une fois Sara installée sur le siège, je croise les bras contre mon torse et me dois de faire face aux reproches de Shark quant à la présence de la petite dans les locaux. Comme si j'avais demandé à l'avoir sur les bras. Autant dire que ma mère est devenue une vraie peau de vache à mon égard depuis que je lui ai explicitement souligné le fait qu'elle prenait trop de place dans l'appartement et qu'elle finissait par m'étouffer à petit feu, aussi bien moi que Sara. Une sorte d'entrave dans ma relation avec ma fille, à dire vrai. Lorsqu'un fanfaron se met à hurler à travers tout l'étage, je détourne la tête en fronçant les sourcils et tombe sur nul autre que le fils Shark. Le plus petit, précisons-le. Je ne bronche pas, me contentant de soupirer alors que cette fusée fonce droit sur son père... Ou presque, puisqu'une mauvaise trajectoire prise fait que le jeune homme se cogne à moi. Et il a laissé une trace sur ma chaussure fraichement cirée, je crois rêver. Pourquoi tous les gosses ne peuvent pas être comme la mienne ? Muets et absolument pas casse-couilles. Une main posée devant mes lèvres en observant la scène qui se déroule sous mes yeux, je me contente d'une bref coup d'œil à l'encontre de mon patron lorsque je sens ses yeux se poser sur moi. Non, je ne dirais rien, j'ai bien souligné que la sécurité laissait à désirer et on m'a craché à la gueule en retour. Observant Sara, je me demande si elle a compris que Shark s'adresse en partie à elle. Visiblement pas, elle a l'air plus dans la lune qu'autre chose... alors qu'elle dévisage Connor. Et le voilà qui se rapproche d'elle, d'où un nouveau froncement de sourcils qui finit par se perdre lorsque je reporte mon attention sur l'éditeur qui s'adresse à moi. « Oui, monsieur. », soufflais-je en fuyant presque son regard. Pour une fois, je sais qu'il ne s'agira pas que d'une discussion professionnelle, ce qui m'inquiète plus qu'autre chose. Laissant l'éditeur regagner son bureau, je me tourne enfin vers les deux petites têtes présentes sous mes yeux. « Et toi, enlèves tes mains de ma fille avant que je ne vienne à te les couper. » Depuis le temps que je voulais lâcher cette réplique à l'encontre du fils Shark et que je me retiens parce que son père se trouvait juste à côté... Je prends Sara dans mes bras et reprends ma place sur mon siège avant d'installer la petite sur mes genoux. « Bon, alors, montre-moi ces devoirs. Qu'est-ce que c'est ? » Elle commence à sortir ses affaires de son sac et s'arrête d'un coup dans sa lancée. « Sara... » Mais qu'est-c'que... évidemment. Connor se trouve de l'autre côté du bureau et adresse ce qui semble être son regard le plus craquant à l'encontre de ma fille. « Marc ! » Et voilà le rédacteur qui rapplique en une seconde à peine, visiblement toujours à l'affut du moindre potin à raconter au grand patron. « Tu veux bien l'attacher dans un coin, il perturbe Sara. » Sans détour, aucun. « T'as vu papa, il est blond et beau comme toi ! » Mais oui, je sais très bien que je suis beau, mais... tu vas te calmer trente secondes, jeune fille. À ton âge, on ne se permet que ce genre de remarque à l'encontre de son paternel et non pas d'un autre garçon tel qu'il soit. « Ouais, enfin pour le moment tu fais tes maths et tu penseras aux garçons dans une quinzaine d'années seulement. » Que se soit clair, si Sara et moi n'avons pas une véritable relation père-fille pour l'heure, je ne reste pas moins protecteur et attentif envers cette dernière. Rejetée par une partie de sa famille, je sais mieux que quiconque ce qu'elle a pu ressentir après tout ça. Et elle reste la dernière chose qu'il me reste, autres les souvenirs, de la seule femme pour laquelle j'ai pu ressentir un peu plus que de l'amitié. Je sens des regards posés sur nous et lorsque je redresse la tête, je m'en prends au premier qui a l'impertinence de continuer à me fixer. « C'est votre cinquième café en quoi ? Une heure, peut-être moins ? Alors vous feriez mieux de vous remettre au travail avant que... » Pas le temps de terminer ma phrase, le type en question est déjà parti. Il a compris que le grand patron n'apprécierait pas un nouvel écart de plus aujourd'hui. 17h30 à peine passé, finalement. Je me redresse enfin de mon siège et insiste pour que Connor et Sara ne s'éloignent pas à plus de dix centimètres du bureau, et que le premier ferait bien de mettre un bon mètre de distance entre lui et ma fille. Je toque deux fois à la porte du bureau de Shark et entre dans la pièce. « Votre fils vous attend avec impatience, il est presque intenable... » Une catastrophe ambulante, ce gamin. Au bout du compte, je suis bien heureux d'avoir hérité d'une demoiselle qui n'ouvre presque pas la bouche. « Et je suis désolé pour le désagrément causé, c'était la première et la dernière fois... » Généralement, après ce genre de phrases, vous vous retrouvez viré de la boîte pour laquelle vous travaillez... Alors la ferme, Rayan. « Vous vouliez me parler ? » Bah oui, alors laisse-le en place une.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Dim 1 Fév - 9:32



Connor lève la tête en direction de Rayan lorsqu'il s'adresse à lui. Toi, j't'aime pas. C'est ce que signifie ce petit coup d'œil rapide de l'enfant. Mélangez la brutale franchise de Sophie à l'aspect impitoyable de son père, et il arrive à cette petite bombe de gentillesse de se transformer en garçon relativement peu impressionnable. "Tu me parles pas comme ça, Monsieur. Ici, c'est moi l'deuxième patron !" Torse gonflé et posture de coq fièrement installé au centre de sa basse-cour, il pense dominer le monde du haut de son mètre quarante. Malheureusement pour Rayan, lorsque Connor se trouve sur les terres de son père et qu'il a enfin une fille à proximité, il ne manque jamais une occasion de rappeler sa place privilégiée... Marc ne tarde pas à rappliquer lorsque la voix de l'assistant s'élève, mais la réponse escomptée n'est pas forcément celle attendue. Tandis que le rédacteur s'avance vers l'enfant, ce dernier fronce les sourcils en se saisissant d'un marqueur noir. "Si t'approches, je crayonne tous tes vêtements !" Arrêt brutal. Marc écarquille les yeux en serrant les poings. Infernal petit monstre... À la manière d'un chevalier brandissant son épée, Connor ne manque pas d'en mettre plein la vue à la dénommée Sara, alias la future Madame Connor numéro douze. Oui, monsieur a son petit harem, et c'est tout une logistique. Le rédacteur de mode recule de deux pas, hausse les épaules en regardant Rayan et se retire sans plus de cérémonie, laissant le grand blond aux prises avec les deux enfants. Navré, mais Prada passera toujours avant le reste.
Au terme du temps imposé, je lève la tête quand Rayan rentre dans mon bureau. Il est pile 17h30. Pourquoi ne suis-je pas surpris de cette ponctualité ? Sa remarque me fait hausser un sourcil circonspect. "Il a malheureusement hérité de l'irritable hyperactivité de sa mère... et les médecins menacent de m'intenter un procès si je décide de calmer mon enfant aux sédatifs une seconde fois." Par "les médecins", entendez plutôt Noah qui m'a pris la main dans le sac alors que je couchais Connor dans son lit après avoir sensiblement aromatisé son goûter avec une ou deux pilules soigneusement cachées. Père indigne, je sais. Je me lève et attrape mon manteau ainsi que mon écharpe, non sans soupirer légèrement. "Cessez de vous excuser pour le reste de la journée, j'ai compris que vous n'étiez pas entièrement responsable de la situation." J'ai beau être un patron exigeant envers mes employés, et plus particulièrement Rayan, je ne suis pas idiot et irrationnel pour autant. Une fois habillé, je le contourne sans lui répondre et sors du bureau pour m'adresser aux deux monstres habillés à leur tour. C'est amusant, au moment où j'apparais, ils semblent se séparer brusquement, comme s'ils étaient anormalement proches l'un de l'autre lorsque Rayan avait le dos tourné. "Nous allons nous promener dans le parc tous les quatre. Rayan, vous nous suivrez avec votre voiture." lançai-je au jeune homme, sans plus d'explications. Connor sautille sur place avec entrain puis part le premier vers l'ascenseur après avoir fait un clin d'œil à Sara. Je lui emboîte le pas. Une quinzaine de minutes plus tard, nous voici garés sur le parking, Connor bondit hors de l'Aston Martin pour attendre sa nouvelle égérie du moment, négligemment appuyé sur le capot de la voiture de collection. Je passe à côté de mon fils en le gratifiant d'un regard qui veut tout dire : presque immédiatement, il se redresse et essuie la carrosserie avec son blouson. Good boy. Rayan et sa fille nous rejoignent, les enfants partent rapidement devant pour jouer sur les grandes étendues verdoyantes du parc. Une fois seul avec l'étudiant, j'enfonce mes mains dans les poches de mon manteau noir et je tourne la tête vers lui. "Je préférais discuter avec vous hors du bureau. J'aime que Marc ait les oreilles qui traînent, mais pas sur tous les sujets. En outre, faire courir et se dépenser les enfants les fatiguera plus facilement pour la soirée... je pense que c'est dans notre intérêt à tous les deux." Si Connor est toujours survolté, je me doute que Rayan préférerait éviter d'avoir à essuyer une foule de questions de la part de cette petite une fois qu'ils seront chez eux. Tandis que mes pupilles azur surveillent à la fois les deux énergumènes ainsi que les gens qui se trouvent autour d'eux, je poursuis sur un ton un peu moins prescriptif qu'à l'ordinaire. "Vous n'aviez pas mentionné que vous étiez déjà père, lors de notre première entrevue. J'imagine que ce n'est pas une simple omission de votre part, je me trompe ?" Oui, je lui demande très clairement de me parler de sa situation actuelle. Cela étant, contrairement à d'autres, il n'est pas du tout question de répondre à une curiosité malsaine. Je pense que Rayan sait depuis un certain temps que je ne le considère pas que comme un banal assistant ou employé parmi tant d'autres.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Mar 3 Fév - 19:00


Une fois les deux pieds plantés dans le bureau du grand patron, je retiens difficilement un faible rire en imaginant Shark dans pareille situation. Ce sont d'ailleurs ses propos qui me font à nouveau penser que j'ai une chance inestimable d'avoir une fille aussi douce plutôt qu'une hystérique dans mon genre. La vie a fait un sacré cadeau à Sara, à défaut de lui avoir offert un début de vie fort désagréable. Tournant finalement les talons pour suivre ses pas venant à le mener hors du bureau, je m'arrête un instant, plissant les yeux en repérant un comportement suspect entre les deux enfants qui étaient hors de ma surveillance pendant les trente dernières secondes. Bad idea, visiblement. Ils se passent des choses suspectes et ça ne me plaît pas. Comment ça, papa poule ? Non, papa dragon, plutôt. J'entrouvre les lèvres, la main relevée, prêt à intervenir lorsque Shark suit les traces de son fils qui s'est déjà rué vers l'ascenseur. Se promener dans le parc ? C'est une après-midi bien étrange que je suis en train de vivre. Je ne discute pas et accompagné par Sara, je quitte à mon tour le bâtiment. Sur le chemin, cette dernière ne cesse de vanter les mérites du jeune Connor, ce qui n'est pas sans me faire grommeler à pleins poumons jusqu'à ce que je vienne à couper le moteur, une fois la destination atteinte. Sara saute déjà hors du véhicule, tout sourire face à Connor qui se prend pour le maître de l'univers jusqu'à ce que son père le rappelle à l'ordre d'un simple regard. Je lève les yeux au ciel, presque ahuri du comportement de ma fille. Comme sa mère, elle se laisse mener en bateau par les beaux parleurs. Ce n'est pas non sans garder un œil discret sur la demoiselle que je la laisse filer en la compagnie de son soupirant tandis que je marche aux côtés de Shark. « J'espère que vous avez raison et que cela me permettra d'éviter une séance lecture sur la Neige-Blanche là, et je pourrais enfin me replonger dans des ouvrages qui ne me feront pas mentalement régresser. » Ou Blanche-Neige, mais c'est pareil. Mes séances lecture sont plutôt restreintes ces derniers temps. Entre les études qui me prennent pas mal de temps, mon statut de président de confrérie, mon travail en tant qu'assistant, mon nouveau rôle de père et mes séances improvisées de sport intensif avec Pavel, autant dire que je ne trouve plus un seul instant pour lire autre chose que des contes pour enfants à Sara, ce qui me démoralise complètement. J'évite clairement le regard de Shark suite à sa question, glissant mes mains dans les poches de mon pantalon. Cependant, je ressens ce besoin imminent de lui parler, et pas une once de peur ne m'anime à cette simple idée de me confier à ce dernier. J'avais flippé avec Kenzo, autant qu'avec William, mais les choses semblent différentes à présent, bien que je ne sois en rien prêt à crier haut et fort que j'ai une gamine. « Non, absolument pas. Mais pour être franc, j'aurais tout de même fait abstraction du sujet si la situation avait été différente. Vous m'aviez après tout parlé d'un simple stage. » Et quand je parle de situation différente, j'entends par là si j'avais su que Sara était ma fille à cette époque. Je redresse finalement le regard, croisant rapidement celui de cet homme que je considère dans le fond comme étant un peu plus qu'un simple patron. Mais rapidement, je cherche des yeux ma fille afin de m'assurer que Connor n'est pas en train de lui montrer une quelconque bêtise. « J'ai appris l'existence de Sara il y a quelques mois à peine, lorsque ma mère l'a amené avec elle jusqu'ici. Ma mère adoptive que vous avez parcourue de votre regard prédateur et qui n'est absolument pas disponible. » Pas de mensonge, j'ai bien vu ce regard scrutateur que je déteste à voir lorsque l'on dévisage Sapira. Célibataire ou non. « Si nombreux sont ceux qui ont vu Sara, peu de personnes savent qui elle est vraiment. Officieusement, elle est ma sœur. Officiellement, il s'agit bien de ma fille. » Oui, je continue toujours à prétendre que cette fillette est ma sœur lorsque l'on me pose une question quant à notre filiation. Et je sais que quelque part, ça la blesse. Parce qu'elle a cette manie de passer un doigt sous son nez lorsqu'elle est contrariée et c'est ce qu'elle fait à chaque mensonge que je suis capable de débiter. « C'est un mensonge facile à croire au vu de son âge. Une couverture parfaite pour la protéger, aussi bien elle, que moi, des mentalités dont certains font preuve. Même si je doute de sa fiabilité ces derniers temps. À croire que certains secrets ne peuvent le rester. » J'aurais aimé. Comme j'aimerais éviter les questions gênantes qui se poseront au moment même où l'on saura que la demoiselle est ma fille. Je sais qu'il y en aura et c'est plus pour elle que pour moi que je m'inquiète, une grande première. « Je suppose que ça n'a pas été facile pour vous d'apprendre que vous aviez des enfants dont vous n'aviez jamais eu connaissance. Pourtant, vous semblez bien vous en sortir. » De la curiosité ? Pas vraiment, disons que je cherche plutôt une certaine source de réconfort. Une personne capable d'écouter, de comprendre et en partie de me guider au cœur de cette nouvelle vie qui semble m'échapper.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Mer 11 Fév - 8:47



J'esquisse un léger sourire amusé avant de poser un regard sur lui. "Ne sous-estimez pas l'influence de la littérature de jeunesse. A chaque fois que j'ai dû en lire, je me concentrais sur le chiffre d'affaires que cela représentait... bizarrement, j'ai fini par trouver ces lectures insipides particulièrement intéressantes." Le regard brillant de dollars en pagaille, Connor a dû penser que son père était absorbé par le conte qu'il lui lisait. Faux, mais tant que le résultat est là. Nous continuons à marcher en surveillant étroitement les deux jeunes enfants semblant lancés dans un cache-cache à en perdre haleine. Rayan semble peu à peu se détendre et en venir à une discussion nourrie de ses propres ressentis sur le sujet. Au fond, je ne joue pas que le patron inquiet des résultats de son assistant. Je l'ai recruté car j'ai senti qu'il cachait un potentiel en or et qu'il avait besoin d'être plongé au cœur du monde de l'édition afin de mieux comprendre les mécanismes de ce domaine. De sorte, il sera armé lorsqu'il voudra présenter ses écrits et lancer sa carrière : il aura son réseau et saura quoi faire dans n'importe quelle situation. Sa façon de me parler de sa mère me fait arquer un sourcil. "J'ai eu la délicatesse de ne pas vous rappeler le regard que vous avez porté sur ma nièce." Qu'aurais-je fait avec la mère de mon assistant ? Probablement rien, je ne peux tout simplement pas empêcher certains vieux démons d'opérer. Que cette dame ne se vexe pas, mais malgré tout, je préfère très largement ma compagne actuelle. Toujours est-il que j'apprends que le jeune homme préfère faire passer sa fille pour sa sœur, ce qui me surprend de prime abord. Affronter le jugement d'autrui, voilà ce qui semble l'effrayer. Pour avoir partagé ce genre de craintes à son âge, je ne peux qu'acquiescer tout en demeurant prudent étant donné l'expérience de paternité qui j'ai fini par développer pratiquement à mon insu. Je le laisse finir puis esquisse un haussement d'épaules à sa dernière remarque. "À plus forte raison qu'aucun de mes quatre enfants n'a été désiré. Cela dit, ne vous fiez pas qu'aux apparences : fou serait celui qui me décernerait la palme du père de l'année." Malgré la haute estime que je me porte sur le plan personnel et professionnel, je reconnais sans mal qu'il existe en ce monde des millions d'hommes qui font de bien meilleurs pères que je ne le serai jamais. Sans m'étendre sur le sujet pour le moment, je pose mon regard azur sur cette petite fille qui court près de mon fils. "Lorsque j'ai appris l'existence de Connor, sa mère était dans le coma et l'est restée pendant près de deux ans. Nous ne nous connaissions ni d'Ève ni d'Adam, lui et moi, il est arrivé à une période de ma vie où j'étais rodé et à un stade où je n'aurais pas toléré de devenir père. Je l'ai rapidement expédié dans les bras d'une nourrice pour ne pas m'encombrer d'une présence supplémentaire." Je tourne la tête vers une étendue d'eau avec des canards, le regard toujours aussi perçant malgré la teneur de mes propos. "Un mois plus tard, il n'est pas sorti de l'école et j'ai appris qu'il était aux urgences. Lorsque j'y suis arrivé et que je l'ai vu avec un plâtre sur le bras dans le couloir, j'ai eu honte. Il m'a désigné comme l'homme qui l'hébergeait et n'arrivait même plus à se souvenir de mon prénom. L'infirmière a dû aller dans la base de données pour vérifier que j'étais le père afin de m'autoriser à le prendre avec moi." À nouveau, j'observe Rayan d'une façon à la fois sérieuse et presque compatissante. "Je sais que les choses ne sont pas faciles pour vous en ce moment, mais ne faites pas l'erreur de mentir sur votre rôle car un jour, il se pourrait que ce mensonge se retourne contre vous. Il m'a fallu plusieurs années pour accepter le fait d'être père, j'ai encore un peu de mal aujourd'hui. Cependant, vous ne devriez pas faire cette erreur. Un enfant qui perd sa mère n'attend pas de son père qu'il n'assume pas son rôle." Pour l'avoir vécu avec Connor, Benedikt, Camille, et en partie Athéna malgré tout, ces choses-là ne peuvent vous laisser indifférent. Pas quand il s'agit de votre sang et votre chair. Nous arrivons à proximité d'un croisement, et lorsque Connor se dirige vers la gauche, je siffle une fois : l'enfant bifurque sur la droite sans se poser de questions. J'ai aperçu le dispositif pour les sportifs du dimanche et connaissant mon casse-cou de fils, je préfère parer à toute éventualité. Le sport est peut-être l'une des rares matières dans lesquelles il excelle, mais il y a des limites à tout. J'en reviens à Rayan en le regardant avec attention. "Vous avez peur que votre fille essuie des moqueries si on apprend qu'elle n'a qu'un père pour tout parent ? Ou bien que l'on vous juge pour ce qui me semble être un imprévu de jeunesse ?" Aucune forme de reproche dans le ton que j'emploie pour m'adresser à lui, il s'agit simplement de poser un nom sur les choses afin qu'il se sente à l'aise d'en parler librement à un homme qui ne le jugera pas et qui, au contraire, peut parfaitement comprendre tout en lui faisant bénéficier de son expérience.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Sam 14 Fév - 17:25


Je baisse le regard et camoufle tant bien que mal un maigre sourire. Et encore, il n'a pas eu l'occasion de voir la manière avec laquelle j'ai regardé sa fille, ni même d'entendre le ton avec lequel je me suis adressé à cette dernière la première fois qu'elle est venue mettre les pieds dans l'entreprise. Heureusement pour moi, Shark n'était pas dans les parages ce jour-là. L'ironie du sort, c'est que j'ai le don de bien choisir les blondes que je souhaite mettre dans mon lit, c'est un fait. Valentina, Sydney, puis Athéna. Je n'ai pas un bon feeling avec les blondes depuis que je suis arrivé en Californie. Chaque parole prononçait ensuite concernant son expérience en tant que père ne tombe en rien dans l'oreille d'un sourd, bien au contraire. Dans le fond, je ne cherche pas qu'à vider mon sac, mais bien à avoir quelques conseils venant d'un homme qui saurait comprendre ce que je traverse. J'aurais pu voir Kenzo, lui parler de toutes ces craintes, mais il est trop affectueux et trop tourner vers la famille, ce que je ne suis pas. J'ai peur qu'il ne puisse comprendre contrairement à Shark. Mes yeux courent de personne en personne : ma fille, Connor, Joe. Mais jamais je n'affronte clairement le regard de mon patron, malgré le ton qu'il emploie, loin d'être jugeant contre toute attente. « Un peu des deux. Je sais que ce n'est pas évident pour elle. Elle ne fait peut-être pas face à des moqueries en soit, mais ce ne sont pas les questions de ses camarades d'école qui manquent... » Combien de fois l'ai-je déjà récupéré à l'école et suis-je tombé sur sa mine attristée ? Trop de fois, mais jamais elle ne m'en a clairement parlé, non, en revanche, ma mère a dû faire le pigeon. « Ni même les commérages de fin de journées entre ces soi-disant mères parfaites qui n'ont jamais la langue dans leur poche. » Comme si je ne les entendais pas, celles-là. Je lève un instant les yeux sur Sara, tombant sur cette petite fille riant aux éclats. Autant dire que je ne l'ai jamais vu aussi heureuse depuis bien des semaines. « Peut-être que j'exagère aussi. Peut-être que les jugements ne seront pas aussi dramatiques que je ne le pense lorsque je croise le regard de ces vautours. Mais vous savez, j'ai pas eu une enfance agréable. J'ai eu comme père adoptif un type qui me critiquait et me rabaissait à longueur de journée, un homme qui avait une fois osé battre ma mère pour avoir voulu l'empêcher de s'en prendre à moi. J'ai dû faire face aux critiques dés mon plus jeune âge et pendant bien des années... » Je baisse la tête, le regard rivé sur la pointe de mes chaussures, presque gêné de parler d'un passé dont je n'ai parlé à personne hormis mon frère jumeau, la seule personne en qui j'ai une confiance aveugle. « Depuis, j'ai appris à mentir et à cacher des informations à mon égard pour ne pas être jugé sur mon passé. Et un homme m'a un jour dit qu'il fallait minimiser les informations que je pouvais dire à mon sujet afin de ne pas être une sorte de proie facile. » Inutile de préciser que cet homme était Joe. « Vous n'avez jamais parlé de mensonges, je le sais, et c'est sans doute l'erreur que j'ai commise. L'erreur insouciante de l'instant parce que je n'arrivais pas à accepter la vérité et que j'ai préféré la camoufler. » J'ai mené mon monde en bateau depuis que j'ai eu les résultats du test de paternité. Soit j'ai menti sur mon lien avec Sara, soit, je n'ai jamais parlé d'elle. En fait, je suis un véritable monstre. « Et j'ai eu conscience de certaines choses ces derniers temps. Je vaux bien mieux que quelques jugements hâtifs. J'ai surtout peur que Sara vienne à en souffrir. Sa mère est morte et elle n'a pas besoin d'entendre qu'au vu de l'âge de son père, qu'elle n'a pas été désirée ou peu importe quelle autre idiotie du genre. » Même si ce n'est que la stricte vérité. Je ne voulais pas de cette fille dans ma vie, jamais, et pas même dans une dizaine d'années. Mais elle est là, et je ne peux me résoudre à la renier. Parce qu'elle est le portrait de sa mère et qu'elle reste ma fille avant tout. « C'est pas que je ne tiens pas à Sara, c'est juste que... je ne sais pas comment agir avec elle. J'ai essayé de lui laisser de l'espace comme moi j'ai voulu en avoir avec William, c'était sans compter sur ma mère qui est constamment sur notre dos. » Problème majeur, et j'ai hâte qu'elle trouve un appartement pour qu'elle puisse quitter le mien.  « Vous savez combien de fois Sara l'a appelé maman ? Quatre ou cinq fois plus de fois qu'elle ne m'a appelé papa. Au fond, ça me fait mal de voir qu'elles sont si proches alors que je suis constamment sur la touche et que j'essaie de faire des efforts. » Pourtant, on pourrait croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Simple illusion, nous agissons comme père et fille uniquement lorsque nous nous trouvons seuls. Le reste du temps, elle m'appelle par mon prénom, ne m'écoute presque pas et tente de m'éviter autant qu'elle le peut. Ce qui permet à ma mère de pouponner avec un enfant qui ne fait pas de dégâts autour de lui et de m'éclipser comme si de rien n'était. « Comment ça c'est passé pour vous ? J'veux dire... Malgré votre réticence, vos enfants ont quand même tenu à faire un pas dans votre direction ? Ou alors vous avez dû prendre les devants malgré tout ? » J'ose à nouveau reposer mon regard sur Shark, bien que quelque peu gêné et légèrement fuyant malgré tout. Je ne veux pas lui arracher les vers du nez par pur plaisir, loin de là, mais son expérience me sera bénéfique, bien plus que celle de n'importe qui d'autre.
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MessageSujet: Re: « tell me about it... » Dim 15 Fév - 11:25



Le soleil est encore suffisamment haut dans le ciel pour qu'il baigne le parc d'une clarté orangée qui se reflète dans les cheveux courts de Connor. Occupé avec la dénommée Sara, il court avec elle, l'observe d'un air à la fois conquérant et un tantinet attendri. Il sera un briseur de cœurs et de couples comme son père, mais avec la gentillesse de sa mère en plus. Charmeur et soucieux à la fois, un bien curieux mélange qui prête à me faire sourire en coin. À mesure que les paroles de Rayan s'élèvent, je dirige mon regard à la fois sur les enfants et sur lui. D'une manière, nous sommes devenus pères au même âge, à ceci près que je n'avais pas connaissance de Benedikt et que j'avais renié, en quelque sorte, mon rôle envers Athéna. Ses craintes et ses appréhensions, je les connais pour avoir précisément voulu les éviter. Toutefois, que ce soit maintenant ou dans quinze ans, il n'y échappera pas. J'hoche la tête gravement lorsqu'il me parle de son beau-père, un homme violent envers sa mère et envers lui... J'aurais pu sourire, mais je m'en empêche, cela aurait été mal interprété par le jeune homme. Cela dit, je connais on ne peut mieux l'effet qu'un père violent avec sa famille peut avoir comme impact. Je n'ai pas jeté le mien hors du domicile familial à mains nues pour rien, après une dizaine d'années de sévices. Sa façon d'interpréter les mots que j'ai eu pour lui et de se corriger me fit sourire légèrement en coin. J'avoue être assez flatté que ce garçon, reconnu pour être plus borné qu'un âne entêté, prenne en considération les quelques rares mots qu'il m'arrive de lui glisser de temps à autres. Laissant à plus tard ses réflexions, je fronce les sourcils à sa question, le regard modérément posé sur mon fils. "Le plus facile à vivre reste Connor. Il est turbulent, je le concède, mais cet enfant est plus affectueux que je ne le serai jamais. Il est sociable, ouvert, tendre... J'aimerai parfois qu'il ne ressemble pas autant à sa mère." Je parle très peu de Sophie, encore moins depuis son décès, mais au son de ma voix et au regard que je porte à nos deux enfants, il est aisé de lire un indescriptible amour contrarié que je garde au plus profond de moi. La rencontre de Maisy a changé toute la donne, mais la jeune femme elle-même respecte les sentiments que j'ai eu pour la femme qui a su, la première, faire bondir ce qui semble être un cœur, aussi glacé soit-il. "Je n'ai jamais eu d'ennuis avec lui, je n'en aurais probablement jamais avec Camille non plus. Pour Benedikt, ce fut tout autre chose." Mon regard dévie sur l'horizon, pensif. Je ne fuis pas les yeux de mon interlocuteur, je cherche simplement à ordonner mes pensées et ne laisser aucune sentimentalité s'emparer de moi. "Il a vécu une enfance extrêmement difficile, il a grandi avec une mère qui lui a brossé le portrait d'un père odieux... Sans doute n'avait elle pas totalement tort. Nos relations demeurent encore complexes, mais je m'étonne parfois de la tournure qu'elles ont fini par prendre." Un Russe fier face à un Anglais dominateur, les colères ont souvent été monumentales. Il m'a envoyé en prison, je l'ai menacé plus d'une fois... Ces souvenirs m'arrachent une certaine nostalgie que je ne saurais expliquer. "Il a fallu l'intervention de ma mère pour que je comprenne que Benedikt avait besoin d'un père attentif, présent, à l'écoute... Pas d'un homme qui se contentera de subvenir de loin à ses besoins. J'ai les démonstrations d'affection en horreur, mais en prenant sur moi, j'ai appris à être un peu moins égoïste, un peu moins vaniteux pour apprendre à connaître mon fils. Au lieu de contrôler sans arrêt le monde autour de moi, j'ai essayé de le comprendre et m'y ouvrir dans une certaine mesure." Cette fois, je regarde Connor avec un air plus serein. "Cela a fini par payer, et je dois reconnaître que je ne regrette rien. Pas même d'être devenu père sans jamais l'avoir voulu, et c'est peut-être une chose qui dénouera certaines situations à l'avenir." Sans la nommer, je parle d'Athéna. Je m'abstiendrai d'en parler avec Rayan, mais il ne passe pas une journée sans que je ne m'interroge à son sujet. La tête à nouveau tournée vers l'Israélien, je plonge droit dans ses iris noisette. "Par moments, je me dis que la vie n'a pas choisi de nous mettre des surprises sur notre chemin pour rien. J'ai appris à faire de mes enfants une force au lieu d'un poids qui me ralentirait, et vous devriez en faire autant. Une fois débarrassé de l'influence de votre mère, les choses iront mieux. Elle veut peut-être bien faire, mais sa présence n'est saine ni pour Sara, ni pour vous, ni pour elle-même. Elle est sa grand-mère, non sa mère, à vous de vous imposer pour la remettre à sa place, aussi difficile que cela puisse paraître." Mon ton est ferme, assuré. Cette femme, du peu que j'en ai vu, semble avoir du caractère... Mais Rayan n'est pas en reste : à lui de rationnaliser son tempérament pour contrattaquer efficacement. "Quand vous serez seul avec votre fille, ne vous en voulez pas de vous laisser parfois aller. Personne ne vous demande de devenir le père idéal, mais soyez le père que votre fille espère. J'ai vite compris que mes enfants se sont faits à l'idée de ne pas avoir un père affectueux, mais j'ai aussi compris qu'ils avaient tous besoin d'un homme fort, sans peur, capable de les protéger à tout prix. Un homme qui parle peu, mais qui parle bien et qui écoute tout autant. Alors, je ravale chaque angoisse, je repousse chaque doute qui viendrait s'insinuer, et je m'applique à être ce pilier dont ils ont besoin sans le demander, qu'importe ce que les autres peuvent en dire." Malgré leurs différences, mes enfants ont besoin d'un seul et même père, je l'ai vu se confirmer avec la fragilité cachée d'Athéna. Je ne lâche pas Rayan des yeux. "Faites comprendre à votre fille qui vous êtes, et soyez à l'écoute de ses besoins, même si elle ne vous les dit pas à voix haute. Vous êtes un fin observateur, alors ne gâchez pas ce talent. Et n'écoutez pas les commérages de ces femmes : elles ont un jugement sur tout. Dites-vous que cela compense leur morne et triste vie sexuelle quasi inexistante, lorsque la nourriture ne suffit plus." lâchai-je avec un fin sourire.
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