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blow out the fire (w/alexander)

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MessageSujet: blow out the fire (w/alexander) Sam 25 Oct - 19:43


If I met you last night, and brought you back to my place, or followed you to yours, and we had sex, that's what we asked for from each other. It's what I got, and what you got. I don't know you. You don't know me. Thanks for playing, and we're done. If by some fluke anything was said at some point during this entire exchange that made me curious enough to see you again, I would. Has that happened before ? A couple of times. Did it last ? Clearly, no.

alexander astoria and lola rodehorst

- augustus 2014 - Regard sombre vers ce plafond blanc qui siège au dessus de sa petite tête blonde, impitoyable ciel laiteux qui surplombe ses cheveux. Lola laisse ses petits doigts parcourir le bois tiède, dans la clameur joyeuse d'un bar aux néons épuisés elle pose ses bagages, son petit sac à main qui lui taquine la hanche, ses longues gambettes satinées, sur ce tabouret au cuir usé. Quelques regards intrigués glissent le long de la silhouette longiligne qui élit domicile sur ce siège décrépis, fatigué, meurtri de soirées arrosées. Elle regarde ce grand blond aux piercings saillants, plante ses yeux dans les siens en souriant, l'air pétillant de défi. Elle s'humecta les lèvres, pose son coude sur le comptoir chaud d'anciennes présences, pose son menton sur sa main, laisse deux prunelles mordorées s'attarder sur la sévère ardoise qui énumère les boissons possibles. « Un mojito. » il hausse un sourcil devant cette môme à la détermination douce, l'air de dire qu'il manque quelque chose. Elle se penche vers lui, replace une mèche derrière son oreille, ajoute en exagérant l'articulation, un irrésistible sourire peint au coin des lèvres. « S'il-vous-plaît. » le blondinet sourit, baisse la tête vers le verre qu'il astique d'une main distraite, s'incline devant cette force dorée. Il s'éclipse, va chercher ce qu'elle requiert avec malice. Lèvres nappées de rouge, trait d'eye-liner dépassant d'une élégante virgule dans le prolongement de la paupière, elle attend avec charme et délicatesse, laisse son regard voleter un peu partout dans la mélasse de corps bleutés sous les lumières, cette semi-foule qui vacille entre rires et cris. Lola bouillonne d'une intime et dérangeante tristesse. Lola s'abandonne à l'alcool pour se défaire des souvenirs, enlever son corsets d'horizons oubliés effacés d'un revers de main, balayés d'une petite vie rangée qu'elle a retrouvé avec lassitude. Elle essaie de se dire heureuse, de mentir aux questions, à ces coups de poing dans la cage thoracique, refuser l'intrusion venimeuse de ses anciens compagnons de routes, de cette lettre arrivée le matin même. "c'était le bon choix, Lola ? (...) t'as envie de te retrouver dans cette vie-là, encore ?" elle avait replié le papier qui était arrivé vers dix heures, empaqueté dans cette enveloppe ocre si convenue, dernier message d'une amie des kilomètres, d'une amoureuse comme elle de cette route, splendide et froide, qui avait partagé ses morceaux de vie deux ans durant. Lola veut noyer les lettres bleues dans le rhum. La coupe arrive devant elle, pas un geste de la fille de la route, happée dans ses réminiscences douloureuses. Trois jours qu'elle était revenue sur les terres californiennes, sur cette poussières aride mêlée aux cailloux, trois jours que son regard se heurtait aux reliefs constants, aux entités colorées qu'elle trouvait ennuyeuses, trois jours que tout ce qu'elle pouvait supporter, c'était la contemplation de ce pont au rouge abîmé, cette parcelle de chemin suspendue. La porte grince, laisse apparaître une silhouette carrée, raide, qui fend le monde jusqu'au bar, s'accoude à un mètre d'elle. Charmante vision d'un Apollon des temps modernes, à la figure aux traits nets et réguliers, à la barbe de trois jours décorant une mâchoire anguleuse qui la frôle d'à peine un regard, dont les pupilles n'accrochent pas les galbes de sa silhouette. Lola le remarque, porte une bouche carmin à sa coupe, lape une maigre gorgée d'alcool en contemplant son serveur silencieux d'agiter devant le large étalage de bouteilles. Le profil immobile d'un inconnu superbe d'indifférence lui arrache un sourire amusé. Le sexe masculin lui avait parut d'une grisante banalité après une passion dévorante pour un Holden sombre de rêves fantasmés, mais dans l'ombre tiédie du bar, cet homme, ou plutôt ce portrait d'un penseur désabusé, tâtant un verre froid dans une provocante inattention du monde rutilant qui beuglait aux alentours, lui apparut comme un flamboyant désir. Il lui jette un regard en coin, elle l'attrape au vol, s'y fond, elle trouve ce gars-là beau, avec un je-ne-sais-quoi dans son aura, un truc qui émane. Ils se contemplent, elle se met à lui sourire, petite illumination mutine de ses lèvres qui lui est gracieusement offerte. Il semble presque réponse à cet élan de bonhomie séductrice dans une drôle d'expression aux teintes amusées. Elle fait tourner sa coupe sur le bois, continue de sourire doucement, pensivement, se réfugie dans une pause à la joliesse maladroite, relève la tête. « Bonsoir. » elle énonce un salut malicieux, le contemple, faussement distraite, guettant une réponse. Petites étincelles téléactrice quand il la regarde, détaille les vagues de ses cheveux de ses yeux. Elle jette des coups d’œil vers cet homme qui la décrit, la retravaille d'un regard interrogateur. Qui est cette crinière blonde aux pommettes rosies, qui est ce petit corps à l'entrain sous-jacent qui n'arrive pas à tenir tranquille sur son siège ? Et derrière la candeur, l'innocence de cette petite chose aux airs butés, elle sait qu'il décèle cette pépite de femme, ce parfum musqué des amoureuses de la séduction. Pas habituée à jeter des dévolus hasardeux, son regard se pose sur lui, papillon malhabile au vol indécis, et il est une drôle d'évidence dans l'absence de clairvoyance de Lola. Brouillard chagrin percé d'un seul visage bienvenue, celui d'un inconnu à la barbe cuivrée. « J'aime pas trop boire toute seule. » elle relève lentement son minois solaire vers ce business man à la beauté noire. Ils font une pause, s'observent dans le silence. « En fait je crois que je suis en train de vous proposez de venir boire un verre avec moi. » elle le chuchote presque, feint la gêne devant un bellâtre amusé de cette petite comédie taquine. Elle se penche en arrière, la coupe dans une main, fait tourner son contenu, suis des yeux un instant l'alcool qui tournoie allègrement contre le verre luisant. « A moins que vous ne préfériez rester tout seul. Je comprendrais. » Elle sourit, son visage grignoté par l'ombre se moire d'un pétillement indicible.


•  •  •  •

- september 2014 - Mallette de cuir serrée contre sa poitrine, petit doigt verni s'approchant de l'imposant bouton de la sonnette, Lola respirait un air au parfum d'orange. Cheveux blonds relevés en un épais chignon dont d'aventureuses mèches s'échappaient pour venir embrasser la peau laiteuse de sa nuque, elle hésita. Le silence griffé de la clameur bourdonnante de la ville, une moto passe plus loin, son rugissement déchira l'atmosphère immobile. Lola était un petit pantin suspendu à la minute incertaine qui danse dans ce temps raréfié. Drapé dans un petit pull gris anthracite, elle serra plus encore ce grand rectangle noir qui pesait entre ses petits bras. Poids ficelé à cette petite poupée à l'audace taquine, elle avait dégoté cette rescapée de cuir au pied d'un tabouret dans un bistrot quelconque de San Francisco. La curiosité d'une gamine l'avait poussé à ouvrir, à s'armer d'un verre de cocktail pour parcourir le contenu de ses petites mains expertes. Elle avait remué les documents avec application, caressé le papier à grain tâché de lettres d'imprimerie, n'avait pas lu ces mots qui se succédaient avec sévérité, l'intimaient au respect, à l'attention. Lola, fantasque, n'avait gardé sous ses yeux que l'adresse griffonnée sur le papier cartonné. Avec une fraîcheur candide, elle avait échafaudé sa chasse au mystérieux travailleur de génie qui avait perdu ses fables administratives. Son cœur cognait contre le tissu de la valise, sa cage thoracique se pressait tout contre ce corps étranger quand elle inspirait une grande goulée de cet air acidulé. Môme rêveuse, elle avait fantasmé cet individu étourdi qui avait abandonné à elle ce bagage, cet artefact des temps modernes, avait essayé de dessiner une vie autour de cet unique objet qu'elle détenait, serré contre son petit palpitant. Elle avait contemplé le miroir, déposé une pellicule sanguine de rouge à lèvres contre sa bouche, sourit à son reflet fébrile. Lola avait fait de ce morceau d'histoire une pièce de théâtre, se distrayait du cuir luisant, des attaches argentées. Lola repensa à cet homme, à cet Alexander à la barbe de trois jours, aux cheveux cuivrés, aux épaules carrées, repensa à une nuit teintée d'alcool, à la voix grave d'un business man dérangé dans ses réflexions sourdes par son appel, par ses petites propositions hasardeuses parce qu'elle se mourrait de solitude, attablée comme une quelconque blonde parmi la masse. Beauté érudite, cette bohème aux mèches d'or restait insensible aux charmes d'une existence rangée. Elle buvait le désordre, s'abreuvait d'un peu de pagaille, d'un brin de tornade, de tempête. Parfois Lola se surprenait à balancer quelques trucs parterre dans l'appartement, à froisser les couvertures de son lit, à étaler sur la table basse des bouquins et des textes de théâtre dans un pèle-mêle indistinct. Sa poésie résidait dans sa capacité à l'insolence, dans sa propension à savourer les miettes rêves, d'idéaux qu'elle se semait pour elle-même. Chair mordue par un peu d'un air froid, l'automne l'enveloppait, la drapait de ses capricieux courants d'air, les saisons tournoyaient autour d'une silhouette longiligne, petite tige qui ne pliait sous aucune pluie. Fleur Lola tendait des pétales provocateurs à cette vie grinçante qui la cernait, la prenait en victime. Lola n'acceptait pas le fatalisme, se refusait au hasard, tout arrivait pour une raison, son cheminé tait jalonné de signes aux symboles bancals qu'elle allait chercher dans les tréfonds de son esprit, sous la couette, quand elle fixait le plafond en se rêvait ailleurs, dans un van qui partait pour un prometteur nulle part. Et elle était là, devant cette porte qui ne lui promettait rien, qui lui offrirait quelques minutes de douceur, de sourires polis, qui resterait fermés à elle. Lola voulait des bulles, du champagne, des arc-en-ciel, Lola voulait la frénésie d'une vie meilleure, le serment d'un avenir dément. Mais on ne lui jurait rien, on l'abandonnait en incertitudes et elle crevait d'ennui dans une vie qui ne lui appartenait, encore une fois, plus. Elle sonna. Derrière la cloison de bois, elle perçut le cri strident d'une sonnette acerbe, qui gueulait à l'habitant que quelqu'un était dehors. Elle entendit les pénibles pas qui progressèrent jusqu'à elle, jusqu'à la poignée. La porte s'ouvrit, dévoila le visage de celui qu'elle attendait, de celui qu'elle avait rêvé délivrance de son quotidien. La mâchoire anguleuse resta légèrement ouverte, contempla un petit corps qui enserrait une valise trop grosse pour lui. La barbe de trois jours, les cheveux cuivrés, Lola eut envie de rire à la providence qui réunissait sous un jour pluvieux ces deux amants d'un soir. Alexander. Elle sourit par fatalité, il était celui qu'elle attendait, et il l'attendait sûrement elle aussi, gardienne de son bien. « Je m'attendais pas vraiment à tomber sur... toi. » elle pencha légèrement la tête sur le côté, considéra un instant cette sculpture sans défauts du gentleman aux allures parfaites, au charme carnassier. Elle haussa les épaules, accepta cette volonté qui les dépassait, avala une gorgée d'air teinté d'agrumes. Le parfum de clémentine de Lola se répandait dans ce chanceux périmètre de malaise. Face à face muet quelques secondes, ils se contemplèrent dans ce silence qui voulait tout dire. Elle revoyait le torse nu d'Alexander baigné d'une lune joueuse, le grain de beauté qu'il avait sur l'épaule, cette minuscule tâche marbrée qu'elle avait embrassé du bout des lèvres. Et elle savait qu'en demi-teinte, il revivait comme elle au dessus de son corps tout habillé, leur nuit. Elle savait qu'il pouvait voir sous ce pull grisonnant le tatouage qu'elle avait dans le dos, le grain de beauté qu'elle avait juste à côté du nombril. Elle s'éclaircit la voix. « Tiens, je l'ai trouvée par hasard dans un bar. Ton adresse était dedans. » elle lui tendit la mallette, il l'attrapa entre ses grandes mains aux ongles courts. « Enfin par hasard, à toi de me le dire. » sourire mutin dressé sur ces lèvres garnies de vermeille. Elle se félicita de sa petite plaisanterie, continua de se dandiner inconfortablement sous les grands yeux bruns de cette beauté froide. « Tu va me laisser entrer ou tu veux que je me chope un rhume sur ton paillasson ? » elle croisa les bras bien serrés contre son petit torse de fillette, feinta une petite moue boudeuse, le regarda par dessous. Lola essayait avec un drôle de désespoir déluré de remettre des paillettes dans sa vie, stimulait le plat destin.
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MessageSujet: Re: blow out the fire (w/alexander) Dim 28 Déc - 18:31

(mise en page à venir :plop:  )


Août 2014 - Les lumières de la ville dansaient, tournoyaient, formaient un spectacle aux dimensions quasi-magiques. Le majestueux Golden Gate recouvert d’une épaisse couche -d’orange international- offrait un contraste saisissant avec le ciel encre de la nuit. Les dernières effluves brulantes de l’été échauffaient les esprits des touristes qui inspiraient une ultime bouffée d’air Californien avant de retrouver, pour le début de l’automne, leurs quotidiens ternes et gris rythmés par une rengaine trilatérale déprimante, -métro, boulot, dodo-. Ils arpentaient les rues sinueuses de Frisco, un sourire tatoué sur le coin des lèvres. Les néons tapageurs des bars du centre-ville promettaient des sensations divines à quiconque oserait en franchir les portes. Par dessus la musique étouffée par les vitres, il percevait des rires increvables qui fendaient l’air. Des filles faisaient virevolter leurs jupes indécemment courtes, tout en tirant frénétiquement sur des cigarettes mentholées dont le filtre était couvert d’une pellicule, presque imperceptible, de rouge à lèvres. New-York lui paraissait si loin. San Francisco semblait être animée par un violent désir de liberté, tandis qu’à New-York, on évitait soigneusement de trop s’éloigner des sentiers battus. La Californie représentait à elle seule la beauté du rêve américain. L’agitation nocturne et perpétuelle de la Grosse Pomme, n’avait rien à voir avec la fureur de vivre qui scintillait dans les pupilles des San Franciscains. Contemplatif, il assistait au spectacle conféré par la ville et s’y projetait. Rien ne l’empêchait d’être ce type enjoué, de siroter du rhum cubain jusqu’aux premières lueurs du jour, ici, il n’était personne. Il n’avait aucune réputation à entretenir, pas de mains à serrer ou de sourires hypocrites à adresser. Installé au fin fond d’un taxi qui errait sans destination, il était l’inconnu, l’anonyme. Un parmi tant d’autres. N’être personne lui donnait la chance d’être celui qu’il souhaitait, pour un petit laps de temps. Car demain, ses responsabilités d’homme de pouvoir le rattraperaient, il faudrait affronter le regard accusateur de Roman, ses réprimandes répétitives, la vue insupportable de son entourage peu respectable, peser le pour et le contre, lui expliquer en plusieurs points pourquoi les bureaux de New-York étaient morts et enterrés, que l’unique espoir était ici. Aussi, il décrétait que cette nuit et pour les dix prochaines heures, Alexander Astoria n’existerait plus. Fermant subrepticement les pupilles, il effaçait momentanément de sa mémoire tout ce qui faisait partie de son indécente existence pour devenir quelqu’un d’autre. Il s’octroyait une ardoise immaculée, lavée de tous ses péchés, il gommait farouchement son passé, oubliait les problèmes financiers de son entreprise pour devenir un homme nouveau. Il désirait sauter du taxi pour se mêler à la foule d’inconnus qui fourmillait dehors, jouer de ses charmes comme à l’époque où il n’était personne. Avant, lorsque les milliards et la gloire l’évitaient soigneusement, quand, reclus dans un modeste studio il idéalisait tout ce qu’il ne possédait pas encore. Bercé par les airs de Jean-Sébastien Bach il rêvait en silence de faire sa place dans cette marée de requins attirés par le sang, ce soir, il voulait redevenir cet usurpateur qu’il avait été pendant des années. Celui qui arpentait les soirées prestigieuses de Manhattan en attendant que le destin soit plus clément, celui qui se ruinait en costumes Saint-Laurent pour perfectionner son mensonge. Celui qui croyait aux miracles et à la liberté. Soudainement animé par une impatience palpable, il se sentait possédé par énergie nouvelle face à l’ingéniosité de son plan. Il intimait au chauffeur de l’arrêter devant le prochain bar, déjà prêt à bondir hors du véhicule, quelques billets froissés à la main pour régler la course. Alexander en avait assez des obligations dictées par son statut de milliardaire, des contre-temps inévitables, des invectives permanentes de Roman, son associé davantage obnubilé par les courbes libidinales d’une Rosenbach désabusée que par la chute fulgurante de son magazine. Tout bouillonnait dans son esprit, et seul son calme légendaire lui permettait d’affronter ces tempêtes sans jamais faire naufrage. Pourtant, il avait prit la décision de tout plaquer pour s’installer sur la côte ouest sans en informer qui que ce soit; maître de son destin, clairvoyant lorsqu’il s’agissait de l’avenir, il était persuadé d’avoir fait le bon choix. Ses pensées ne cessaient de s’entremêler au moment où il quitta le cocon feutré du taxi et entra dans l’arène. Le bar semblait être dans le quartier depuis au moins un siècle, le comptoir en bois vieilli portait les stigmates du temps. Les fauteuils verts émeraudes étaient déchirés par endroits et les néons à la lumière diffuse gratifiaient les lieux d’une ambiance intemporelle. Happé par la chaleur de cette fin de nuit, il sentait les regards vitreux des femmes se poser sur sa stature de golden boy, des oeillades discrètes de princesses éméchées qui tenaient miraculeusement en équilibre sur leurs sièges. Il s’imprégna de l’endroit en quelques secondes avec l’envie irrépressible de savourer un whisky, accoudé au comptoir, les yeux dans le vague, la trompette de Louis Armstrong résonnant dans ses oreilles. Un autre monde, un autre Alexander, un autre destin. « Un whisky, s’il vous plait » demandait t’il en interpellant l’homme bedonnant derrière le bar. Il  contempla le liquide ambre s’agiter au fond de son verre puis, partait aventureux à la recherche d’une personne susceptible d’attirer son attention, installé à sa tour d’observation. Les rires déclenchés par l’alcool, le désarroi et les peines noyés dans des rasades de mojito, la joie et la tristesse qui se confondaient sous ses prunelles. Les évidences et la beauté de l’inattendu. Lola. Une petite poupée blonde penchée au dessus de son épaule, un visage enfantin, une moue faussement capricieuse, et deux grands yeux aux reflets azurs qui l’hypnotisait. Ses doigts délicats dessinaient un cercle invisible autour de son verre tandis qu’elle le bombardait d’oeillades explicites. Il s’attardait sur la finesse de ses traits, ses sourires prometteurs, cette manière qu’elle avait d’affirmer qu’il lui plaisait sans émettre le moindre son. « J’aime assez boire avec des inconnues. » répliquait t’il complice en l’observant mettre tout en oeuvre pour faire naitre la flamme du désir. L’usurpateur et la comédienne. Il appréciait son manège parfaitement exécuté, ce mal qu’elle se donnait pour feindre la gène, l’amusement ou la surprise. Elle savait comment parvenir à ses fins, déjouer les codes de la séduction. « Suivez-moi » lançait t’il en attrapant sa main et en se dirigeant vers le fond de la salle rempli de petits canapés, un cadre plus intimiste qu’au comptoir, davantage propice aux conversations. D’un pas aérien, elle foulait le parquet vieilli et ses petites mèches dorés dansaient sur ses épaules nues. Lola était un océan de mystères, la comédienne au mojito, la princesse de sa nuit, celle qui jouait avec les étoiles.

Septembre 2014 - Il savait qu’elle était coupable, que ça ne pouvait être qu’elle. Il ignorait son nom, son histoire, son âge, ses origines, mais se rappelait parfaitement de la saveur de sa peau, des effluves d’iris de son parfum, de l’inflexion de sa voix et des courbes sculpturales de son corps. Prostré devant sa fenêtre, le regard rivé sur le trottoir, quinze étages plus bas, il se remémorait cette unique nuit passée avec elle. Quelques heures, hors du temps, dont les réminiscences le hantaient encore. Après cette parenthèse charnelle, elle aurait du disparaitre dans le tourbillon permanent de la ville et ne jamais refaire surface. Elle aurait du être aspirée par la foule, redevenir une anonyme, demeurer à l’état de souvenir. Sauf, qu’elle était réapparue, comme un fantôme désireux de le tourmenter. Sagement assise devant sa tasse de café noir d’où s’échappait quelques volutes de fumée, regard perdu dans un vide insondable, petit pull gris recouvrant sa peau diaphane, le visage éclairé par les premières lueurs du jour. Elle illuminait le bistrot de son aura séraphique, silencieuse comme une peinture, mystérieuse à souhait, capable d’attirer n’importe qui dans ses filets par la seule force de la pensée. Elle l’avait troublé, avait involontairement piétiner ses plans, s’était immiscée dans son esprit sans même bouger le petit doigt. Alors il avait fui, incapable de faire face à son amante d’une nuit, d’envisager, ne serait-ce que l’idée, de perdre le contrôle de la situation. Il avait laissé de l’argent sur la table avant de grimper dans le premier taxi. Elle devait rester cette délicieuse inconnue, ce songe d’une nuit d’ivresse, un morceau de rêve inachevé, une ombre. C’était une fois au bureau qu’il s’était rendu compte que sa mallette était restée dans le bistrot. Plus qu’un simple objet, c’était le contenu de toute sa vie, de tous ses projets en format papier. Les chiffres du magazine, les esquisses des futures couvertures, quelques photos d’un passé qui lui semblait loin, des partitions de piano et son agenda. Roman allait l’abattre. Alexander, celui qui avait le contrôle sur tout, ne laissait aucune place à l’improvisation ou au hasard, avait commis la plus belle erreur de l’année. Désormais de retour à son appartement, fixant les mouvements perpétuel de la foule, il s’attendait à la voir. Elle, parmi cette masse insipide de gens, tenant à bout de bras sa mallette, qu’elle avait récupérée après son départ. Retour au propriétaire. Parce qu’il y était retourné dans ce bistro impersonnel, et on lui avait signifié qu’il n’y avait rien ici, pas la moindre mallette italienne avec un fermoir dorée. Strictement rien. (...) « Je savais que tu viendrais. » soufflait t’il d’une voix teintée d’arrogance presque déplacée compte tenu des circonstances puis, il tournait le regard en direction de sa précieuse mallette qu’elle maintenait bien fermement entre ses petites griffes manucurées. Elle était aussi ravissante que ce matin, l’expression de la surprise s’étendait sur ses traits enfantins, visiblement, elle ne semblait pas spécialement mal à l’aise de le revoir. Pire, la situation l’amusait, attisait sa vilaine curiosité. Il remarquait bien les coups d’oeil incessants qu’elle jetait au dessus de son épaule. L’envie irrépressible qu’elle avait de se hisser sur la pointe des pieds pour voir l’intérieur du domicile d’Alexander, cette manière qu’elle avait de le scruter de mémoriser chaque détails. Le problème, c’est qu’il savait que dès lors qu’elle franchirait le seuil, elle ne rentrerait pas seulement chez lui, mais aussi dans sa vie; et ça, il n’en avait pas spécialement envie. S’il fallait remettre les choses dans l’ordre, il aurait d’abord du l’aborder, s’intéresser à sa vie, tenter de lui plaire, l’embrasser. Mais, ils avaient commencé par la fin, et il ne savait rien d’elle. Absolument rien. Pour autant, il ne pouvait se résoudre à récupérer sa mallette et la foutre dehors dans le même temps. Cette gamine était trop bornée, trop aventureuse pour partir d’elle même, prostrée devant lui, elle enchainait les plaisanteries, les sous-entendus, avant de lui rendre son bien. « J’avais un rendez-vous important, j’étais pressé. C’est tout. » Et dire que c’était en voulant fuir le plus loin possible de Lola, qu’il l’avait malencontreusement attiré à elle. Il méritait une palme d’honneur, une médaille, il n’y avait rien de plus désagréable que de se faire prendre à son propre jeu. Rien. « Tu peux t’installer au salon, je vais te chercher quelque chose à boire. » déclarait t’il finalement en se poussant pour la laisser passer dans son antre. L’appartement ultra-moderne s'étendait sur trois niveaux et environ six-cent mètres carrés. Baigné de lumière grace à d'imposantes baies-vitrées, il n'en demeurait pas moins froid, glacial, presque austère. La décoration était minimaliste et témoignait de la personnalité d'Alexander. Maniaque du controle. Maniaque tout court. Digne d'une revue, l'endroit semblait sans vie, désespérement grand, manquant affreusement de couleurs. Tout était gris, noir et blanc. Du chrome, du cuir, des touches de bois. Impeccablement propre et rangé. Rien ne dépassait, rien ne bougeait, sinon ses neuf chats qui se promenaient à longueur de journée dans ce terrain de jeu luxueux. Tous portaient des noms de compositeurs de génie, et ne supportaient pas l'arrivée d'intrus sur leur territoire. Regards perçants, feulements menaçants, début d'attaque sournoise. Il disparaissait dans la cuisine, tandis que, seule au salon, elle était cernée, prise au piège par trois petits monstres poilus aux canines acerées. Il attrapait une bouteille de vin blanc produit dans la NapaValley, c'était sa seule bouteille abordable, celle destinée aux inconnu(e)s. « Tu excuseras le coté abrupt de la question, mais ... » commençait t'il en déposant les deux verres sur un plateau circulaire en acier inoxydable. « Comment tu t'appelles ? » poursuivait t'il en arrivant dans la pièce, où il découvrait Lola entourée par trois félins assoiffés de sang frais. Il haussa les yeux au ciel, et poussa un sifflement strident qui les fit déguerpir en un instant. L'endroit respirait de nouveau la sécurité, même s'ils veillaient, rodaient dans l'ombre des structures d'art moderne disposées ici et là. S'installant dans l'un des fauteuils en prenant soin de bien replacer sa veste de costume, signée Saint Laurent et sa cravate, il laissa son regard s'attarder sur Lola. « Et sinon, à part te choper des rhumes et voler le travail du service des objets trouvés, tu fais quoi dans la vie ? » lançait t'il de but en blanc, à la fois contrarié de la voir chez lui, et satisfait de voir qu'elle n'avait pas disparu parmi la foule, qu'un chemin invisible l'avait ramenée à lui.

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MessageSujet: Re: blow out the fire (w/alexander) Ven 20 Mar - 23:41

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