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you and me are floating on a tidal wave. (w/nate)

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MessageSujet: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Jeu 4 Sep - 23:39

“ I know somethig is broken and I'm trying to fix it,
Trying to repair it, any way I can.”

- - - - - - - - - - - - - - -
ft. reed chamberlain & nate llewelyn-davies

D'un geste nerveux, Reed tapotait ses doigts contre la table. Rongés presque à sang, ils laissaient à eux seuls entrevoir l'état dans lequel elle se trouvait depuis des semaines. Presque autant rongés que son esprit, lui-même dévoré par l'attente insupportable, les doutes, la rancoeur aussi. Pourquoi elle. Pourquoi elle, et surtout, pourquoi avait-il fallu que ce soit Nate. Des mois qu'elle s'obstinait fermement à ne pas vouloir entendre parler de lui, de ses merveilleuses vacances en Grèce, de tout ce qui aurait pu avoir, de près ou de loin, un rapport avec lui. L'illusion avait été presque parfaite. Pendant près d'un mois et demi, Reed avait réussi à croire que ça avait fonctionné, qu'il lui était miraculeusement sorti de l'esprit, que sa vie était de toute façon bien trop parfaite, bien trop fun, bien trop géniale à tous points de vue pour qu'elle ait ne serait-ce que le temps de regretter sa présence à ses côtés. Le froid s'était installé insidieusement. Les jours s'étaient transformés en semaines, les semaines en mois, sa vie était devenue moins parfaite, moins fun, définitivement moins géniale, et la réalité vint la gifler violemment, de façon inattendue. Les souvenirs se rappelèrent à elle, et le manque revint la hanter sournoisement. Nate n'était pas là. Il était quelque part, ailleurs, peut-être revenu à San Francisco mais sans avoir jamais cherché à la voir. Comme s'il était parvenu à faire ce qu'elle-même se refusait encore à accepter : quelque chose s'était brisé entre eux. Leur amitié aux fondements déjà bien fragiles s'était écroulée comme un vulgaire château de cartes et il n'en restait désormais rien d'autre que des souvenirs tantôt doux, tantôt amers. Ces dernières semaines, Reed avait vu l'illusion se transformer en cauchemar à mesure que les jours défilaient, laissant entrevoir les premiers signes. Ses mains sans cesse pressées contre son ventre, dans l'espoir enfantin que le pousser suffirait à le faire disparaître entièrement, elle passait des heures à s'observer dans le miroir, pas par vanité, mais par appréhension. Se rassurait, en se disant qu'on ne voyait rien. Tentait de croire qu'à force de repousser l'inévitable, celui-ci cesserait d'exister. Capitulait finalement, prenant conscience de la gravité de la situation. Pas comme ça, pas maintenant, peut-être même jamais. Elle n'était pas prête. Comment aurait-elle pu l'être, elle, la gosse par excellence, obnubilée par les Disneys, la fête, l'alcool, les garçons. Comment aurait-elle pu l'être de lui, surtout, Nate, le premier, sans doute le dernier, définitivement le plus important et aussi celui qui l'avait sortie de sa vie avec autant d'empressement qu'il l'y avait fait rentrer. Ils en avaient eues, des périodes de froid. Souvent – trop à son goût d'ailleurs. Mais jamais comme ça. Jamais à ce point. D'habitude, ils continuaient à s'intéresser à l'autre, se cherchaient, se provoquaient, mettaient tant de passion à ne plus vouloir se parler qu'ils finissaient irrémédiablement par se retrouver, heureux, désolés, soulagés. Ce silence radio était oppressant, plus encore avec la découverte de sa grossesse. Elle n'en avait parlé à personne, ni à ses sœurs, ni à son frère, ni à Alexie, ni à Babi. Encore moins à ses parents. Surtout pas ses parents, qui l'auraient sans doute enterrée avant même qu'elle n'ait eu le temps de prendre une décision quant à sa progéniture. Elle ne pouvait pas le faire s'il n'était pas au courant, parce qu'il était le premier concerné, parce qu'elle le lui devait. S'il restait encore quelque chose de leur relation, quelle que fut leur nature, elle se devait de ne rien lui cacher. Il l'apprendrait tôt ou tard – ce genre de nouvelle s'ébruitait si rapidement qu'il tenait de miracle de le cacher ne serait-ce que quelques semaines – et mieux valait que ce fût tôt, et de sa bouche, de préférence. La librairie faisait office de terrain neutre, sans doute moins pour elle que pour lui. L'endroit de prédilection de Nate, qui avait l'avantage d'abriter un petit café. La serveuse n'avait de cesse de lui jeter des regards en coin, sans doute persuadée d'avoir là affaire à un rencard. Plusieurs fois déjà elle s'était approchée d'elle, d'abord malicieusement, puis désolée. Reed ignora ses grands yeux tristes qui semblaient vouloir lui crier que Nate ne viendrait pas et qu'elle ferait mieux de partir plutôt que de se ridiculiser en commandant un troisième thé. Quelque part au fond d'elle, elle savait que la serveuse avait raison : Nate n'était jamais en retard, contrairement à elle. Il était toujours présent, à l'heure, parfois même en avance. S'il avait pris l'habitude de s'octroyer un délai supplémentaire – des années d'entrainement face au manque de ponctualité de Reed – il n'aurait jamais osé la faire patienter une heure. Preuve, si besoin en était, que quelque chose entre eux n'allait plus. S'étaient-ils voilés la face pendant des années, persuadés dans leur innocence que leur amitié tiendrait bon ? La vérité amère éclatait-elle enfin, comme une bombe à retardement, et toujours au plus mauvais moment ? Lorsque finalement elle s'apprêtait à partir, refusant de s'humilier publiquement plus longtemps, elle entendit le bruit de la cloche, et ses yeux dérivèrent automatiquement vers la porte en bois qui venait de laisser apparaître Nate. Il était... différent. Fidèle à lui-même, Nate dans toute son élégance, mais différent. Quelque chose, dans son attitude, dans sa façon de se tenir, dans sa raideur même. Quelque chose qui ne lui ressemblait pas – plus – et qui la mit mal à l'aise. Elle n'y arriverait pas. Elle ne pourrait pas affronter son regard sans y percevoir une pointe de jugement. Les mots ne parviendraient pas à franchir ses lèvres. Et pourtant, elle resta là, incapable d'esquisser le moindre mouvement de fuite. Leur regard se croisa, Nate s'approcha sans montrer le moindre signe de joie à l'idée de revoir sa plus vieille amie. L'était-elle encore, à présent ? Pouvait-elle toujours se targuer de ce statut ? « Tu es venu » souffla-t-elle, plus inquiète que soulagée. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait lui dire, ou comment lui annoncer la nouvelle. Finalement, fidèle à ce qu'elle avait toujours été, elle lui fit grâce des entrées en matière dramatiques à la 'il faut qu'on parle'. « Je suis enceinte. Et je suis sûre à 100 % qu'il est de toi. » Parce qu'il était le seul avec lequel elle ne s'était pas protégée, ivresse et précipitation obligent. Elle s'était sentie obligée de le préciser, persuadée qu'il ne se priverait pas de lui faire remarquer que vu sa propension à se taper tout le monde et n'importe qui, quinze types différents auraient pu être l'heureux élu. Incapable de trouver quoi que ce soit d'autre – et de pertinent – à ajouter, elle se contenta de le fixer, droit dans les yeux, profondément angoissée par ce qu'il pourrait lui répondre. Elle était dans un état déjà bien assez déplorable, elle n'était pas certaine qu'elle aurait pu supporter la moindre critique supplémentaire, et surtout pas venant de lui.
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Adriel Eynsford-Baxter
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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Dim 7 Sep - 23:00

“.I stood still, vision blurring,
and in that moment, I heard my heart break.
It was a small, clean sound, like the snapping of a flower's stem.”


Il jeta un coup d’œil nerveux à l'heure. Une demi heure de retard n'était à ses yeux pas encore assez suffisante pour informer Reed de combien il lui en voulait. Une heure ne le serait pas beaucoup plus cela dit, et il fut sur l'instant clair que même une journée de retard ne saurait satisfaire sa rancœur mal placée. Attablé devant une page blanche et un crayon mordillé à la base qu'il faisait rouler sur le bureau d'acajou depuis bien deux heures, Nate se contenta finalement de croiser les bras autour de sa poitrine et de montrer signe de vie à raison d'un soupir exaspéré toutes les deux minutes trente. Quarante-cinq minutes de retard, lorsque enfin, il se décida à décamper. À quoi bon s'obstiner, il était improductif au possible depuis quelques heures maintenant et se persuader du contraire ne ferait avancer en rien le schmilblick. Il n'avait aucun travail à rendre et sa situation personnelle n'était pas assez mauvaise, ni assez satisfaisante, pour l'inciter à se lancer à corps perdu dans de l'écriture intime. Reed l'attendait dans l'un de ses endroits favoris. Reed l'attendait. Une perspective qui lui arracha un bref sourire conquérant, qu'il ne tarda pas à gommer par fierté. Le spectre de leur dernière altercation, et pas des moindres, planait encore au-dessus de lui et même s'il pouvait se targuer d'avoir passé des vacances exceptionnelles, le simple fait qu'ils ne soient pas en bons termes avait sérieusement entaché son quotidien de quelques pensées maussades. Tout ça pour trop d'alcool, et du sexe. Pas qu'il soit du genre à badiner avec le sexe, bien au contraire, toutefois ça aurait pu être largement pire. Ils avaient couchés ensemble, et alors ? Ce n'était pas la première fois. D'autant plus qu'elle était celle qui l'avait traîné à cette soirée de débauche, et l'avait incité à boire des litres et des litres. Ah Nathaniel, quand en auras-tu assez de rejeter tes erreurs sur les autres ?  S'il avait d'abord aussi mal réagi qu'elle à la sortie du lit, et crié tout aussi fort qu'elle, Nate avait finalement pris la pente douce et s'était progressivement mis à traiter l'idée avec philosophie. Néanmoins, il lui en voulait toujours vigoureusement d'avoir été aussi féroce avec lui, et de n'avoir pas fait le premier pas – lui non plus, mais hey, elle était celle qui ne voulait pas entendre parler de son city trip en Grèce, non ?  Toutes les excuses sont bonnes -  et de n'avoir rien fait pour le calmer, ni rien. Son silence n'avait aucune excuse et l'avait laissé s'imaginer qu'elle s'en moquait éperdument, de lui, et qu'elle s'amusait avec n'importe qui, n'importe où. Connasse, grommela-t-il sur le chemin, bien décidé à en découdre ou au contraire, se murer dans un silence religieux et la laisser monologuer, et éventuellement s’emplâtrer dans son indifférence. Une heure de retard. Une première, pour cet exemple de politesse. Plus raide qu'il n'y paraissait, Nate se contenta d'arborer un air des plus détachés et évita soigneusement d'accrocher son regard sur le visage de Reed. « .Après bien des hésitations, pour être tout à fait franc. » se contenta-t-il de répliquer, lassé d'emblée par cette conversation – qu'il prétend du moins. Une entrée en matière dénuée de toute bienséance, soulignant plus encore son retard inexcusable. Heureusement pour lui, il n'avait pas à s'excuser de quoi que ce soit compte tenu du fait que sa présence en elle-même relevait du miracle. Oui, il était venu. Bien sûr qu'il était venu. Trop bon, trop con, Nathaniel, comme toujours.  Même si elle lui avait envoyé son satané message l'heure suivant leurs ébats, il serait venu. Même des années après, il serait venu. Même si elle l'avait piétiné beaucoup plus fort que ça, il serait venu. Car même s'il lui en voulait pour l'éternité d'avoir été si absente, et si occupée à s'occuper d'autres cet été, Reed restait et resterait une faiblesse dont il ne pourrait (et ne voulait) se débarrasser. S'apprêtant à s'installer autour d'une table et à commander un café,  il n'alloua qu'une attention partielle à Reed qui fit déjà jaillir bien des mots de sa bouche. Bien que partiellement attentif, il n'eut pas le moindre mal à comprendre l'information et agressé par ses mots, Nate fit un pas en arrière et manqua de faire tomber une étagère contenant quantité de livres. « .Pardon ?. » balbutia-t-il, hagard. Sans qu'il puisse s'en empêcher, il jeta un regard alerte à l'endroit du méfait, scruta son estomac l'espace de quelques longues secondes de réflexions. Non. Rien d'anormal. Tout est stationnaire. Toujours aussi svelte et épaisse qu'une aile de poulet, qu'il se persuade. Quoi qu'elle mijote, il jura de ne pas tomber dedans. Ses plans, ses petites mesquineries, ses idées à la con dont il avait tant de fois fait les frais, ou bien auxquelles il avait allègrement participé, n'auraient pas raison de lui maintenant. « .Mais oui, à d'autres. » lâcha-t-il, incrédule, le tout accompagné d'un ricanement caustique. Elle, enceinte ? Allez, mettons. Mais lui ? Père ? Non. Il n'était pas question qu'il soit père maintenant, moins encore avec elle. Enceinte. A ses yeux, il s'agissait là d'une situation qui n'arrivait que dans les livres et les films de mauvaises qualités. Le genre comédie romantique qui fait sourire, qui se regarde, mais qui passionne pas les foules. L'idée qu'elle puisse lui dire la vérité s'échappa bien loin de lui, si loin qu'il trouva le moyen d'en devenir limite con. Elle ment, c'est tout, décréta-t-il silencieusement. Pour quelle raison ? Parce qu'elle a rien trouvé de mieux à faire que de m'emmerder. C'est son truc, à Reed, l'emmerder quand elle-même elle s'emmerde. Il se décida finalement à lui adresser un regard et sera les dents pour ne pas … ne pas. Ne pas exploser de rire, ou bien entrer dans une colère noir ou autre réaction démesurée. Là se trouvait toute la passion de leur histoire : tout dans l'excès, ne jamais savoir doser. Finalement habité par une forme d'aigreur vicieuse, Nate se contenta de fourrer net ses poings dans les poches de son pantalon et à lui jeter un regard en biais. « .Reed, j'ai pas de temps à perdre dans tes conneries, ok ? Donc si t'as pas un vrai truc bien important à dire, le genre vital en gros, c'est simple : je me tire. » annonça-t-il clairement, peut-être un petit peu trop sévère, mais au moins il paraissait crédible dans le rôle du gavé de service. « .Arrête de te foutre de ma gueule, y en a assez. » ajouta-t-il, dans un soupir agacé, loin de s'imaginer que ce qui se passait à présent était bel et bien réel.
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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Lun 8 Sep - 22:27

La réponse de Nate lui arracha une grimace qu’elle ne prit pas même la peine de dissimuler, retenant par la même occasion la réplique cinglante qui menaçait de franchir ses lèvres. D’accord, il n’avait pas envie de venir, fort bien, elle non plus n’avait pas eu envie de venir, ni même de le voir. Son égo morflait un peu plus à chaque seconde qu’elle se trouvait devant lui, à chercher un regard qui la fuyait obstinément. Elle feignit une assurance qu’elle n’avait jamais possédée, jamais avec lui du moins, le fixa farouchement, sans doute pour le mettre aussi mal à l’aise qu’elle l’était, elle aussi. Si elle avait pu, elle serait partie sans demander son reste : tout plutôt que d’affronter Nate. En étaient-ils résolus à ça ? Siffler entre leurs dents des remarques cinglantes exprimant leur mécontentement de se trouver face à l’autre ? « Le contraire aurait été étonnant » nota-t-elle, sans rien laisser transparaître de sa colère, grondant depuis des semaines, qu’elle tentait de retenir tant bien que mal. Pas le moment Reed, se sermonna-t-elle. Fais un effort. L’heure est grave. Elle reprit contenance, lâcha ce qui s’apparentait à une bombe sans même crier gare. Vengeance mesquine ou volonté d’en finir le plus vite possible, elle n’aurait su le dire. Peut-être un peu des deux. Préparée à une discussion houleuse et épineuse, elle s'attendait à beaucoup de choses, beaucoup de réactions possibles. Elle avait tout préparé mentalement, une liste de questions qu'il aurait été susceptible de poser. Elle avait répondu d'emblée à la première : il était de lui. Parce qu'elle avait été trop stupide et bourrée pour se protéger, ce qui ne lui arrivait jamais. Pas toujours malchanceuse, son karma avait apparemment décidé de la punir d'elle ne savait pas quoi. D'avoir merdé avec Nate ? D'avoir – encore – laissé passer leur chance ? D'avoir cru que Neal changerait les choses et la transformerait en fille transie d'amour, devenue docile et fiable ? Le karma s'était chargé de lui rappeler qu'elle ne pouvait jamais prendre les choses pour acquises, l'amitié de Nate, l'affection de Neal. Voilà qu'à présent elle ne possédait plus ni l'un ni l'autre, et se retrouvait affublée d'un fœtus dans le ventre qui la laissait désoeuvrée. Beaucoup de réponses possibles, donc, mais aucune qui ne ressemblait, de près ou de loin, à celle que Nate lui offrit. Elle afficha une moue incrédule, incapable d'imaginer qu'il puisse sérieusement croire qu'elle se foutait de lui. Elle retint à nouveau une réplique acide, se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas l'envoyer se faire foutre. Qu'est-ce qu'il pensait ? Que c'était un jeu ? Qu'elle perdrait son temps à inventer des conneries pareilles ? « Tu crois sérieusement, vraiment, que j'aurais mis mon putain d'égo de côté pour te raconter un truc pareil ? Que j'aurais passé des semaines à me ronger les ongles juste pour parfaire la mascarade ? C'est ce que tu penses de moi, Nate ? Vraiment ? Tu as une si basse estime de moi que tu me penses capable d'inventer ça ? » Elle darda un regard noir à son encontre. Non, elle ne l'aurait jamais fait, parce qu'en dépit de la période creuse qu'elle traversait avec lui, elle tenait bien trop à lui pour ne serait-ce que songer à mentir. Pas là-dessus. Pas comme ça. Elle croisa les bras contre sa poitrine, fuit son regard pour la première fois, le posa sur à peu près tout ce qui n'était pas là, la vue de la fenêtre, les étagères de livres, les gens qui passaient et leur jetaient un regard curieux. « Je me fous pas de ta gueule Nate » finit-elle par ajouter, plus lassée qu'agacée. S'imaginait-il que c'était facile pour elle ? Qu'elle envisageait sérieusement d'avoir un gosse sans même avoir son diplôme ? Que dans sa famille, ce serait bien perçu qu'elle se ramène avec un bébé d'un type avec lequel elle n'était même pas ? Sa décision, elle l'avait prise à l'instant où elle avait compris que ça n'avait rien d'une blague. « T'en fais pas, je le garde pas » lâcha-t-elle, mauvaise. Si c'était ce qu'il craignait, il pouvait désormais dormir sur ses deux oreilles, retourner faire... dieu seul savait ce qu'il faisait. Elle en tout cas ne le savait plus. « J'attends rien de toi. Je te demande rien, pas d'argent, pas d'être là avec moi, pas même de t'en soucier. Je voulais simplement que tu l'entendes de ma bouche plutôt que de l'apprendre de quelqu'un d'autre. Mais je le garderai pas. Je peux pas. » Etre mère, élever un enfant alors qu'elle-même n'était pas du genre mature... Sans même parler de toutes les circonstances qui rendait cette possibilité ridicule, sa seule personnalité suffisait à ce que tout ça ne dure pas longtemps. Quant à Nate... et bien il faisait ce qu'il voulait. Elle l'avait dit, et le pensait le plus sincèrement du monde : elle ne lui demandait rien, et n'attendait rien. Si elle avait même pu ne rien lui dire, elle l'aurait fait, pas par égard pour lui et pour sa petite vie parfaite, mais parce que la situation était trop délicate pour qu'elle ait envie de lui devoir quoi que ce soit. Elle n'imaginait que trop bien la réaction qu'il aurait pu avoir, à l'apprendre de la bouche de quelqu'un d'autre, par le biais de rumeurs, de bruits de couloirs qui couraient décidément bien trop vite. « Et je ne sais pas si tu réalises que pour moi non plus, c'est pas tout à fait la bonne nouvelle de l'année, mais si ce n'est pas le cas alors je te le dis : je suis aussi mal que toi. J'ai simplement eu quelques semaines de plus pour m'apitoyer sur mon sort. » Et en dépit de ces quelques semaines, chaque nouveau matin lui donnait l'impression de s'éveiller d'un cauchemar qui ne connaissait pas de fin. « Mais si tu as envie de remettre la faute sur moi, de te murer dans le silence, d'être en colère, de me rayer de ta vie encore un peu plus, je t'en prie, n'hésite pas » railla-t-elle, plus mauvaise que jamais.
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Adriel Eynsford-Baxter
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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Jeu 11 Sep - 3:30

Le contraire aurait été étonnant, en effet, puisqu'elle s'était si bien appliquée à le rabaisser dans les formes lors leur dernière rencontre. Bien qu'il soit un garçon légèrement caractériel, Nathaniel n'en demeurait pas pour autant orgueilleux et aurait très bien pu laisser tomber l'engueulade de la dernière fois, si seulement elle s'était appliquée à faire un pas dans sa direction durant les vacances. N'importe lequel, même un truc minime, une connerie dérisoire du genre liker son statut sur Facebook, ou faire semblant d'avoir fait une mauvaise manipulation en l'appelant '' par accident ''. Mais rien. Et depuis les choses avaient évolués. Elle ne voulait pas de lui, préférait préserver leur amitié de pacotille et résolument assise sur une ambiguïté brûlante ? Parfait. Lui ne souhaitait en aucun cas être seulement un ami. Tout ou rien, et en l’occurrence rien. Fraîchement en couple et pleinement satisfait de s'engager auprès de Jules,  il ne comptait évidemment plus se laisser imposer quelconque turbulence provoquée par Reed Chamberlain et était résolu à bâcler cette ultime (qu'il croit) conversation rapidement, afin de s'éloigner de cette éternelle source de problèmes. Ou tout de moins, l'était-il. Sa résolution fondit comme neige au soleil dès ses premiers mots et s'il n'arriva pas à y accorder un seul crédit aux premiers instants, le monologue spontané de Reed acheva de lui faire comprendre qu'il faisait fausse route et qu'elle était, comme elle le disait si bien, enceinte. De lui. Le temps que l'information ne fasse la moitié du tour de son cerveau, son cœur se stoppa net et ses mains, jusqu'alors fourrées dans le fond de ses poches, se mirent à trembler, l'obligeant ainsi à les sortir de leurs cachette. « .Oh putain. » gronda-t-il, tout en se frottant nerveusement l'arête du nez. Il se laissa un temps d'analyse, de réflexion profonde et poussée, le tout les paupières fermées et enfermé dans un mutisme douloureux. « .J'en ai rien à foutre de ton ego de merde. » se décida-t-il finalement, d'un grognement étranglé. A croire qu'un temps de réflexion ne serait pas suffisant pour calmer des ardeurs que lui-même n'aurait pu soupçonner. Et valait mieux pour eux qu'il élude délibérément la partie sur l'estime, sinon le débat ne connaîtrait évidemment aucune fin. Qu'elle puisse se ronger les ongles à l'idée de l'affronter ? Rien à foutre. Qu'elle mette son ego de côté ? Hilarant, sachant qu'elle n'avait pas daigné lui donner quelconque signe de vie de tout l'été. Qu'elle aille se faire foutre, trancha-t-il pour lui-même, plus mauvais que jamais. Elle parlait, s'expliquait, et Nate, désœuvré, se retrouva à éluder la moitié de la discussion au profit d'une conversation avec lui-même. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce que je vais dire à ma famille ? Et à Jules, et aux autres. Il se décida enfin à la toiser du coin de l’œil, et se retrouva aussitôt à reposer son regard partout ailleurs que sur elle tellement la regarder, simplement, laisser son regard flirter avec ses traits lui était insupportable. Elle le garde pas, répéta-t-il pour lui-même. Comme si les choses pouvaient être aussi simple. Pauvre enfant naïve. « .Mais tu fais ce que tu veux, Reed. Ce que tu veux, puisque de toute évidence ce n'est pas moi le père. » décréta-t-il, ferme. Évidemment il ne s'attarda pas sur les statistiques, comme le fait qu'ils aient couché une unique fois ensemble au cours des derniers mois, alors qu'elle s'était amusée bon nombre de fois (supposa-t-il) avec Neal ou dieu seul sait qui encore. Et il serait prétendument l'heureux élu ? Balivernes. « .Tu ne vas pas me faire croire que cet enfant est de moi, alors que t'as été la première à bien préciser que tu allais profiter de cet été, et de toute cette année aux États-Unis d'ailleurs, pour t'envoyer tout ce que tu pouvais. » cracha-t-il, plus amer qu'il ne l'imaginait face à l'idée qu'elle puisse avoir couché avec qui que ce soit d'autre que lui... et encore plus qu'elle puisse être enceinte... et plus encore de lui. « .Mais par hasard… T'as pas envie d'aller faire flipper ce connard de Neal avec tes emmerdes plutôt que moi ? Je sais pas, c'est supposé être ton mec, non ? Ou ton faux mec, aux dernières nouvelles. Qu'est-ce que j'en ai à foutre. Pour qui tu me prends au juste ? Pour le pigeon qui sera assez con pour y croire et en plus porter le chapeau ? . » Nate, soumis à la nervosité, la colère, à tel point qu'il en devenait même odieux. Odieux, mais réaliste. Il avait tout du parti idéal et ne comptait plus le nombre de fois où ça lui avait été rapporté, ouvertement ou non. Bien éduqué, riche à damner, bienveillant, jamais animé de mauvaises intentions, et indéniablement beau garçon, Nathaniel Llewelyn-Davies se plaçait en pôle position sur le marché des fiancés de luxe. Alors porter son enfant ? Pactole. Et bien évidemment, il était celui, et probablement le seul, qui serait capable d'assumer, d'accepter ce genre de traquenard. Au nom de son éducation sans faille. D'être assez con pour rester, ne pas nier ou pire, s'en aller. Reed savait qu'elle pouvait compter sur lui, pour tout, vraiment tout et qu'il n'hésiterait pas à donner une main, un rein, sa tête, sa vie pour elle. Et l'idée qu'elle puisse en profiter s'infiltra insidieusement dans son esprit. Elle avait tout à gagner en déclarant qu'il était le père et pas Neal, pas vrai ? L'anxiété dont il était à présent une victime pitoyable l'incita à dériver complètement et conscient, à temps, qu'il allait bien trop loin, il s'obligea à la regarder une demi seconde. La regarder le forcerait à réaliser qu'elle ne pouvait pas… pas. Elle ne pouvait pas être animée de mauvaises intentions, par pour lui. Parce qu'il l'avait dans la peau quoi qu'il en dise et qu'elle n'avait pas le droit. Serrant les poings machinalement, il eut néanmoins tout le loisir de constater combien elle pouvait être mauvaise. « .Je. M'en. Tape. » se contenta-t-il de répondre. Et je ne sais pas si tu réalises, piapiapia, rien à foutre. Nate ne fit qu'un avec son égoïsme pour la première fois de sa vie et l'assuma parfaitement. Et lorsqu'il en eut assez de son petit ton ingrat, son poing clos vint frapper la table sur laquelle elle sirotait un thé voilà dix minutes, faisant sursauter toute l'assemblée venue contempler la scène comme on regarde un bon film un dimanche pluvieux. « .Mais tu te prends pour qui ? T’arrive comme ça, tu me balances que t'es enceinte et de moi par-dessus le marché, sans y mettre les formes ni rien, pas bonjour ni merde et en plus tu te prends le luxe de faire ta mauvaise ? Mais va te faire foutre. » beugla-t-il, inévitablement énervé. Gentil, mais pas au point de supporter pareille attitude… et loin d'avoir les épaules pour supporter une telle annonce. Évidemment, la conversation jeta un froid dans toute la librairie, et sur toute la clientèle qui respecta un silence religieux. « .Reed Chamberlain, messieurs dames. Bousille mon existence depuis...quoi... vingt ans ?. » ironisa-t-il à son tour devant leur public, avant de réaliser dans quel état il se mettait, lui qui était d'ordinaire si rationnel, si bien éduqué, si calme. « .Je veux dire… Rien. Excuse-moi. » balança-t-il, sans y croire, tout en se posant lourdement sur la première chaise disponible. « .C'est un cauchemar. » commenta-t-il finalement d'une voix éraillée, se massant les paupières de ses deux mains tremblantes. À trois tu vas te réveiller, Jules dans les bras et tout ceci ne sera qu'un mauvais rêve, tenta-t-il de se rassurer. Un…deux… Assez de ces espoirs vains, Nathaniel.


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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Ven 12 Sep - 19:35

Nate perdait son calme. Ce n’était pas que les mots – violents, mais prévisibles. Ses mains s’agitaient nerveusement, son regard l’évitait, le sang battait à ses tempes. Elle ne l’avait jamais vu comme ça, pas avec elle du moins. « Tu devrais pourtant, parce que ça veut tout dire » rétorqua-t-elle froidement. Comprends, si ce n’était pas pour cette grossesse, tu n’entendrais plus du tout parler de moi, et le fait que je sois là, aujourd’hui, avec toi, signifie que tout ça n’a rien d’une blague. Elle comprenait, au moins un peu, sa réaction. Plus que la colère, c’était la surprise qui parlait. La surprise, et aussi la peur. Et quand Nate avait peur, Nate se montrait odieux, brisant d’un seul coup l’image du parfait gentleman qu’il s’efforçait d’adopter en toutes circonstances. Sans doute qu’il n’avait plus besoin de s’embarrasser d’image en présence de celle qui, parmi toutes les personnes gravitant autour de lui, le connaissait le mieux, exception faite de sa famille. Des années qu’ils se côtoyaient, ils avaient vécu trop de choses, ensemble ou bien l’un contre l’autre, pour prétendre encore faire illusion. Elle connaissait ses failles, il connaissait les siennes, les attaques se faisaient de fait plus mordantes et plus douloureuses. Il n’y avait que quelqu’un la connaissant parfaitement pour savoir comment la blesser au plus profond de son être. Nate n’avait qu’à prononcer quelques mots, et il en était révolu de leur relation, quelle qu’ait été sa nature. Pas lui le père ? Elle aurait préféré cette alternative, et de très loin. Pour ce qu’elle comptait faire de ce bébé, de toute évidence, elle n’avait besoin de personne. Mieux aurait valu qu’il fût de n’importe qui, d’un pauvre type rencontré pendant ses vacances qui aurait eu le bon sens de se barrer comme un lâche en apprenant la nouvelle. Elle ne dit rien, ne répondit rien à son accusation à peine voilée. Il lui renvoya violemment des paroles qu'elle ne se rappelait même pas avoir prononcées et Reed fronça les sourcils, certaine qu’il avait interprété de sa façon tout à fait personnelle ce qu’elle avait dit. Elle détourna le regard, déjà honteuse d'avouer qu'à l'exception de Neal – et de lui – il n'y avait eu personne d'autre. Pas parce qu'elle aurait été fière de s'envoyer tout le campus, mais parce que le simple fait qu'elle n'ait pas été voir d'autres personnes cet été était révélateur de ses sentiments confus pour les deux. Elle le laissa finir son monologue acerbe, se pinçant les lèvres pour ne pas avoir à dire quelque chose qu'elle regretterait immédiatement, et qui scellerait la fin d'années et d'années d'amitié – d'amour ? Elle savait d'emblée que de lui dire que Neal s'était barré sans la moindre nouvelles ne ferait que le convaincre qu'elle était en train de se foutre de sa gueule, et cherchait seulement le premier type assez crédule pour la penser réellement enceinte. Tous les éléments étaient contre elle. Pire, elle allait devoir reconnaître qu'encore une fois le timing se moquait d'elle. D'eux. Ce soir-là, elle disait vouloir laisser une chance à Neal, parce qu'elle tenait à lui. Elle aurait pu choisir Nate. Elle avait eu toutes les raisons du monde de confesser son amour à Nate. Et elle avait fait le mauvais choix, se retrouvait à présent seule, confrontée à la douloureuse idée de sa grossesse. « Il est parti » murmura-t-elle sans regarder Nate. « Il est parti sans rien dire, pendant l'été. Et avant que tu ne te serves de ça pour me le renvoyer dans la gueule, et me dire que c'est la preuve que je te prends pour un pigeon, je me suis protégée. A chaque fois. Parce qu'on était libres d'aller voir ailleurs et qu'on ne voulait pas prendre de risque. Tu es le seul Nate. » Le seul pour beaucoup de choses, bien plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre. « Ce n'est pas Neal le père. Je te le jure sur tout ce que j'ai plus de précieux au monde. » Voilà où elle en était, à devoir jurer pour qu'il la croie. Vingt ans d'amitié. Et elle devait encore le supplier de la croire. Et si elle avait espéré voir la situation s'arranger, voir Nate enfin se calmer et discuter intelligemment avec elle, ses espoirs furent bien vite balayés. Il éleva la voix, faisant se retourner toutes les personnes présentes. Si elle ne l'avait pas si bien connu, elle aurait eu peur de lui. C'était la première fois, depuis toutes ces années, qu'il s'emportait à ce point contre elle. Elle sentit son menton trembler, de colère, de chagrin aussi, garda les yeux rivés sur la table. Ne pas pleurer. Ne surtout pas pleurer. Elle se mordit la lèvre assez fort pour sentir le goût du sang contre sa langue. Et lorsqu'il se calma, alors seulement elle releva les yeux vers lui, déterminée à rester impassible, même si ça ne devait être qu'une illusion. « C'est bon, t'as fini ? Maintenant que tous les gens ici savent tout de ma vie tu veux en rajouter encore une petite couche histoire de m'humilier un peu plus ? » Elle ne savait pas ce qui la retenait de partir sur le champ. Elle n'avait pas à écouter ça. Pas à entendre ça. Pas à subir ça. Nate pouvait la détester s'il le voulait, mais pas devant elle, juste sous ses yeux. Mais elle restait, bêtement, toujours si proche de pleurer, mais encore trop fière pour s'autoriser à le faire. « Nate écoute-moi. » Elle le fixa quelques secondes avant de poursuivre. « Je sais que tu n'as pas envie de me croire et que ce serait plus facile de penser que je me fous de ta gueule ou que j'essaie de profiter de toi. Mais je te ferais jamais ça. Jamais. Pas après vingt ans. » Si elle avait voulu le faire, elle l'aurait fait bien des années plus tôt. « Je te l'ai dit, je te demande rien, je n'attends rien. Tu ne me dois rien, et je ne le garderai pas. Je n'en veux pas plus que toi. Je m'en débarrasserai. » Comme s'il s'agissait d'un microbe à balayer. Reed ne savait pas encore comment elle y parviendrait, mais elle s'en débarrasserait. Pour Nate, et surtout pour elle. « Mais je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre. On a vécu trop de choses pour ça. »  

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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Mer 17 Sep - 2:55


This time, This place. Misused, Mistakes
Too long, Too late. Who was I to make you wait
Just one chance, just one breath
Just in case there's just one left
'Cause you know...
I love you, I have loved you all along
And I miss you, been far away for far too long
I keep dreaming you'll be with me and you'll never go
Stop breathing if I don't see you anymore

Neal avait donc pris ses jambes à son coup et s'en était allé voir sur l'herbe était plus fraîche, ou plus existante mettons, ailleurs. Nate accosta Reed d'un regard en biais, conscient qu'elle saurait saisir le fond de sa pensée sans aucune difficulté. '' Il est parti ? Comme c'est cocasse '', '' Tu vois, je te l'avais dis '' ou encore '' Oui, il est parti donc c'est sur moi que ça tombe '', entre autres. Au fond, il était heureux de savoir que Neal s'était enfin barré, comme il l'avait prévu. Certes, il le faisait au moment où Nate avait besoin de quelqu'un pour se déculpabiliser, mais il en était certain et ce depuis le départ : Neal n'avait rien à faire avec Reed. Et qu'elle puisse avoir pensé le contraire et l'avoir troqué lui pour un mec qui venait de prendre la poudre d'escampette, lui aurait bien donné envie d'exploser de rire, si seulement la situation n'était pas aussi dramatique. Parce aucun sourire, ni même l'ombre d'un sourire ne fit son apparition sur ses lèvres. Il n 'en tira aucune satisfaction, et préféra s'abstenir de tout commentaire tant les contours de sa révélation firent son cœur crépiter d'angoisse. La gravité de la situation l'avait pris aux tripes en premier et remontait douloureusement vers son palpitant. « .Mais qu'est-ce que je vais faire... » murmura-t-il, désarçonné. Rien, parce que lorsqu'on est l'homme, il n'y a rien à faire de plus qu'attendre que le divin connard qui régente leurs pauvres existences ne se décide à arrêter de l'emmerder. Ou bien là se jouait le premier acte d'une longue liste de plaies à venir. Après tout, Nathaniel le parfait et sa vie parfaite ne pouvait que subir à présent. Né sous une bonne étoile, il fallait de toute évidence une chute mémorable à cette vie placée sous les meilleurs auspices. « .Qu'est-ce que je vais dire à ma famille... » Ses frères, sa sœur… et le pire, ses parents. Ses parents conservateurs, qui le mariait volontiers à une femme comme Kira, ou Jules, mais pas à une Reed. Ses parents intransigeants, bourgeois, pour qui les apparences et la réputation primait. Pour qui le mariage arrangé idéalisait un futur, et qui classait les pur-sangs avec les pur-sangs. Ses parents qui n'accepteraient jamais un enfant hors mariage, conçu de façon aussi intolérable, avec quelqu'un qu'il n'avait jamais totalement accepté. Victime de sa situation, Nate se mit à angoisser de façon visible. « … et à Jules. » Rien que d'y penser, ses mains se mirent à trembler de plus belle. Si Reed n'était pas au courant...surprise. Il ne s'affichait pas, mais ne le cachait pas pour autant. Il tombait pour Jules, plus que par le passé. Progressivement, sans précipitation et se rappelait chaque jour un peu plus de l'émoi particulier qu'il avait éprouvé lors de leur première rencontre, et encore après. Tout ça, gâché, par lui. Et dieu, qu'il n'avait pas le courage de gâcher quelque chose qui allait si bien. Il l'avait voulu tant de fois que la simple hypothèse d'y mettre un terme définitif… non. Il fit glisser ses mains de sa nuque à ses cheveux, prêt à se les arracher. « .Que je l'apprenne de quelqu'un d'autre ? Parce que tu comptes le garder assez longtemps pour que ce soit visible ou bien même en parler avec quelqu'un d'autre ?. » répondit-il du tac au tac. Parce qu'il était bien évidemment inenvisageable que qui que ce soit sache. Elle ne voulait pas le garder ? Qu'elle fasse ce qui devait être fait. Elle savait. Lui ne voulait pas en parler, du moins pas à voix hautes. Mais elle savait qu'il ne lui restait qu'à s'organiser une petite sortie à l'hôpital, en toute discrétion, pour le bien de tous. Il serait même prêt à lui offrir le soutien moral, et à lui tendre sa main si elle le voulait, tant qu'elle le faisait. En effet, il ne se sentait pas prêt à ce point... Lui qui s'imaginait une vie simple, sans fioritures, sans erreurs, où l'imprévu n'avait pas sa place. Un futur tracé, écrit à la lettre prêt, n'admettant aucun détour. Il devait achever ses études avec les honneurs, prendre place au sein de la maison d'éditions familiale et gravir les échelons. Avoir une fiancée parfaite qu'il imaginait être comme Kira ou Kira elle-même, sans jamais vouloir l'admettre complètement. Avoir des enfants, épouser la femme de sa vie, terminer sa carrière au sommet en devenant écrivain et responsable d'édition, une grande maison, un chien et être assis sur une fortune colossale qu'il surnommerait « cerise sur le gâteau ». Le futur qu'il ne posséderait peut-être jamais, il se le projetait à présent en tête. Une séance dont il était l'unique triste spectateur. Reed remettait tout ses projets en question, ce même si elle prétendait ne rien vouloir de lui. Ni de son argent, ni de sa présence, ni rien. « .Tu me demandes rien, tu me demandes rien, mais tu crois que c'est aussi simple ? Tu crois quoi je vais croiser les bras et attendre que ça passe ? Ou pire, faire semblant que tout va bien ? Je ne sais pas faire semblant moi. » Il ne hurlait plus et heureusement. Il ne murmurait pas pour autant, mais tâchait de s'armer d'un calme minimum, et dérisoire pour le coup. Tous le monde et elle en particulier savait combien il était mauvais au jeu du meilleur menteur parce que trop vrai, trop honnête. Maintenant que le mal était fait, il n'oublierait jamais. Quoi qu'il puisse prétendre, quoi qu'on puisse en dire, leur relation sans label, sans étiquette, prenait un nouveau tournant. Et pas un bon. Ils avaient prouvé par le passé être fort pour surmonter bien des embûches, mais ça ? Nate en était incapable. L'épisode lui resterait en tête, gravé au fer rouge, à vie. « .C'est pas anodin ça, Reed. On attend pas que ça passe comme la grippe. » s'impatienta-t-il à nouveau, en proie à une colère capricieuse, qui n'avait de cesse d'aller et venir en lui et qu'il n'était évidemment pas assez solide pour supporter. « .Tu sais quoi...je… Le mieux c'est que je m'en aille. » Fucking coward. « .Je suis désolé, mais... » valait mieux pour eux deux qu'ils s'en aillent maintenant, avant d'exploser à nouveau, ou pire, qu'il ne fonde lamentablement en larmes. « .Laisse moi un peu de temps, ok ? Je ne te laisserais pas seule. Me faut juste du temps. » déclara-t-il, tout en se levant. « .N'en parle à personne. S'il te plaît. » acheva-t-il, le dos tourné, avant d'ouvrir la porte et de s'enfuir.

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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Jeu 18 Sep - 10:53

“ We're burnin' up, we might as well be lovers on the sun.”
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Nate semblait enfin s’être calmé et dépeignait à présent exactement les pensées qui occupaient l’esprit de Reed depuis des semaines. Il prenait – enfin – la mesure du cauchemar que cette grossesse laissait présager. Et pas uniquement pour lui, pas uniquement pour elle non plus, mais surtout pour eux deux. Leur amitié, qui lui apparaissait déjà bien plus que fragile depuis des mois, suspendue à un fil susceptible d’être coupé d’une minute à l’autre, venait de se prendre un nouveau choc, qu’aucun ne pourrait laisser passer. Jamais. Quoi que fût la décision prise par Reed, leur amitié ne se relèverait pas, n’oublierait pas, ne pardonnerait pas. Ils ne pourraient jamais plus se regarder dans les yeux sans voir cet événement entacher les chemins futurs qu’ils s’étaient déjà tracés. A présent, ils étaient liés, par un lien bien plus indéfectible que tous les sentiments du monde. Une partie de Nate vivait en elle, littéralement, et pour les mois à venir, elle ne pourrait pas ignorer ce fait. Lui non plus, d’ailleurs. Quoi qu’il ait décidé à son sujet, il ne pourrait pas prétendre rayer Reed de sa vie sans être frappé par la culpabilité de savoir qu’elle portait son enfant. Il serait près d’elle non par choix, mais par obligation, parce que Nathaniel Llewelyn-Davies était trop bien élevé pour oser la laisser en difficulté. Ce qui obligerait Reed soit à accepter qu’il fasse partie de sa vie tout en sachant qu’il ne le faisait pas pour elle, soit à refuser fermement et mettre un point final à une relation longue de vingt années, qu’elle garderait gravée en elle jusqu’à la fin de sa vie, qu’elle nourrirait de toute l’amertume et de toute la rancœur d’une vie sans lui pour la partager, ne fût-ce qu’amicalement. Qu’allait-il dire à sa famille ? Rien du tout. Sa famille n’avait pas à le savoir. Celle de Reed, de fait, ne pourrait pas ne pas être au courant, mais celle de Nate ? Quelle importance, puisque cet enfant ne leur appartiendrait jamais ? Elle le lui avait dit avec sincérité : elle ne cherchait rien venant de lui et assumait déjà l’idée de se débrouiller entièrement seule. Fière, indépendante, sans doute trop pour que Nate vienne s’immiscer à nouveau dans sa vie complexifiée de minute en minute. « Tu n’as rien à leur dire » répondit-elle, avant de se prendre en pleine figure l’annonce qui, en d’autres circonstances, aurait pu être leur principal sujet de discussion – ou de dispute. Il ne semblait même pas remarquer la bombe qu’il venait de lui lâcher. Reed encaissa silencieusement, agonit Jules d’insultes mentalement mais ne fit pas le moindre commentaire à ce sujet auprès de Nate. Ce n’était pas le moment, et quand bien même, elle n’avait pas son mot à dire là-dessus. Il n’avait pas à lui demander la permission, ni même à s’excuser de faire ce qu’elle-même avait fait avant les vacances : faire entrer quelqu’un d’autre que lui dans sa vie et croire qu’il pouvait avoir la même importance que Nate. Les fantômes du passé ne les laisseraient donc jamais tranquilles. Reed concentra toute sa bonne volonté dans ses paroles, dans une mince tentative de peut-être enterrer la hache de guerre. « Jules… » Prononcer son prénom lui écorcha les lèvres. « … n’a pas besoin de le savoir, Nate. Agis comme s’il n’était pas de toi. » Voilà les derniers conseils qu’elle lui prodiguerait en tant qu’amie fidèle, alors même qu’elle sentait son cœur ravagé dans sa poitrine. Sa question souleva beaucoup de choses en elle. Son choix était fait, depuis un moment déjà, mais le faire accepter à Nate constituait la principale raison pour laquelle elle avait repoussé l’échéance le plus tardivement possible. « Tu connais ma famille. Tu sais dans quelles valeurs j’ai été élevée, et tu sais quelles valeurs sont les miennes. Je peux pas avorter… » Sa voix se mit à trembler, et elle détourna le regard pour lui épargner la vue de deux yeux brillants. « Je compte mener la grossesse à terme, et donner l’enfant à adopter. Et avant que tu ne dises quoi que ce soit… je te demande pas ton avis, ni ta permission. Je garderai pas cet enfant. Tu peux pas me demander de le garder, Nate. S’il te plaît… » implora-t-elle. Parce qu’elle  le connaissait. Parce que si lui connaissait les valeurs dans lesquelles elle avait été élevée, elle connaissait les siennes. Si l’avortement n’était pas une option pour elle, l’abandon… serait une option difficile pour lui. Mais la décision était prise, ferme et irrévocable. Si elle commençait à douter, elle remettrait à nouveau sa vie entière en question et Reed n’y était tout simplement pas préparée. « Une famille l’adoptera, l’aimera, et lui donnera tout ce que je ne peux pas lui donner. » Sous-entendait-elle que Nate n’avait ni son mot à dire, ni la moindre importance dans cette histoire ? Un peu. Plus pour lui, que contre lui en réalité. Si elle flottait encore dans une vaste inconscience, incertaine de son futur, incapable de dire où elle serait dans 5 ans, 10 ans, Nate représentait l’exact inverse. Lui savait. Il avait son avenir entièrement tracé, délimité de A à Z. Et cette grossesse risquait de tout compromettre pour lui. Elle ne voulait pas de lui dans sa grossesse, parce qu’en dépit de leurs différends il méritait d’obtenir tout ce qu’il désirait sans rien pour s’interposer. C’était là le dernier cadeau qu’elle était en mesure de lui offrir. « Et qu’est-ce que tu vas faire, hein ? Ca servirait à quoi que tu sois là et présent pour moi ? J’ai pas envie que tu te soucies de moi uniquement parce que je suis enceinte. Et j’ai pas envie que tu te soucies de cet enfant parce que c’est ton devoir. Je te dermande rien. Je ne veux rien. Je n’attends rien. Et si tu sais pas mentir, tu vas devoir apprendre. » Elle poussa un soupir. « Tu réalises ce que je suis en train de t’offrir, Nate ? Une porte de sortie. La possibilité de prétendre que tout ça ne te concerne pas. La possibilité de continuer normalement ta vie. N’importe quelle autre fille qui tomberait enceinte tuerait pour que le père soit avec elle dans ces moments-là. Moi je donnerais tout pour que tu n’y sois pas. » Elle n’avait pas besoin de lui, cherchait-elle encore à se convaincre. Et lui ? Lui, il n’avait pas besoin de ça. Triste conclusion à leur amitié. Soudainement pris de panique, Nate s’excusa, et se leva, prêt à partir sur le champ. Reed savait qu’elle aurait du dire quelque chose pour l’empêcher de le faire, mais elle ne trouva rien à répondre à son appréhension. Au lieu de cela, elle se contenta de le regarder faire, de hocher la tête parce qu’elle ne comprenait que trop bien ce qu’il éprouvait. Et c’était tout ce qu’elle lui demandait. De partir. D’être lâche. Elle avait fait son devoir d’amie, son devoir de personne morale, elle lui avait dit ce qu’il se passait. C’était tout ce qu’il y avait à faire. Pour le reste, elle comptait gérer elle-même, sans aucune autre intervention. En parler à quelqu’un ? Et à qui ? Ses sœurs, qui paniqueraient ? Son frère, qui ne saurait pas quoi répondre ? Ses parents, qui la renieraient avant de la supplier de garder le bébé ? Alexie, qui s’opposerait fermement à ce qu’elle ne le garde pas, peu importait la manière dont elle s’en débarrassait ? Babi, qui lui ferait comprendre d’un regard choqué qu’elle était mal barrée ? Elle n’avait personne en mesure de comprendre pourquoi elle devait faire ça. En mesure de hocher simplement la tête et de lui murmurer qu’on serait là pour elle et qu’on respecterait sa décision. « Ouais. » répondit-elle simplement, sans aucune certitude qu’il l’ait entendue. Et quelques minutes après, ce fut son tour de partir et de quitter la bibliothèque, en bien plus mauvais état que lorsqu’elle y était entrée, une heure et demi plus tôt.
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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Mer 24 Sep - 0:32

… dix jours plus tard… « .Allez, vas-y, c'est l'occasion. » souffla Alexie pleine d'espoir, tout en faisant semblant d'avoir le nez dans ses bouquins. Nate lui adressa un regard en biais, en proie à une intense anxiété. Reed se trouvait à deux tables plus loin, en train de discuter avec une fille qu'il identifia comme étant l'une de ses meilleures amies. Une italienne, Babi, dont Jules lui avait parlé quelques fois puisque, cruelle ironie du sort, elle était aussi l'une de ses meilleures amies à elle. Le monde est trop petit, pensa-t-il, amer.  La discussion semblait animée, à tel point que Reed ne les avait même pas remarqué, Alexie et lui, en train de bavasser autour d'un soda qu'ils partageaient. Il se demanda de quoi elles pouvaient bien pouvoir parler, et si Reed le lui avait annoncé. Et si Babi, dans l'hypothèse où elle le sache, irait le dire à Jules. Et si Jules lui en touchait un mot à son tour. Miséricorde. Que pourrait-il bien lui dire ?  lui qui était si mauvais menteur. Et si d'ordinaire son imagination débordante lui était un don précieux, c'est lorsqu'il commença à se faire tout un tas de scénarios dramatiques et dont l'issue commune était la séparation avec Jules, qu'il réalisa combien elle pouvait être un fardeau aussi. « .Tu dis ça comme si c''était simple. » répondit-il, tout en se mordant la lèvre du bas nerveusement, son regard émeraude fixé sur une Reed riant aux éclats. Ou peut-être prétendait-elle. Peut-être était-elle aussi malheureuse que lui, mais meilleure comédienne. Probablement. Trop de questions, trop de réponses improvisées, trop de mots virevoltaient en son sein pour qu'il puisse même prétendre être calme. « .Mais non, tu vas la voir, tu lui dis que tu veux garder le bébé et c'est tout. » Toujours en train d'essayer de la placer celle-ci. Alexie avait l'immense honneur de connaître et Reed, et Nate et se plaçait donc aux premières loges pour suivre leur relation, ainsi que leur accident. Si elle s'était montrée compréhensive tant envers l'un que l'autre, elle punissait en revanche leur choix de ne pas vouloir assumer l'enfant que Reed portait. Nate ne voulait pas qu'il naisse, et se trouvait monstrueux de le vouloir avant tant d'ardeur, et Reed ne voyait aucun problème à l'abandonner. Dans tous les cas, l'enfant en question n'aurait pas l'occasion de connaître ses parents, ce qu'Alexie, trop gentille, trop empathique, trop morale ne pouvait accepter. Nate se contenta de lui adresser un regard crispé, auquel elle répondit d'une caresse du bout des doigts sur la paume de sa main. Il lui répondit d'un sourire forcé, et entrelaça ses doigts dans les siens brièvement. Elle avait raison sur un point : Nate gardait ses distances depuis trop longtemps. Il se traumatisait chaque jour, chaque soir, chaque minute à tergiverser avec lui-même,  et se laisser ronger par une peur vicieuse. Et cela n'avait que trop duré. Tant pour lui qui n'en pouvait plus de ne pas savoir où il en était que pour Reed qu'il avait laissé en plan dans un café/librairie. Il se leva d'un bond, conscient que s'il n'y allait pas franchement il n'irait jamais, et salua Alexie d'un regard décidé. Quelques pas lui suffirent pour s'enjoindre à Reed et sans s'annoncer, il décida de se planter à ses côtés. « .Salut. » Plat, pas de sourire, mais sans faire la gueule non plus, pas de forme, un tout petit fond, rien de bien fantastique en somme. Mais là résida le maximum de ce qu'il pouvait faire sans craquer et se mettre à pleurer lamentablement, ou à hurler à l'injustice. Devant témoins, ce serait dommage. Il se concentra un maximum pour la regarder elle et ne pas divaguer sur un détails sur lequel son regard pourrait s'accrocher et le mettre tout de suite plus à l'aise avec la situation. « .On peut discuter ? S'il te plaît. » demanda-t-il, cette fois plus avenant. Du moins, il optait pour le naturel bienveillant, et surtout bienséant qui d'ordinaire fonctionnait plutôt pas mal. Du regard, il l'incita à se lever afin qu'ils puissent aller plus loin, sous un arbre où personne n'étudiait encore par cette belle journée. Les mains dans les poches, il resta un instant silencieux, cherchant ses mots pour sortir une phrase qui serait un minimum cohérente. « .Excuse-moi pour ce silence, il fallait juste que… bref. » Cohérent, disait-il. Nathaniel, toujours à s'excuser platement, au nom des convenances. Parce qu'il n'avait pas donné signe de vie depuis quelques jours, pour ne pas dire semaines, et qu'il lui demandait une audience là, comme ça, bêtement. Il fallait que quoi ? Qu'il réfléchisse. Qu'il se rende parfaitement compte de la gravité de la situation, de ce que ça impliquait, de ce que Reed voulait, de ce que lui voulait, de ce qui restait le mieux à faire … et tant d'autres choses dont il n'avait pas encore tout à fait conscience. « .Écoute, je me doute que ça ne doit pas être simple pour toi non plus, du coup... » débuta-t-il, les bras croisés dans le dos, signe de son inconfort à mener cette satanée conversation. En vérité, ça devait être pire pour elle. Il ne s'imaginait pas encore combien les autres allaient se faire un plaisir de la juger, de la cataloguer, de la malmener pour savoir qui serait le père et jusqu'à où ils seraient prêt à aller pour le savoir. « .On va faire faire comme tu veux. Quoi que tu décides, je te suis. » marmonna-t-il. Il ne le ferait pas pour elle, puisqu'il jugea qu'elle en faisait déjà bien assez. Elle aurait pu ponctuer cet accident en se rendant à l'hôpital, mais non. Il le faisait pour lui, par obligation. Parce que sa morale, son éducation l'obligeait, et un peu par amitié. Pour les dernières miettes d'amitié qui subsistait encore malgré tout. Toujours la bonne marionnette facile à manipuler, Nate se plierait au bon vouloir de Reed, qu'elle veuille de son aide, financière ou morale, ou non. Sans y mettre du cœur, mais il le ferait tout de même. « .Si tu veux que je sois là, tu n'as qu'à me le dire. Si pas, j'ai compris, on en reste là. » Il savait ce qu'elle voulait, elle avait été très claire dessus. « .La seule chose que je veux et qui est non-négociable, c'est que je vais en parler à ma famille. » Parce qu'il ne voulait pas qu'un ou une enfant se pointe dans des années en réclamant son père biologique, et la fortune qui allait avec et qu'il ne voulait pas d'un scandale qui pourrait éclabousser sa famille, sans que celle-ci ne sache comment s'y préparer et l'affronter. « .Pour le reste, je ne sais pas. Mais je ne vais pas pouvoir faire semblant avec Jules bien longtemps. Je ne vais rien dire pour le moment, comme tu me l'as demandé, mais sache qu'ici tout se sait et tu serais bien naïve de penser le contraire. Je ne veux pas prendre le risque qu'elle l'apprenne de quelqu'un d'autre que moi. » Rien que d'y penser, il eut des frissons. Jules allait rompre lorsqu'elle le saurait, parce que lui n'était pas naïf et se rendait compte qu'elle apprendrait bien assez tôt la grossesse de Reed, et viendrait poser des questions le sachant proche, voir parfois trop, d'elle. « .Je crois que tu peux aisément comprendre ça. » souligna-t-il, lui rappelant délibérément les raisons qui l'avaient poussée à tout lui lâcher d'entrée.



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MessageSujet: Re: you and me are floating on a tidal wave. (w/nate) Jeu 25 Sep - 0:30

D'un air absent, Reed entendait plus qu'elle n'écoutait Babi lui raconter les derniers aléas de sa vie d'étudiante. Et Caleb par ci, et Sara par là, et Levy, et Jules. Ah, Jules. Jules et son merveilleux petit ami dans sa merveilleuse petite vie. Ce fut le seul moment auquel elle prêta attention, bien malgré elle, où elle tendit l'oreille à l'affut du détail le plus insignifiant de cette relation. Elle s'obligeait à rire, parce que Babi aurait fini par protester face à l'indifférence de sa meilleure amie, mais le cœur n'y était pas. Voilà. Il avait suffi qu'elle mentionne Jules pour que son esprit la ramène invariablement à Nate, puis à sa grossesse, puis à leur dernier échange qui tournait inlassablement comme un vieux disque rayé. C'était épuisant, de ressasser sans cesse les mêmes histoires sans y trouver de nouvelle solution. Au mieux réussissait-elle à se convaincre que tout était pour le mieux, et qu'après tout, c'était ce qu'elle désirait n'est-ce pas ? D'extérieur, Reed renvoyait la même image qu'à l'accoutumée : sociable et rigolote, enjouée et espiègle. Intérieurement ? Elle faisait naufrage, se laissait porter à la dérive d'une vie sur laquelle elle n'avait plus le moindre contrôle. Et il y avait Zadig, fausse bouée de sauvetage dans l'océan de détresse, à laquelle elle s'accrochait bon gré mal gré, parce qu'elle ne pouvait rien faire d'autre qu'espérer voir la tempête passer. « Reed ! Tu m'écoutes même pas » se plaignit Babi, à laquelle elle adressa un sourire d'excuse. « Mais si je t'écoute » mentit-elle – mal. Son esprit était bien trop rempli pour pouvoir emmagasiner la moindre information n'ayant pas trait directement à sa vie. Non, Babi avait raison, elle ne l'écoutait pas, pas vraiment. Elle captait quelques détails mais pour le reste, se contentait de se fixer sur Jules et Nate, dont le couple affolait les célibataires avides de ragot de l'université. Elle était navrante de pathétisme, Reed, se mortifiait d'avoir cru une seule seconde qu'elle était importante au point que Nate reléguât au dernier rang toutes les autres filles dans sa vie. C'était sa punition pour ne pas avoir été en Grèce, et ne lui avoir pas donné de nouvelles, se sermonnait-elle. Elle l'avait cherché, et le karma le lui rendait au centuple. On pensait s'habituer à la douleur, et à l'oppression dans la poitrine, mais il n'en était rien. On se contentait seulement de faire avec. Et Reed ne savait pas se contenter de si peu, quand elle aurait pu avoir la totalité. Elle avait réalisé bien trop tard qu'elle ne se satisferait jamais d'un entredeux avec Nate, qu'elle préférait le sortir une bonne fois pour toutes de sa vie, ou bien l'avoir pour toujours auprès d'elle, mais pas prétendre être amie avec la seule personne pour laquelle elle aurait sacrifié jusqu'à sa vie. Une nouvelle fois, le destin lui renvoyait en pleine figure sa capacité à faire les mauvais choix aux mauvais moments et cette habitude qu'ils avaient créée de ne jamais savoir se trouver. Mauvais timing, auraient dit certains optimistes. Sa grossesse ne faisait qu'exacerber ses hormones et si elle voulait être parfaitement honnête, pour la première fois de sa vie Reed était malheureuse. Au point d'en pleurer nuit après nuit, de hurler de colère et de rancoeur, et de maudire cette grossesse, puis Nate, puis la vie en général, avant de finir par elle-même. Elle ne s’apitoyait pas sur son sort, parce qu'elle savait qu'elle l'avait cherché. Mais elle était en proie aux pires tourments et il lui semblait que personne n'était en mesure de comprendre l'ampleur d'une détresse qu'elle ne parvenait à masquer que difficilement. Babi continua de parler, et conserva cette fois-ci toute l'attention de sa meilleure amie, au moins jusqu'à ce que la silhouette familière de Nate vienne réveiller la douleur dans sa poitrine. Dix jours qu'il n'avait plus donné de signe de vie, et le voilà qui venait se planter devant elle, armé d'un risible 'salut' auquel elle aurait voulu par la plus mordante des répliques. Au lieu de cela, elle se contenta de répondre sur le même ton. « Salut. » Elle hocha la tête à sa demande, par réflexe plus que par envie. Elle n'avait pas envie de lui parler, après tout, tout avait été dit la dernière fois pas vrai ? Reed ruinait sa vie et lui mettait sur le dos une grossesse dont il n'était pas responsable, et Neal était parti, bien fait pour elle, et tout le reste. Elle adressa un sourire d'excuse à Babi avant de suivre Nate, hésitant plusieurs fois à rebrousser chemin. Elle acquiesça à nouveau lorsqu'il prit la parole. « Que t'encaisses, ouais. » Elle pouvait comprendre. Pas excuser, mais au moins comprendre. Nate était allé bien au-delà de ce qu'elle était en mesure d'excuser pour le moment. Le pardon viendrait après, plus tard, peut-être. Il tentait de se montrer doux et affable, renouant avec ses habitudes de gendre idéal, mais quelque chose s'était brisé entre eux, quelque chose que même la meilleure des volontés n'aurait su effacer. Elle l'écouta parler, apprécia le fait qu'il lui laisse prendre la décision finale. « Je te l'ai déjà dit, avorter n'est pas une option. Je le donnerai à l'adoption. » Elle disait cela sans exprimer le moindre sentiment, son visage soudainement fermé ne trahissait aucune émotion. Elle l'annonçait comme elle aurait dit qu'il faisait beau aujourd'hui, ou qu'elle avait du boulot. L'idée ne soulevait rien en elle, pas même une pointe de regret. Ce n'était même pas un choix, qui aurait impliqué qu'elle ait une autre alternative. Il n'y en avait aucune. Elle ne serait jamais prête à être mère. Ce n'était pas une fatalité, après tout. Certaines personnes étaient faites pour ce rôle et Reed... et bien Reed ne l'était pas. Elle ne trahit pas plus d'émotion lorsqu'il déclara qu'il devrait en parler à sa famille. Elle comprenait, naturellement. Elle aurait préféré qu'il puisse faire sans, pour rendre la situation moins concrète, mais Nate était quelqu'un d'honnête et c'était tout à son honneur. « D'accord ». Reed se contenta de hocher vaguement la tête lorsqu'il mentionna Jules, alors qu'elle aurait eu envie de vomir sur le bonheur de jeunes éperdus d'amour. Elle avala difficilement sa salive, tandis que les mots se perdaient quelque part dans sa gorge. Oui, ça finirait par se savoir, inévitablement. Ce n'était pas de ces secrets que l'on pouvait aisément garder, encore moins ici, dans cette université où les rumeurs se propageaient plus vite qu'une traînée de poudre. Et lorsqu'elle ne pourrait plus cacher sa grossesse, tout le monde finirait par se demander qui était le père et la harcèlerait jusqu'à ce qu'elle cède. « Tu fais comme tu veux Nate » répondit-elle enfin, après de longues secondes de silence. Après tout, elle n'avait pas le moindre droit sur sa vie, pas plus qu'il n'en avait sur la sienne. L'époque où son avis avait de l'importance était désormais révolu. Sans doute définitivement. « Si tu penses qu'il vaut mieux le dire à Jules, fais-le. » Prononcer son prénom semblait lui écorcher la bouche. « Pareil pour ta famille, c'est quelque chose que je peux comprendre. Après tout, je compte également le dire à la mienne, et cet enfant est autant de toi que de moi. » A son plus grand regret. Elle poussa un soupir las. « Je ne sais pas si j'ai envie que tu sois là, Nate » finit-elle par avouer, le regard rivé sur le sol. Il lui en coûtait de faire cette confession, plus qu'elle n'aurait su le dire. « Ca ferait que rendre les choses plus difficiles. » Devoir accepter sa présence, presque quotidiennement, en sachant qu'il ne serait jamais à elle, ne l'aiderait définitivement pas à reprendre pied dans la réalité. « Je te l'ai dit, j'attends rien de ta part. Vraiment rien. Je compte gérer seule, comme une grande fille. Je sais que t'es aussi concerné que moi mais... l'idée que tu sois dans ma vie uniquement à cause de ça me dérange. » Quelques mois plus tôt, il aurait été là, pas parce qu'il le devait, mais parce qu'il le voulait. A présent, elle sentait peser sur leur relation le poids de l'obligation et ce poids était un fardeau qu'elle ne voulait pas leur imposer. « De même, personne n'a besoin de savoir que tu es le père, et je ne compte pas le dire à qui que ce soit. Ca restera entre nous, tu as ma parole là-dessus. » Sainte Reed, qui lui faisait là son dernier cadeau, en souvenir de leur amitié. « Si tu as envie d'être là, tu peux. Mais si tu dois te forcer, alors ne te donne pas cette peine, je me débrouillerai seule. » C'était ce qu'elle ne cessait de dire, qu'elle se débrouillerait seule, comme si le répéter suffisait à l'en convaincre. En vérité, elle était effrayée, littéralement pétrifiée à l'idée de cette chose si grande, qui dépassait tout ce qu'elle avait pu connaître jusqu'à présent, et de son impact dans sa vie. Il n'y avait pas de retour en arrière possible. « Et après l'accouchement, cette histoire sera terminée, et on pourra chacun retourner à nos vies, comme si de rien n'était. » Comme si de rien n'était. Pauvre Reed, naïve encore et toujours, capable de penser qu'elle pourrait reprendre une vie normale. « Bref, je te force à rien. C'est ta décision. » Et elle se moquait que ce soit ce qu'il voulait entendre ou non. Il lui avait posé une question, elle venait de lui donner la réponse finale : il ferait ce qu'il voudrait. Il n'y avait pas de bonne réponse à ce genre de question. Elle serait malheureuse de vivre cette étape sans lui, mais serait plus malheureuse encore de la vivre avec lui et de goûter pendant neuf mois à l'illusion de ce qu'ils auraient pu être, si elle avait été moins stupide.

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you and me are floating on a tidal wave. (w/nate)

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