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family comes first — ddc

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Swan Cartwright-Hansen
there's no place like berkeley
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prénom, pseudo : brittany
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MessageSujet: family comes first — ddc Ven 22 Aoû - 1:25


Remember, you're the only one who can fill the world with sunshine
“ . Sister. She is your mirror, shining back at you with a world of possibilities. She is your witness, who sees you at your worst and best, and loves you anyway. She is your partner in crime, your midnight companion, someone who knows when you are smiling, even in the dark. She is your teacher, your defense attorney, your personal press agent, even your shrink. Some days, she's the reason you wish you were an only child. ”  
—  BARBARA ALPERT, thaïs + matthias dupont de calendre

• • •  
Los Angeles, Californie.  Automne 2015 — C'était un réflexe devenue une obsession, et qui s'était elle-même transformée en une sorte de routine empreinte d'une profonde lassitude. Tous les jours, à la même heure – soit précisément à vingt-heures et quinze minutes – Thaïs profitait de son quart d'heure de pause pour consulter les dernières annonces parues le matin même, et avec un peu de chance celles de la veille. Installée sur les premières marches d'une issue de secours, elle fit défiler nonchalamment les propositions d'emploi sur l'écran tactile de son téléphone portable. Casting pour figurants dans un polar bien huilé à l'américaine. Recherche d'une jeune femme dans la vingtaine pour un personnage secondaire dans un court-métrage à la James Bomb. Et la liste était longue, pleine d'annonces ridicules postées par des réalisateurs aux noms inconnus au bataillon, et qui n'attendaient que la gloire pour faire éclore leurs talents à Hollywood. Ces productions aux budgets serrés raviraient sans doute de jeunes étudiants avides de premières expériences et dont la maigre paie permettrait de combler leurs fin de mois. Sauf que Thaïs, elle n'était plus une étudiante, et ça faisait un an désormais qu'elle avait tout plaqué pour s'installer dans la cité des anges, ville des illusions et des désillusions. Diplômée de la très prestigieuse université de Berkeley, la jeune française s'était lancée dans l'aventure, des espoirs pleins la tête. C'est vrai, le cinéma ça la faisait rêvée, non pas les paillettes et la célébrité,  elle s'en foutait Thaïs, mais se retrouver dans la peau de quelqu'un d'autre, elle trouvait ça fascinant.  Alors, elle avait enchaîné les castings, persuadée qu'un jour la roue allait tourné en sa faveur. Ce jour, elle l'attendait encore. Car dans l'univers impitoyable du star-system, où l'apparence prévaut sur les véritables compétences, Thaïs comprit bien assez tôt que ses chances d'atteindre son rêve s'amoindrissaient jour après jour. Mais au lieu de rebrousser chemin, cette guerrière à qui la vie avait tout appris était restée accrochée à son destin, une citation de Charlie Chaplin résonnant constamment dans ses pensées : '' persistence is the shortest path to success ''. En attendant de marcher sur les célèbres planches de Broadway, elle multipliait les petits boulots, accumulant la fatigue et les heures de travail fournies pour jouer les serveuses ou les hôtesses de caisse. Ici et là, elle parvenait parfois à décrocher des rôles de figurations dans de petites productions, de quoi faire gonfler les lignes de son CV. « La nouvelle, ton service va bientôt reprendre !  » qu'on lui cria des vestiaires. Une semaine tout juste qu'elle officiait comme serveuse – pour changer – dans ce petit bar restaurant aux allures très sixties. Un énième job plus que nécessaire pour lui permettre de payer le loyer d'un petit appartement qu'elle partageait avec ses deux colocataires new-yorkaises. Frances, sa collègue, apparut derrière elle, une cigarette entre les mains. Elle, ça faisait déjà six mois qu'elle bossait là. Thaïs lui adressa un sourire d'ange en la croisant, et pénétra dans le vestiaire du personnel. D'un pas lent, elle s'approcha de son casier et y dénicha le chapeau de l'enseigne pour le mettre sur sa tête. Dernière touche d'une tenue similaire à celle que portait les serveuses dans les années 60. Alors que les premières notes de Summer Nights se mirent à résonner dans le bar, son regard séraphique se déposa sur la photo collée à l'intérieur de son casier. On pouvait la voir dans sa veste en cuir matelassée, princesse courage sur le trône de son fauteuil roulant, aux côtés de son frère, Matthias, aujourd'hui aux abonnés absents. Au vue de ce vieux cliché datant de leurs années lycées, Thaïs sentit sa gorge se serrer. Ce temps là lui manquait. Son frère lui manquait. Terriblement. Lui, il était encore à San Francisco, et elle, coincée ici. Il l'appelait au moins une fois par semaine pour prendre de ses nouvelles, et elle lui répondait toujours que tout allait bien, qu'elle était heureuse à LA, que sa carrière – si on pouvait appeler ça ainsi – commençait doucement à décoller, qu'elle ne regrettait absolument pas d'être partie. Bref, elle lui mentait. Et ça lui faisait mal au cœur, mais au moins qu'elle se disait, il ne s'inquiétait pas pour elle. « Qu'est-ce que tu fous encore là ? Ça fait dix minutes que tu devrais déjà assurer ton service ! Et.. au fait.. surprise, il y a encore le jardinier du Lincoln Park qui te demande. Il doit vraiment avoir craqué pour toi celui-là... ! » Fabuleux. D'un coup sec, elle ferma la porte de son casier et partit se perdre dans cette vie  désenchantée qui n'était plus vraiment la sienne.

missed call : monday at 2:47am
-  Bonjour ou bonsoir ! Vous êtes bien en communication avec le répondeur de Thaïs, la seule et l'unique Dupont de Calendre. Laissez moi un message après le bip, ou avant le bip si vous êtes vraiment pressé.. Même si dans ce cas je risque de ne pas tout comprendre, promis, je vous rappellerai dès que possible.
- Thaïs, c'est Matthias... Je voulais simplement te dire que... me faire opéré... une greffe.. C'est un peu compliqué à expliquer... Envie de te revoir.. Si jamais tu veux passer... Paris... J'espère que tu vas bien. Bisous.

Paris, Ile de France. Hiver 2019 — Les paroles de son frère lui parviennent par vagues, et sa voix, sa toute petite voix d'homme accablé par la fatigue l'interpelle encore. Le téléphone délicatement collé à son oreille, Thaïs se repasse en boucle cette messagerie, luttant contre ses yeux qui se ferment et son manque de sommeil. Elle n'a pas dormi de la nuit. Pour cause, elle vient de passer plus de huit heures dans un avion pour rejoindre sa ville natale. Engoncé dans le siège cuivré de sa voiture, elle laissa son regard se perdre sur l'avenue des Champs Élysées, et toutes ces lumières argentées qui habillaient les arbres nus, annonçant de l'imminence de Noël. Elle avait oublié à quel point Paris brillait pendant les fêtes. « Vous avez vu ? Il y a en a partout ! » s'étonna son chauffeur en lui désignant du doigt toutes les affiches présentes sur les arrêts de bus qui comportaient son nom. Des panneaux de publicité mettaient en scène les personnages décalés de ce nouveau film qui déchaînait les foules dans les cinémas français, et dans lequel elle tenait un rôle, un vrai. La consécration d'années de sacrifices et d'échecs répétés, cette fois-ci, elle touchait son but et ce n'était plus un rêve. Comédienne reconnue par ses pairs, cette petite française au regard malicieux à la Audrey Tautou avait charmé l'Amérique, la gloire et le succès maintenue entre ses mains. D'une faible voix, Thaïs acquiesça. Cachée derrière les verres teintés de ses lunettes de soleil, elle tâchait de contenir sa peine. C'est vrai, désormais, tout le monde venait la complimenter, elle, cette étoile montante que le monde entier rêvait de voir briller. Mais rien ne parvenait à la libérer de ce sentiment de solitude qui l'attrapait à la gorge. Elle flirtait déjà avec le stade fatidique de la trentaine, bien que son corps de jeune fille resplendissait d'une beauté juvénile. Elle avait l'apparence certes, mais le reste ? Pas d'enfant, ni de petit-ami stable. Juste cette réussite fulgurante pour soulager le vide de son cœur. Bien qu’assommée par le chagrin, elle se devait de tenir bon, alors, elle se jetait corps et âme dans le travail. Pour oublier. Le bruit grisant du véhicule l'extirpa de ses vilaines pensées. Elle était arrivé. En face d'elle s'étendait un immeuble d'une vingtaine d'étages aux façades haussmanniennes. Se levant d'un bond, elle remercia son chauffeur dans un large sourire avant de s'élancer vers l'entrée. Par chance, un habitant s'apprêtait à sortir et entrouvrit la porte : elle en profita pour rentrer. Malgré la fatigue, Thaïs avala les marches de l'immeuble avec force et audace, manquant à tout moment de réveiller ses douleurs d'antan. En quelques minutes, elle parvint à retrouver son appartement et s'empressa de frapper à sa porte. Soudain, son jolie cœur se serra dans sa poitrine, impatient. Le regard pointé sur le sol, elle retira ses lunettes de soleil et passa ses mains dans sa chevelure de princesse pour se recoiffer. Et puis, la porte s'ouvrit. Et puis, elle le vit. « Matty ! » qu'elle s'exclama  comme si elle avait encore dix ans. Son rictus d'ange resta stoïque sur ses lèvres rosées, pourtant, ses prunelles chocolats reluquèrent avec inquiétude la silhouette affaiblie de son frère. Des mois qu'elle ne l'avait pas vu. Et tout ce temps perdu lui foutait une grande gifle dans la gueule. Des mois à lui en vouloir d'être reparti jouer les soldats au péril de sa vie. A lui reprocher d'avoir laissé leur relation s'effilocher par la distance et le temps. Tout ça alors qu'au fond, il avait juste besoin d'elle. Il avait juste besoin de sa sœur. Pour la première fois depuis fort longtemps, Thaïs comprit. Voilà, c'était ça sa vraie vie. Sans armure, elle insuffla ce sentiment de bonheur, ce sourire indescriptible qui faisait fondre les cœurs. « Je t'en supplie, dis moi que tu vas bien. » Sa voix trembla de peur, de honte de l'avoir lâché si longtemps, et son corps frêle se jeta dans ses bras. Les yeux au bord des larmes, elle saisit son visage entre ses mains. « Ne me fais plus jamais ça, t'as compris ? S'il t'arrive quoi que ce soit, je veux être au courant. La première.. bon ok, la deuxième après maman... mais bref, tu n'avais pas le droit de vivre ça sans moi. » et elle pleura pour de bon cette fois, en souriant avec ce regard d'enfant qui ne l'avait jamais vraiment quitté. Il pouvait souffrir, mais dans ce cas, elle souffrirait avec lui. Car c'était comme ça qu'ils avaient toujours fonctionné. L'un avec l'autre.  
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MessageSujet: Re: family comes first — ddc Dim 7 Sep - 18:00



- how much do you love her?
- more than anybody could expect or imagine.


San Francisco, été 2014. Parfois, votre vie entière s'écroule en une toute petite seconde. Comme ça, sans prévenir, sans crier gare. Un matin, vous vous levez, vous vous dirigez vers la cuisine pour prendre votre petit-déjeuner, vous vous installez confortablement dans le canapé du salon. Et vous commencez à manger, en attendant que votre petite amie, une marmotte notoire, se décide à vous rejoindre. Sauf qu'à la place, c'est votre sœur jumelle qui se présente, vous sourit, et s'assied à vos côtés. Thaïs avait d'abord commencé par picorer dans mon bol de céréales, me parlant de la pluie et du beau temps comme si de rien était. La journée avait très bien débuté, et aurait pu continuer à être tout aussi merveilleuse si ma jumelle n'avait pas décidé d'y couper court avec un terrifiant : « Il faut qu'on parle. » L'ancienne Alpha, toute fluette et chétive qu'elle était, avait réussi à me glacer le sang. Les pulsations de mon cœur se firent plus rapides alors que mentalement, je dressais une liste d'hypothèses cauchemardesques. Ton avocat a appelé, tu vas être incarcéré suite à cette vieille affaire concernant notre petit frère. Quelque chose va mal avec ma rééducation., et je pourrais bien être à nouveau en fauteuil. Il est arrivé malheur à Nattéo. Maman a arrêté de respirer la nuit dernière. Dieu merci, rien de tout ça ne vint. Mais les mots qui sortirent de la bouche de Thais furent tout aussi... Horribles. Déprimants. « Je m'en vais. » Une longue discussion en avait découlé. Elle m'avait expliqué le pourquoi du comment. Avait essayé de me faire participer à son bonheur. Avait voulu me convaincre que c'était la chose à faire. Rien n'y avait fait : je me sentais blessé, presque trahi. Tout en sachant pertinemment que je ne pouvais pas retenir ma sœur pour mon simple bien être. « Mais... » Commençais-je, tendant une main désespérée vers le bras de ma sœur. Mais comme pour m'habituer à son absence, ma main se referma sur le vide. Le néant. Moi qui avais toujours été un as dès qu'il s'agissait de tirer, voilà que je me mettais aussi à mal viser. Décidément, cette journée allait de mal en pis. « Pourquoi ? » Demandais-je, toujours aussi incrédule. J'avais l'impression d'avoir posé cette question une bonne centaine de fois depuis que Thaïs m'avait annoncé la nouvelle. Son choix, cruel, de partir vivre ailleurs. Une brèche s'était comme ouverte sous mes pieds, et menaçait de s'écarter de plus en plus, jusqu'à me faire sombrer. « En plus, tu sais que Los Angeles, c’est moche. » Et moi, l'objectivité, ça ne me connaît pas. Plus la conversation durait, plus mes arguments s'effeuillaient. Le sens quittait mes paroles, laissant place aux aberrations. Mon désarroi était presque palpable, et je ne cherchais même plus à faire semblant. « Comment je vais faire ici, tout seul ? » La question ne lui était pas vraiment adressée. Cependant, pour la première fois, j'exprimais à haute voix ma crainte de me retrouver seul. Thaïs m'avait récupéré et ramassé à la petite cuillère, lorsqu'elle m'avait proposé d'emménager avec elle. Ma jumelle avait passé un temps considérable avec moi, pour les choses importantes comme futiles. Consulter un avocat. Dîner les soirs avec moi. Organiser des fêtes. Nous avions vécu un an complet ensemble, et nous avions donc eu l'occasion de nous rapprocher comme autrefois. Faire une croix sur cette entente quotidienne me faisait peur, et me faisait de la peine. « Je... Qu'a dit Maman ? » Demandais-je, désormais à court d'arguments. Mais la réponse que Thaïs me servit sur un plateau d'argent ne me plut pas. Évidemment, notre mère l'avait soutenue. Comme elle le faisait toujours, avec chacun de ses enfants. « Est-ce que tu seras comme toutes ces stars qui oublient tout de leur passé lorsqu'elles touchent la célébrité du bout des ongles ? Prendras-tu le temps de nous appeler entre deux shootings ? Viendras-tu nous rendre visite pendant tes pauses ? » Mille et une questions me trottaient dans la tête, et ces trois là n'en étaient qu'un échantillon. Un échantillon plus que révélateur, pourtant : la peur du rejet de ma sœur suintait dans chacune des questions.

missed call : monday at 2:47am

-  Bonjour ou bonsoir ! Vous êtes bien en communication avec le répondeur de Thaïs, la seule et l'unique Dupont de Calendre. Laissez moi un message après le bip, ou avant le bip si vous êtes vraiment pressé.. Même si dans ce cas je risque de ne pas tout comprendre, promis, je vous rappellerai dès que possible.

- Thaïs, c'est Matthias. Je sais qu'il est tard, et que tu es très occupé mais... Je devais t'appeler. Il le fallait. Je voulais simplement te dire que... Que je viens de me faire opérer. Ce n'est pas grave, je t'assure. Enfin... Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais il s'agit d'une greffe. Du foie. C'est un peu compliqué à expliquer, surtout par téléphone, mais... Voilà, je voulais au moins te prévenir. Que tu l'apprennes de ma part. Je sais que tu es occupée, mais... J'ai très envie de te revoir. Tu me manques. Si jamais tu veux passer... Je suis à Paris, en ce moment. J'espère que tu vas bien. Bisous.



Paris, hiver 2019. « Vas-y doucement. » Les mots n'étaient qu'un murmure, un son à peine audible. Néanmoins, malgré ma mise en garde, mes lèvres s'étirèrent en un mince mais franc sourire. Mes bras s'étaient naturellement écartés pour recevoir et étreindre ma petite sœur. Je n'avais pas bougé d'un demi-centimètre, prêt à accueillir cette accolade avec un bonheur aucunement simulé. Ma récente hospitalisation et ma cicatrice encore fraîche ne m'empêcheraient pas de savourer comme il se devait les retrouvailles avec ma jumelle. « Je ne compte pas me retrouver à nouveau dans une situation similaire. » Assurais-je en secouant la tête. Ces dernières semaines avaient été compliquées, et ces derniers jours particulièrement pénibles. J'étais épuisé, physiquement et mentalement. J'avais beau prétendre le contraire, mon corps ne renvoyait pas le même message. Plus que jamais aminci, des cernes sous les yeux, et des gestes un peu moins précis. Le chirurgien m'avait ordonné un repos complet pour les prochaines semaines. En croisant le regard noir et insistant de ma mère, le chirurgien s'était senti obligé d'ajouter qu'il m'était donc bien évidemment interdit de faire du sport, et vivement déconseillé d'entrer en contact avec mon milieu professionnel. Ben tiens. Il ne m'avait pas fallu deux jours pour tourner comme un lion en cage. Mes seuls moments de répit, où le temps passait à une vitesse folle, étaient les petites entrevues à l'hôpital, avec mon fils, que ma mère n'avait pas eu le courage de me refuser. « Je t'en prie, ne pleure pas. Ça va aller, Thaïs. » Tu me connais, au bout du compte, je survis toujours. Je n'osais cependant pas formuler cette dernière pensée, sachant qu'un claquant et glacial « jusqu'au jour où » pourrait obscurcir nos retrouvailles. J'ai passé mes pouces sur les larmes de ma sœur, cherchant à effacer au plus vite la douleur que ces perles salées pouvaient m'infliger. « Tu as des bagages ? » Demandais-je en jetant un coup d’œil derrière elle. Elle ne semblait pas en avoir, ce qui me fit arquer un sourcil de surprise. Je n'eus pas besoin de poser la question pour obtenir une réponse. Une réponse qui me fit légèrement culpabiliser. Mon coup de téléphone au milieu de la nuit. Forcément. Elle n'avait pas cherché à en savoir plus, elle avait juste sauté dans le premier avion. « Viens. » Dis-je en m'emparant d'une de ses mains, l'entraînant dans mon sillage. Mes pas étaient mesurés, retenus par la douleur qui m'élançait encore régulièrement. Mais elle me semblait désormais très secondaire, maintenant que ma sœur était dans les parages. Elle occultait les mauvais moments, les mauvaises passes et les mauvaises nouvelles. Elle me donnait un second souffle. « Maman est dans mon appartement du XVIème. Elle ne se sentait pas de revenir vivre ici, et je ne me sentais pas de retourner là-bas. » Nous avions tous deux nos raisons, et elles étaient compréhensibles et acceptables. Ma mère voyait encore le fantôme de ses triplés chahuter, faire du bruit dans le couloir, et l'assister comme une désorientée juste après la perte de son dernier enfant. Quant à moi, retourner dans le XVIème aurait signifié me replonger dans des souvenirs heureux et amoureux encore bien vivaces, en compagnie d'une certaine Eden. Avec ma mère donc, notre compromis nous convenait, et c'était ce qui comptait. « Je suppose que tu prendrais comme un affront le fait que je te propose d'aller t'allonger pour te reposer, n'est-ce pas ? » La questionnais-je en souriant légèrement. Si la situation avait été inversée, je l'aurais vécu comme tel. Ma sœur n'irait peut-être bien jusque là, mais j'étais un peu près convaincu qu'elle le prendrait comme une aberration. « Dans ce cas, je vais tout t'expliquer. » Promis-je en m'installant plus confortablement dans le canapé. Je lui devais la vérité, l'entière vérité. Je ne savais pas ce qu'elle savait, supposait, ou avait entendu dire. Je ne savais pas à quels étaient les titres de la presse à scandale. En réalité, depuis que j'avais mis les pieds à l'hôpital Américain de Paris, le monde extérieur m'était devenu complètement étranger. Mieux valait que ça reste ainsi pendant quelques jours encore. « Ça risque d'être un peu long parce que... » Commençais-je, avant de me stopper brutalement, secouant légèrement la tête. « Excuse-moi, je fais vraiment un mauvais hôte. Tu veux boire quelque chose, ou manger, ou quoique ce soit ? » Demandais-je, prêt à me relever pour répondre aux attentes, même les plus farfelues, de ma sœur.  
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MessageSujet: Re: family comes first — ddc Dim 19 Oct - 0:20

charlene soraia, wherever you will go


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Holding Eleanor's hand was like holding a butterfly. Or a heartbeat.
Like holding something complete, and completely alive.

rainbow rowell, eleonor & park

- SEPT. 2014 -  Ses grands yeux bruns fixèrent le plafond de sa chambre, à peine illuminée par le demi croissant de lune. Sa tête chargée par des tonnes de pensées la maintenait éveillée. Des questions fusaient par milliers dans son esprit à mesure que la nuit enveloppait la ville. Incapable de dormir, Thaïs s'occupait comme elle pouvait en comptant les maigres heures qui lui restait avant de se lever. Et de changer radicalement de vie. Cinq. Des brides d'images traversaient ses pensées, elle voyait Paris, elle voyait l'enfance, elle voyait le tendre visage de sa professeur de danse, ses frères déguisés en pirates pour la traditionnelle récolte de bonbons le soir d'Halloween. Puis vint l'Amérique, l'ombre de son trône, et elle, coincée dedans, le reflet d'une princesse Belle, éblouissante de beauté dans sa majestueuse robe dorée pour le bal de fin d'année. Elle pensait à cette vie où elle voyait tout d'en bas, à ses jambes collées l'une près de l'autre, elle pensait à Zéphyr, à sa main dans la sienne, lorsqu'elle avait remarché pour la première fois. Des larmes. Quatre. La chaleur ambiante de cet fin d'été mordilla sa chair, elle se tourna et se retourna dans ses draps, jeta un œil par la fenêtre. Elle vit les lumières de San Francisco, la silhouette rouge de sa baie derrière les nuages du ciel. Son cœur se serra comme dans un étau. C'est la dernière fois, la dernière nuit, qu'elle se dit. Trois. Des collines se dessinent machinalement dans son esprit, Los Angeles, le nouveau périple de sa vie. Siège de l'industrie cinématographique, ville mythique des histoires mondaines et des gloires éphémères. Demain, elle ne sera qu'une petite étoile de plus, à espérer atteindre le sommet. Deux. Une dernière fois. Elle enfoui son visage dans son oreiller, toute recroquevillée sur elle-même, sentit l'odeur  sucré de ses draps, et contempla avec douceur les paupières fermées de son frère jumeau. Allongé à ses côtés, Matthias s'était faufilé quelques heures plus tôt dans sa chambre, prétextant vouloir regarder un bon vieux Disney, pop corn et confiseries en mains. Dès qu'elle l'avait  vu débouler sur le pallier de sa porte, elle avait devinée. Ce sourire, arraché courageusement sur le coin de sa bouche, traduisait toute sa tristesse refoulée, celle de ne pas avoir su trouver les mots pour faire changer d'avis une sœur entêtée. Ce qu'il ressentait, elle l'avait lu dans son regard, étincelant de mélancolie et d'une joie mesurée, certes bien présente. Un. Les minutes filent d'un seul coup, elle sent que quelque chose lui échappe. Une once de culpabilité la submerge, elle ne veut plus partir, elle veut rester, pouvoir regarder son frère dormir encore des nuits entières, être là pour replacer d'un geste maternel les mèches brunes tombées sur son visage. Elle ne veut rien rater, tout vivre, tout avec lui, pas toute seule, non, toute seule, elle serait perdue. Trois quart. Pour dire adieu à une vie, désormais passé, adieu au rituel du « premier arrivé » dans la salle de bain, adieu aux rires, aux cris. Un quart. Bientôt, elle sera seule, bagages en main, à arpenter les rues d'une contrée étrangère devant les portes de son destin. Et cette perspective imminente, d'un seul coup, ne lui fait plus peur. Elle allait s'en sortir, elle s'en sortait toujours. Zéro. Le bip strident de son réveil résonna, Thaïs s'apprêtait à se lever tel un automate lorsque la main tiède de son frère la retint. « Tu crois quand même pas que je vais te laisser filer comme ça. » grommela t-il avec sa petite voix du matin, la tête encore enfoui dans l'oreiller. Sans le moindre effort, Matthias se jeta sur elle, attrapa ses poignets pour éviter qu'elle ne se défends, et chatouilla le creux de son ventre. La zone la plus sensible, forcément. Épuisée, Thaïs ne chercha même pas à répliquer. Son rire, à lui seul, allait réveiller tout le quartier. Prisonnière de ses bras, juste là, les paupières à demi-closes et le corps remué dans tous les sens, elle n'avait plus peur. L'instant lui enlevait toute crainte. Elle pouvait partir désormais. L'amour de son frère la suivrait n'importe où, elle en était persuadée.

- 2019 -   Des larmes, chaudes et lourdes de sens, vinrent s'effondrer le long de ses petites joues rosées. Des remords longtemps refoulées écloraient tour à tour à chacune de ses perles salées. Des mois, si ce n'est des années, qu'elle n'avait pas éprouvée un tel torrent de sentiments contraires. L'immense allégresse déclenchée par leur retrouvaille se mêlait à l'océan déchaîné de ses regrets. Entrelacée  avec ardeur dans ses bras protecteurs, Thaïs mesura enfin l'étendue des dégâts, l'impact direct de ses années d'absence, des fissures on-ne-peut-plus profondes, qu'elle avait laissé sciemment se creuser, sans chercher un seul instant à en amoindrir l'ampleur. Pourquoi, au juste ? Par manque de volonté, ou pas fierté. Mais, quelle fierté ? Elle n'était pas ce genre de fille. Elle, c'était l'amoureuse de la vie. Elle n'avait pas peur de dévoiler ses sentiments, l'intensité de son sourire d'ange parvenait aisément à le faire à sa place. Alors, comment avait-elle pu être absente aussi longtemps ? En dehors d'elle-même, voilà ce qu'elle était désormais. Déconnectée de la réalité, et la réalité, ça n'avait rien avoir avec les longues répliques qu'elle se devait se connaître sur le bout des doigts, ni les soirées mondaines à faire la belle pour montrer au monde entier l'étendue de son talent, et encore moins se descendre une bonne bouteille de champagne, toute seule dans sa loge, parce qu'on croit qu'ainsi, interpréter sera plus facile. La réalité, c'est qu'elle avait refusé de souffrir, par peur, peur de tout perdre. Et son tout, c'était lui. Fin de l'histoire. « Tu sais bien que je préfère voyager léger. » répliqua t-elle avec un maigre sourire sur les lèvres en guise de poudre magique pour effacer le passage des larmes. Éprise d'un nouvel élan, Thaïs inspira à plein poumon, trouva la force nécessaire pour reprendre ses esprits. Au même instant, son frère l'invita à rentrer dans ce qu'elle reconnut être l'appartement familiale. A mesure qu'elle pénétrait dans l'habitation de leur enfance, une main serrée dans celle de son soldat, elle se remémora ces instants d'un autre temps, ceux où ils n'étaient que trois enfants, courant, criant, dans chaque couloir. Une fois dans le salon, son regard plein de curiosité se posa instinctivement sur la porte en bois au fond du couloir. On pouvait encore y lire son prénom. Thybalt. « Me reposer ? Quelques heures dans un avion n'a rien avoir avec des jours d'hospitalisation. Et je parle en connaissance de cause. » Elle avait oublié à quel point il pouvait être aussi protecteur avec elle. Il continuait d'agir comme lorsqu'elle avait vingt ans, et risquait encore de tomber sur un mauvais garçon pendant l'une de leurs soirées étudiantes. Si elle pouvait bien être certaine d'une chose, c'était qu'à ses yeux, Thaïs restera toujours sa '' petite '' sœur, et ce même si elle est née deux minutes avant lui. A présent debout face à elle, Matthias s'efforça de retenir quelques grimaces en s'installant non sans mal sur le canapé. « Minute papillon, tu ne bouges pas d'un pouce ! » qu'elle lui ordonna du tac au tac, en se levant avant même qu'il n'eut le temps de le faire. « Je peux très bien me servir toute seule. Et puis, j'ai véçue ici.. allez, quinze ans. Je te parie que j'peux trouver la cuisine les yeux fermés ! » elle s'exécuta sans plus attendre, dissimulant son visage derrière sa mains droite, et gardant la gauche pour se repérer dans l'espace. La partie de cache-cache lancée, Thaïs marcha lentement, prit le temps d'éviter tous les objets parsemant le sol, et se laissa guider par des odeurs sucrés. « Dis moi si je brûle hein ! » Un parfum de fraise vint embraser ses papilles gourmandes. Elle continua dans sa direction, et finit par buter contre une table. « Trouvé ! » Ses yeux s'ouvrirent sur une cuisine moderne, et firent directement attirés par une petite boîte de chocolat posée sur le plan de travail. Elle l'ouvrit, attrapa un praliné, et repartit – avec la boîte, bien sûr – rejoindre son frère. « Maman me surprendra toujours. » affirma t-elle, la bouche encore pleine. Thaïs était certaine que ce présent venait d'elle. Jane était une mère soucieuse, attentive et présente, elle aimait ses enfants plus que tout au monde. D'un geste, elle lui tendit la boîte qu'il n'avait pas eu l'air d'avoir touché. « Avant que tu me dises quoi que ce soit, je voulais que tu saches que.. je tenais à m'excuser. Pour tout. Je ne t'ai donnée aucune nouvelle pendant des mois, et tu as parfaitement le droit de m'en vouloir pour ça. J'ai essayé pourtant, j'ai voulu t’appeler des centaines de fois, mais... » Elle s'arrêta, regarda ses mains liées sur ses genoux, retrouva un peu de courage. « J'avais peur, en fait. Tu sais, de tomber sur une messagerie ou bien que quelqu'un me dise que... tu n'es plus là. »  La mort la terrifiait. Celle de Thybalt l'avait anéantie durant des années. Le perdre, lui aussi, aurait été un immense cataclysme. « Je ne veux pas que tu penses que je t'ai laissée tombée. »
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MessageSujet: Re: family comes first — ddc Jeu 13 Nov - 22:30

Mi-Septembre 2014. Trois, deux, un. J'ai compté les dernières secondes qui me séparaient de la sonnerie stridente de mon réveil. Sans attendre, ma main alla tâter le sol, à la recherche de mon téléphone portable. Mes doigts s'activèrent avec précipitation sur l'écran tactile, afin de mettre fin à ce son indélicat. Il était précisément six heures, et le soleil ne s'était pas encore levé sur la ville de San Francisco. J'ai soupiré, avant d'enfouir ma tête au creux de mon oreiller. Je suis resté dans cette position pendant de longues secondes, avant de tourner la tête légèrement sur ma gauche. Sans surprise, la place à mes côtés était vide. Les draps encore soigneusement pliés n'avaient pas été réchauffés, et ne s'étaient pas imprégnés de l'odeur d'Alaina. La Gamma pointait aux abonnés absents, et ce depuis de longues semaines maintenant. Malheureusement pour moi, depuis le départ de ma sœur jumelle, l'absence de ma petite amie commençait à me peser. Beaucoup plus lourdement, et beaucoup plus fortement. Je me rendais compte que Thaïs avait comblé tous ces petits moments qui rythment la vie d'un couple, et qui étaient aussi routiniers qu'importants. Le réveil, le petit déjeuner, le film du soir, le coucher. Mais ce matin, et comme tous les matins depuis une semaine, je me réveillais seul. J'allais déjeuner seul, passer la journée seul, rentrer et dîner seul, aller me recoucher seul. Et cette absence de compagnie me déroutait. Je n'avais pas pour habitude d'être dépendant de quelqu'un, et je me complaisais facilement dans la solitude. En théorie. J'ai fixé le plafond, les bras noués derrière ma nuque. Mais les images qui s'imprimaient sur ma rétine étaient celles, récentes, de ma sœur et moi. Partageant un Starbucks, supportant les Giants au San Francisco Stadium, marchant dans le parc de Yosemite, lézardant sur les plages de Sunset District, riant aux éclats dans le Golden Gate Park. Chacun de ces délicieux souvenirs semblaient se rejouer en boucle devant mes yeux, et je ne parvenais pas à y échapper. Je ne souhaitais pas y échapper. J'avais trop longuement vécu loin de ma sœur, de mon frère, et de ma famille en général pour avoir à nouveau envie de m'enfuir, loin de la douceur et de la tendresse qu'ils pouvaient m'apporter. J'étais parti en Irak blessé, en colère, perdu. Dégoûté, plein de haine, triste, malheureux. J'avais mis du temps à me reconstruire, et ce processus n'était pas encore terminé. En dépit de tout ce que je pouvais prétendre ou même affirmer, je restais cet adolescent dont la vie avait été brisée lorsque son petit frère s'était éteint. Je restais cet adulte qui avait grandi trop vite, et qui se raccrochait désespérément à sa moitié fraternelle. Parce qu'elle me connaissait mieux que personne, ne me jugeait pas, et me faisait me sentir pleinement vivant. Je me suis brusquement redressé, avant de m'emparer de mon portable. Mes doigts pianotèrent activement sur l'écran de mon téléphone, couchant électroniquement mes pensées les plus profondes.

« Je suis désolé de te déranger de si bon matin, mais je dois être honnête avec toi. Je te le dois, parce que je t'ai trop longtemps caché la vérité. Les choses se compliquent depuis ton départ. Énormément. Je sais que je ne devrais pas t'embêter avec ça, parce que tu es toi-même très occupée. Mais voilà, je me sens seul. Tu me manques Thaïs. Toi, ta présence, ton rire. Ta façon de toujours venir m'enlacer quand tu rentrais, et que j'étais en train de travailler dans le salon. Ta capacité à toujours voir le beau, dans tout. Tes bras chaleureux et ta voix chantante. Nos soirées films et sucreries. Tout ce que nous vivions, et qui allégeait ma vie, me manquent. Tu me manques. J'aimerais que tu reviennes. Pour toujours. Je t'aime, Thaïs. »

Ce message, ma sœur jumelle ne l'a jamais reçu. Après une relecture attentive, j'avais pris la décision de l'effacer. Suppression définitive. Aucune trace de ce que j'avais pu ressentir. Aucune trace de mon mal être évident. Aucune trace de mes blessures, de mes doutes, de mes angoisses. Thaïs avait mieux à faire, et je ne pouvais pas l'appeler dès que j'avais un coup de blues. Je devais apprendre à me débrouiller sans elle. Une fois de plus.

2019. « Un peu trop, d'ailleurs. » Notais-je en jetant un regard méfiant sur les courbes de ma sœur. Thaïs avait toujours été fine. Malheureusement, Eden m'avait rapidement mis au diapason des diktats qu'imposait une vie publique. Manger moins pour entrer dans une taille ridiculement petite, pour voir son taux de popularité augmenter. Des conneries, tout ça. « Tu manges, au moins ? » Demandais-je, préférant m'assurer de sa réponse. Mes doigts s'entrelacèrent aux siens, et j'ai entraîné ma sœur à ma suite, direction le salon. « Je t'en prie, n'en fais pas tout une histoire. Ce n'était pas si horrible. » Chassez le naturel, il revient au galop. Les années avaient passé, nous avions tous deux grandis, et nos carrières avaient été établies, et nos vies commençaient à se dessiner avec précision. Et pourtant, je me comportais comme je l'avais toujours fait. J'adoptais l'attitude du grand frère, du protecteur. Je cherchais à la préserver ; elle avait vécu suffisamment de galères et de peines pour que je n'en rajoute une couche.  À peine assis, je me préparais déjà à me relever pour répondre aux demandes culinaires et gustatives de ma jumelle. Enfin... Tant que ça se limitait à des pâtes ou un pot de nutella. Nous n'avions plus été amenés à vivre ensemble depuis qu'elle avait quitté l'université, mais certaines choses n'avaient pas changé. Mon niveau médiocre en cuisine, par exemple. « D'accord. » Concédais-je en souriant légèrement, amusé par la situation. Visiblement, je n'étais pas le seul à vouloir préserver l'autre. « Merci. » Ajoutais-je à voix basse. Sans même le vouloir, Thaïs m'aidait à respecter les ordres du chirurgien. Repos, rester allongé, se ménager. Inutile de le préciser, j'avais un mal fou à respecter ces requêtes. « Attention au comptoir ! » M'exclamais-je, catastrophé, alors que je voyais la hanche de ma jumelle frôler le marbre froid qui se trouvait dans la cuisine. Thaïs, dont les jambes avaient longuement été mises à mal. Hors de question qu'un accident domestique ridicule ne  vienne à nouveau la blesser. « Bien joué. » Dis-je en souriant avec bienveillance. Je la vois revenir vers moi, les yeux pétillants de gourmandise et la bouche encore pleine de chocolat. « Non merci. » Refusais-je poliment en repoussant la boîte que me tendait Thaïs. Je n'étais pas d'un naturel particulièrement gourmand, mais ces derniers temps, rien ne passait. Ma mère venait s'assurer que je picorais une ou deux bouchées par assiette, et me regardait d'un air contrit et malheureux lorsque je posais mes couverts pour lui signifier la fin de mon repas. « Thaïs, je ne suis pas rentré depuis très longtemps, tu sais. Et j'ai été occupé. » Avouais-je en secouant la tête. Je la voyais, avec son air désolé et ses yeux tristes ; pas la peine de s'en vouloir, je n'avais pas été exemplaire non plus. Un message par-ci, un autre par-là. Tout au plus. Et je ne parlais pas de mes six mois de mission au Moyen Orient, où me joindre avait presque été mission impossible. « Je... » Commençais-je, avant de me taire brusquement. Ce n'était peut-être pas le moment de lui parler de ce qu'il se passerait, si jamais je venais à perdre la vie dans le cadre de mes fonctions. Ce n'était pas le moment de lui expliquer que deux hommes en uniforme viendrait frapper à sa porte, demanderaient à entrer, la ferait s'installer sur le canapé, et lui expliqueraient ô combien j'ai été utile et efficace, avant d'être rattrapé par l'ennemi. « Ça ne se passerait pas comme ça. » Dis-je, préférant rester évasif. Après tout, elle n'avait pas besoin d'en savoir plus. « Ce n'est pas ce que je pense. » Assurais-je en lui souriant légèrement, cherchant à la rassurer. Le lien que nous avions, et que nous partagions avec Nattéo, était aussi réel qu'inexplicable. Parfois encore, je me réveillais en sursaut, au beau milieu de la nuit, et je savais. Je savais qu'il était arrivé quelque chose à mon frère ou ma sœur. Un coup dur, une blessure, peu importe. Je savais. « Nous avons des vies compliquées, et bien remplies. Toi, Nattéo, et moi. Arrête de te sentir coupable. Tu es une sœur formidable, et je suis heureux de t'avoir à mes côtés. » Murmurais-je en toute sincérité. « Surtout en ce moment précis. Les dernières semaines ont été... Particulièrement difficiles, et plutôt anarchiques. Je suis content que tu sois là. » Ça m'aide à garder la tête hors de l'eau.
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MessageSujet: Re: family comes first — ddc Sam 21 Mar - 0:00

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