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vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes !

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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Dim 12 Oct - 16:55


bienvenue aux caraïbes !



Roman&Eileen ⊹ Roman avait été berné par une terrible malédiction. Celle de devoir chaque jour, accueillir la beauté d’une Rosenbach dans sa vie sans jamais pouvoir profiter pleinement de cette grâce féline. Il avait accepté le pire des fardeaux et chaque jour il s’en remémorait la cause pour se prouver à lui-même qu’il n’avait pas eu tord d’échanger ce pacte hors du commun. Tout duo naissait à un moment exceptionnel d’une vie prometteuse et, à l’éclosion du leur, Roman Da Russo avait compris alors que cette décision, il vivrait avec elle et ses conséquences toute sa vie sans jamais pouvoir revenir en arrière. Il ne croyait pas aux forces obscures ni à la magie qui pouvait entourée chaque être de ce monde mais pour lui, ce qui les avait conduit à se trouver et à s’aimer comme aujourd’hui restait l’exception à ses croyances pragmatiques. Un miracle qu’il chérissait dès qu’il en était possible en prenant soin avec une avidité déconcertante, de protéger sans cesse, sa meilleure amie, même contre son gré. Les paroles de Roman n’étaient pas toujours saines et agréables à entendre. Sa franchise manquait très souvent de tact et bien évidement, il déclenchait rapidement les hostilités lorsque sa langue fourchue venait à caresser l’impulsivité maîtrisée d’Eileen. Mais c’était une manière comme une autre pour le jeune homme de montrer qu’il n’avait en aucun cas, peur d’exprimer ses plus profondes pensées à son égard. Alors c’était aussi la raison qui faisait qu’il ne vivait jamais un instant serein. Habitués à se jauger et se tester sans cesse ils avaient pris part à un jeu aux règles d’une abondante variété et à la durée indéterminée. S’il regrettait cette nuit, au sommet du palace vegassien, illuminés par l’aurore qui pointait le bout de ses lumières, vers la scène qui s’écoulait sur le sommet de leur monde ? Car toute leur vie ne tournait plus qu’autour de cette fameuse nuit, de cette rencontre fortuite, de cet arrangement entre le diable et sa muse. Non. Il n’avait aucun regret et chaque jour, malgré les sentiments qui brisaient sans cesse sa cage thoracique, l’obligeant à de nombreux loopings de sensations fortes, il se disait que jamais il n’aurait choisit une autre vie. Parce que sans elle il imaginait chaque couleur ternit, chaque son amoindri et sa vie dépourvue de tout intérêt. Parce qu’Eileen Rosenbach y avait introduit une folie prononcée, un enchantement majestueux, une pointe de magie solennelle, une fantaisie ambitieuse. Elle procurait l’aspiration à ses dessins, le désir encore plus prononcé d’atteindre l’extrême apothéose, l’appétit insatiable qui sillonnait son chemin. En y repensant bien, même en anéantissant ses efforts de garder son énergie pour des jours bien plus lugubres, Roman Da Russo n’aurait pas échangé sa Rosenbach pour n’importe quelle diva au monde. Mais c’est aussi ce qui le terrifiait car l’appartenance qu’il ressentait face à son alter-égo se décuplait dangereusement, au fur et à mesure que le temps à ses côtés s’accélérait. Il n’y avait pas de demi-mesure dans leur vie respective. C’était tout ou rien. Mais entre eux c’était bien la première fois qu’ils devaient se languir des plaisirs dont ils ne pouvaient apprécier le goût. Parce que Roman avait tout, entouré de limites et barrières infranchissables. Eileen était sienne comme elle lui semblait à la portée de quiconque. Lui appartenant comme il lui appartenait, un lien invisible entravait leur relation car jamais, depuis cette nuit, ils ne pourraient jouir des infimes possibilités déjà explorées, il y a de ça quatre années, de leur relation. Ils ne pouvaient que s’adonner à la perpétuelle remémoration de leur souvenir commun, poignant, enivrant et à jamais intarissable. Se délecter de ce moment était étrange. Roman était son meilleur ami, il ne pouvait fantasmer sur l’epsilon qui parsemait sa vie de ses pas confiants et autoritaires. Mais il savait déjà qu’ils le faisaient tous deux avec délice tout simplement parce que, s’ils s’interdisaient le pire des pêchés, la mémoire restait pour eux, une source appréciable d’images qui leur donneraient à coup sûr, l’envie de s’envoyer le premier compagnon de disgrâce qui passerait à leur portée. Remplacée une envie avec une personne par une autre ? C’était espiègle, détestable. Mais se servir des autres était une de leur vocation les plus poussée. Roman se fichait de fantasmer sur sa meilleure amie parce que c’était ce qui le rattachait le plus à elle, ce qui lui donnait envie de toujours empiéter sa vie, illuminer ses nuits et protéger chaque instant où elle penserait agir seule. Veillant sur elle  lorsqu’il n’était pas présent, c’était bien la seule action qu’il pouvait faire pour lui montrer à quel point elle comptait pour lui. Alors tu devrais vraiment abandonner l’idée de te frotter à un Da Russo. Un sourire exquis empoignait les lèvres de Roman pendant qu’il se délectait de sa réponse. Eileen était d’une cruauté exemplaire, il le savait. Mais face à lui, elle avait trouvé un adversaire des plus respectables et Roman ne s’emploierait jamais à contenter la donzelle de ses rêves les plus perceptibles. Elle se proclamait reine du monde, déesse antique des plus grands pêchés et tout le monde sur son sillage ne cessait d’acquiescer à ses paroles. Pas Roman parce qu’il était hors de question qu’un jour, la lutte qui s’acharnait entre eux fasse un gagnant et un perdant. Encore plus si c’était lui qui restait finalement sur le banc de touche face à la gloire démesurée de l’incommensurable diablesse. Il écoutait Eileen parler de Jorden et il y lisait dans son regard, une certaine mélancolie. Cachant ses plus grandes craintes derrières ses airs impérieux, Eileen Rosenbach se laissait découvrir aux côtés de son meilleur ami et ne semblait pas trouver de l’importance à cacher ses états d’âme. Caressant du bout des doigts le visage de sa dulcinée, il écoutait ses propos sans même venir couper ses songes. Il ne disait rien, la regardait longuement, tentant de déceler dans son regard d’un bleu envoûtant ce qu’il aurait pu dire face aux souvenirs qui surgissaient au bout de ses lèvres. Rien. Roman savait qu’Eileen donnait à sa famille une importance capitale tout comme il le faisait et malgré les nombreuses tensions qui articulaient leurs relations, chaque membre était une pierre à l’édifice Rosenbach qu’elle convoitait avec hargne et protégeait avec toute la ferveur dont il était possible de le faire. Quand à Roman, seul Zadig semblait avoir de l’importance à ses yeux. Jorden était entré dans la confrérie epsilon lorsqu’il s’y trouvait déjà et chaque jour, le riche homme d’affaire, s’était évertué à lui rendre la vie de plus en plus ombragée. Une petite guerre amicale s’en était suivit, montrant le fait que Roman était indéniablement un con élitiste et qu’il n’en faisait qu’à sa tête avec les gens qui l’entouraient même lorsque ceux-ci lui étaient bien plus commun que la majorité de la plèbe. Le corps du jeune homme réconfortant venant happé le sien, il refermait son étreinte autour de ses frêles hanches et déposait un baiser sur le haut de sa tête blonde en profitant du moment comme jamais. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas apprécié un moment de tendresse inégalable entre eux. Il aurait pu rester ainsi des heures, des jours, des mois même. Son parfum enivrant ses sens, il se perdait dans les méandres de la tentation qu’elle incarnait. Alors comme ça nous sommes deux. Rien ne lui importait plus que sa présence à ses côtés. Le reste ne lui apportait aucune satisfaction plus incroyable que celle d’être obnubilé par les gestes et pensées de la jeune femme. Se détachant de son étreinte il prenait ensuite place devant l’immensité des mets qu’on leur avait apportés sans jamais se séparer de la présence de sa meilleure amie. S’installant à ses côtés, il écoutait ses paroles pendant qu’elle écumait sur son visage, un sourire amusé face à ses actes qu’il n’appréciait visiblement pas. Les images s’enchaînaient dans l’esprit du Da Russo et plus elles affluaient, plus l’envie mordante de détruire son plaisir, gagnait du terrain. Elle le blessait sans qu’il ne comprenne pourquoi car il savait pertinemment à quel point, sa fougue imprenable pouvait l’entraîner des pulsions torrides. D’habitude il ne s’en offusquait pas et en riait de bon cœur avec elle. Mais là, c’était bien différent. Ce qu’il ressentait, c’était de la trahison élevée à un point accablant. Mais la colère était à un point si culminant en lui qu’il n’essayait pas d’expliquer cette sensation qui s’abattait sur lui, écrasant son cœur de viles pensées pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Comme si Eileen Rosenbach avait tenté de l’atteindre et qu’il devait en faire de même. Ce n’était pas le jeu qu’elle avait voulu entreprendre en se lançant dans ses récits déplaisants et pourtant, Roman le prenait comme tel avec un sérieux désarçonnant et humiliant pour la jeune femme qui ne s’attendait visiblement pas à une telle réaction de sa part. Vivifiant sa morosité, il avait perdu le contrôle de ses paroles et s’était emporté bien plus qu’il ne l’aurait dû. Dorénavant, Eileen perdait sa bonne éducation et lui renvoyait en pleine figure sa bassesse exprimée indélicatement. Tout ce que je te dis Eileen, c’est qu’il ne te mérite pas. Roman tentait de ramener un calme olympien dans une situation complexe qu’il venait de débuter en contestant chacun des aspects que la demoiselle venait de lui montrer. Qu’est-ce qu’il lui prenait à réagir de la sorte ? Conscient d’entamer une progression dangereuse sur une pente des plus glissantes, il noyait ses idées dans le verre en cristal regorgeant du millésime exquis qui, à coup sûr, ferait retomber ses ardeurs. Elle avait totalement raison sur toute la ligne. Il avait été un con arrogant et venait d’en prendre pour son grade. J’aimerais bien voir ça mais j’aurais peur de dépasser les limites. C’était encore plus dangereux de rétorquer de cette manière. Elle avait raison Eileen et proclamait haut et fort une vérité que tous deux connaissaient. Non il ne résisterait pas longtemps aux charmes endiablées de la duchesse mais il s’essayait à une dernière tentative afin de lui montrer que ça ne le toucherait pas. Que tout ça n’était encore qu’un jeu peu subtil entre eux pour se tester mutuellement. La déception aurait été bien forte s’il avait remarqué qu’elle avait effectivement raison. Depuis le temps, Roman Da Russo aurait dû pouvoir contenir ses envies et idées face à la demoiselle qu’il considérait depuis toujours comme sa meilleure amie. Ne pas pouvoir le faire montrait évidement, que quelque chose n’avait jamais réussit à s’enlever de son esprit. Mettre le doigt dessus était impossible pour le moment. Le pacte déployé entre eux était finalement une délivrance qui les empêchait de comprendre ce qu’il se passait réellement. S’imposer des limites à leurs innombrables débordements, n’avait jamais été aussi judicieux de leur part. Mais Roman attendait. Parce qu’Eileen entamait enfin le sujet fatidique qu’il redoutait invraisemblablement. Lui tentait de mettre sous clé ses erreurs passées alors qu’elle, jouait avec brio, le coup de la franchise entre eux montrant bien qu’elle était bien moins gênée par ce qu’il s’était passé entre eux quelques heures plus tôt. Pour ça, il l’a trouvait bien plus courageuse que lui et s’en voulait presque de réagir de cette façon, en tentant de cacher ses ardeurs sans équivoque. Mais ce qu’il entendit à sa suite, n’était pas vraiment ce qu’il cherchait à comprendre. Eileen avait lancé le sujet mais le laissait en suspens, reprenant ses propos pour les retourner en son sens. Elle semblait avoir voulu lui avouer ce qu’elle en avait réellement pensé et avait rebondit en deux secondes pour manifester le fait qu’elle n’avait peur de rien. En gros, Roman comprenait qu’elle se fichait bien de ce qu’il s’était passé et que rien n’était de trop pour la Rosenbach. Devait-il voir cette remarque comme un signe qu’elle avait voulu entamer le sujet juste pour voir si lui, à contrario de sa réaction, l’avait ressentit d’une toute autre manière ? Pensait-elle qu’il était dangereusement en train de flancher devant leur relation atypique ? C’est juste que quoi Eileen ? Je n’aurais pas dû revenir sur ses paroles qu’elle avait suspendu pour reprendre contenance. J’aurais dû passer outre comme elle l’avait fait sans imaginer une seule seconde qu’elle puisse bien penser autre chose qu’il était difficile pour elle d’exprimer à haute voix. Mais loin de ce que Roman tentait de montrer ce soir là, il s’était levé un instant, délestant son hôte de toutes les questions qu’il lui posait, pour finir dans les cuisines du yacht. Son cerveau s’était mis sur pause. Il n’y avait plus que la vive brûlure qui irradiait ses sens qui le conduisait à agir. Et il frappait. Encore et encore contre le visage de l’homme qui avait eu l’audace de profiter des plaisirs infinis que lui avaient délivrés Eileen. Elle était plus que fautive dans cette histoire. L’homme n’avait rien à se reprocher car tous, en auraient fait de même. Mais voila, c’était sans compter Roman, présent aussi dans cette aventure et pour lui, il était hors de question que sa meilleure amie se délecte d’autres bras que les siens. Il était d’un égoïsme indétrônable lorsqu’il vint se rassoir aux côtés d’Eileen, comme si de rien n’était, les mains tâchées du sang de son adversaire. Il avait déversé bien plus que ses conditions sur son visage mais aussi tous ses doutes, sa retenu face à Mademoiselle Rosenbach et toute l’incompréhension la plus profonde et intime qu’il ressentait chaque jour un peu plus depuis que ces vacances avaient débutées. Et il lâchait de nouveau une bombe. Sans comprendre l’importance de ses paroles, il savait dès lors, en voyant le visage d’Eileen se transformer, qu’il aurait dû, une nouvelle fois, se la fermer. Dorénavant, elle hurlait et pour comprendre la véhémence de ses propos, il s’était  levé à sa suite pour lui faire face à assumer dorénavant le volcan qu’il avait réveillé. En fusion, crachant ses gerbes de larves enflammées, la jeune femme vociférait devant son incompétence à être le meilleur ami qu’il avait toujours été. C’était lui qui l’a trahissait en agissant comme le roi des abrutis mais c’était plus fort que Roman, il n’arrivait pas à se contenir, il n’avait pas réussit à accepter ce qu’elle lui disait et maintenant, il se faisait achever par la grande puissance d’Eileen et encore une fois, tout sonnait juste. Il avait tout faux, sur toute la ligne. Qu’aurait-il pu dire pour excuser son comportement ? Rien. Il essayait d’en placer une mais chaque fois elle reprenait, son souffle court montrant sa détermination à écraser chaque contestation du Da Russo, impuissant face à la révolte qui se déployait devant sa vue brouillée par la colère et le déni. Il se murait dans un silence accablant. Pour la première fois de sa vie, Roman Da Russo n’avait strictement rien à dire. Ce qu’il devait faire ? Fermer sa gueule et comprendre que sa connerie était légendaire à présent. Blessant l’humanité qui imprégnait leur relation, il détestait ce qu’elle pouvait lui dire parce qu’il ressemblait dorénavant à un enfant qui n’assumait pas ses actes. Jamais Roman ne se sentait avoir tord mais aujourd’hui il savait que rien de ce qu’il avait pu faire n’était bien. Mais il avait cédé à ses pulsions comme jamais et aujourd’hui, il s’en mordait les doigts. Eileen je … Rien ne sortit. Elle le défiait intensément pour voir s’il avait quoi que ce soir à rajouter. Rien. Roman Da Russo était KO et ce qu’on ne pouvait pas lui reprocher au moins, c’était de ne pas être de mauvaise foi. Il avait tout faux et le savait. Elle tournait les talons, défrayant son instinct de courir pour la retenir. Mais il ne bougeait pas. Il était terrifié par ce qu’il s’était passé, par les raisons qui l’avaient poussées à étourdir ses pensées pour foncer dans une sombre démence. Mais au moment où il pensait qu’elle allait disparaître à l’intérieur du bateau, elle lui faisait de nouveau face, claquait ses talons avec force sur le ponton et s’approchait rapidement de lui. En quelques enjambées elle détruisit les quelques mètres qui les séparaient et empoignait son visage pour emprisonner ses lèvres au creux des siennes. Son corps rabattu sur la rambarde, elle l’embrassait avec fougue sans qu’il ne comprenne ce qu’il se passait réellement. Loin de se montrer pourtant déstabiliser, c’est comme si son corps attendait ce moment depuis toujours. Son cœur s’enflamma, ses lèvres répondirent aux siennes et c’est avec fougue qu’il refermait sa prise sur la nuque de la jeune femme et sa taille, prenant soin de coller son corps contre le sien avec un érotisme indéniable. Son cerveau ne lui répondait plus, il souffrait violemment de cette proximité tout comme il en avait eu besoin toute sa vie. Il voyait déjà le pacte qu’ils avaient proclamé, voler en éclat face à ce trop plein de luxure. Jouissant avec abondance du plaisir incommensurable qu’elle lui délivrait, il dénouait chaque entrave qui les avait tenues éloigné l’un de l’autre. Son souffle était coupé, plus rien ne répondait, il se disait qu’il aurait pu en crever de ce baiser parce qu’il avait l’impression de consumer toute sa vie en cet instant. Elle se séparait alors de cette attache qu’il aurait pu immortaliser à jamais. Il redescendait soudain sur terre et ses pensées s’accumulaient pour lui faire comprendre ce qu’il venait de se passer. Tout reprenait un sens, chaque vestige de ce baiser se mettait en place pour lui exposer les conséquences de leur acte. Roman était perdu et le pire c’est qu’il devenait livide, dépourvu de la moindre teinte. Terrifié par leur écart de conduite, il écoutait Eileen alors qu’il l’a regardait bien différemment à présent. Redécouvrant le désir qu’il avait ressentit pour elle, sa poitrine se contracta, son visage se crispa et chaque muscle de son corps se raidit pour exprimer ce qu’il éprouvait face à la réaction de son amie. Une larme glissait sur sa joue et cette vision l’horrifia encore plus que tout ce qu’il avait pu vivre jusqu’alors. Ils avaient le droit à tout, pouvait s’enquérir de tous les maux mais jamais il n’aurait pu voir Eileen pleurer. C’en était trop pour lui, une torture insupportable, la seule qui lui ferait reprendre ses esprits en une seconde. Elle lui faisait mal tout comme il lui avait fait mal. Elle s’échappait de son étreinte et s’évaporait dans l’habitacle sombre qui recouvrait sa chambre. Le calme revenu, il se retournait vivement vers le rivage et l’eau à perte de vue qui n’avait plus rien de réconfortant. Sa mâchoire serré, il frappait contre la balustrade, encore et encore. Reculait, se tenait devant la table du diner pour, après quelques secondes de répit, renversé entièrement l’immense tablée. La colère l’emportait chaque fois qu’il pensait à ce baiser, à ce qu’il l’avait poussé à faire et à dire. Roman Da Russo comprenait aujourd’hui qu’il était allé trop loin. Démesurément fier de chacun de ses actes, cette fois, il connaissait enfin le regret amer d’avoir trahis la personne la plus importante de toute sa vie. Il ne savait pas combien de temps il avait laissé s’échapper la femme de sa vie mais lorsqu’il retourna à l’intérieur du bateau, il s’était calmé. Seul comptait le fait, de parler à Eileen, de ne pas en rester là, de ne pas laisser la nuit s’immiscer entre ce qu’il venait de se produire entre eux. Il était hors de question qu’il ne dénoue pas ce qui brisait chaque parcelle de son être. S’arrêtant face à l’immense porte qui était refermée sur la chambre luxueuse d’Eileen, il hésitait. Soufflant pour se donner courage et témérité, il toquait quelques coups sur le battant avant d’entrer pour voir la silhouette de la jeune femme, dos à lui, face à l’immense lit qui trônait dans la pièce. Elle s’était changée et avait enfilé une de ses nuisettes diablement attrayantes qui caressait les contours de son corps de la soie la plus délicate qui pouvait exister. S’approchant doucement, il défaisait sa cravate et la faisait tomber au sol. Il retirait alors sa veste et faisait de même. Il se sentait étriqué, tiré à quatre épingles, là il avait besoin brusquement de se sentir à l’aise face à la situation qu’il essayait de démêler. Il posait alors ses mains sur les bras fins d’Eileen. Elle ne tressaillit pas face à son geste mais il savait qu’elle était tout autant tendue que lui à présent. Il ne savait pas quoi dire. Roman Da Russo était à court de mot. Il embrassait alors la courbure de son cou en redressant la bretelle de sa tenue qui s’était égarée le long de son épaule. Il remontait sa bouche le long de sa nuque et obligeait alors la jeune femme à lui faire face. Encadrant son visage de ses mains, il la fixait longuement. Ses yeux embués trahissaient le désarroi dans lequel il l’avait plongé. Roman avait réussit à l’atteindre misérablement et sa victoire avait un goût dégueulasse. Eileen, je suis désolée. On pouvait compter sur les doigts d’une main les fois où Roman s’excusait aussi platement, sans aucune arrière pensée, sans en être obligé. Je t’ai blessé, je n’aurais pas dû. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. Il continuait parce qu’avec le calme retrouvé, c’était toute son honnêteté qui allait de nouveau surgir pour tenter de minimiser le mal qu’il lui avait infligé.  J’ai été un ignoble con. Personne ne te mérite et je me suis emporté pour rien. C’est ma faute. Mais… Roman tentait de trouver ses mots, de faire en sorte qu’elle comprenne ce qu’il voulait lui dire. Mais comme rien ne sortait, il plongeait sa main au creux de la poche de son pantalon pour en retirer un anneau. Le plaçant entre eux, il scintillait d’une aura divine au contact de la lumière des bougies. C’était la clé de leur serment, l’objet de leurs tourments. Le début d’une histoire d’une beauté rare. Je le garde toujours sur moi. Pour me rappeler que tu es ce qui m’est arrivée de meilleur dans la vie. Eileen, tu es plus que ma meilleure amie. T’es mon pilier, mon alter-égo, ma moitié. Si tu abandonnes tout ça, moi je fais quoi ? Roman tétanisait ses sens en proclamant ces paroles. C’était profond et d’une franchise irréprochable. Prononcer ces mots c’était se rendre coupable de bien plus d’affront mais il n’y pensait pas de suite parce que pour l’instant, tout ce qu’il voulait, c’était récupérer l’amitié d’Eileen et qu’elle n’abandonne pas à cause de lui, tout ce qu’ils avaient érigé ensemble. Ne me déteste pas. Parce que moi je t’aime Eileen et pacte ou non, ça ne changera jamais ça. L’amitié était poussée à son paroxysme parce qu’elle était incroyable, enviée comme jamais, d’une beauté indéniable. Roman lui montrait, sans détacher son regard du sien qu’elle était tout pour lui. Ils le savaient depuis toujours mais jamais il n’avait prononcé ces paroles qui auraient pu confirmer ses pensées. Ce qu’il voulait lui montrer dorénavant, c’était que le pacte était brisé. Il le comprenait mais que jamais cela ne devait remettre en question leur amitié et son attachement pour elle. Ce n’était pas un contrat banal qu’il avait signé. Dorénavant c’était toute sa chair et son sang qui était lié à elle. Séparer leur chemin aurait été le briser à coup sûr. Il attrapait alors sa main et glissait ses doigts entre les siens en lui tendant de l’autre, l’anneau. Comme pour lui rendre. Pourtant cet objet était le plus important qu’elle ne lui ait jamais donné. Je comprendrais que tu veuilles le reprendre… Chaque jour depuis sa possession, il n’avait cessé de le cajoler au fond de ses poches, le faisant tourner entre ses doigts pour sentir sa présence et le relier à Eileen. Si elle lui enlevait, elle montrait que tout était finit. Ses doigts ne se séparant pas des siens, il attendait avec la crainte la plus éreintante qui soit, la décision de la jeune femme. Il se rapprochait alors, embrassait sa joue, puis le creux de ses lèvres, pour finir par son cou. Et tout en détachant ses lèvres de sa peau brûlante, il formulait quelques derniers mots à son oreille. Dors avec moi ce soir Eileen. Ne me laisse pas partir. Sinon il se pourrait que le lendemain, soir le début de la déchéance de Roman Da Russo…



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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Jeu 23 Oct - 22:25


« Je vends mes charmes et mes armes, ma violence et ma douceur.
Je sauve ma peau et vends mon âme au diable. »


C’était une amitié semblable à l’union résultant d’un mariage. Pour le meilleur et surtout pour le pire. Ils s’étaient juré d’être présents l’un pour l’autre jusqu’à ce que tout explose en éclats, et qu’il ne demeure que des ruines sur le sol. Les vestiges d’une amitié fulgurante et violente qui auraient conduit les deux protagonistes au bord d’un précipice infini, un gouffre de regrets et d’actes manqués. Ils étaient les amoureux maudits d’un conte écrit quatre années plus tôt, condamnés à la simple affection éternelle, celle qui ne saurait supporter les élans du coeur, les dérapages érotiques ou l’affluence permanente des tentations inavouées. Sans cesse, ils réprimaient leurs envies ardentes afin que le pacte reste intact, à jamais. Le désir inconscient planait au dessus de leurs têtes comme l’épée de Damoclès, et lorsque des éclairs de lucidité s’approchaient d’eux, ils niaient tout en bloc, réfrénaient leurs ardeurs, sauf cette fois. La première, depuis cette nuit. Ils avaient osé repousser les limites, dépasser les bornes, enfreindre les règles d’un jeu bâti par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Guidés par les effluves mirifiques du champagne, ils étaient partis à la conquête d’un univers nouveau où les souvenirs puissants d’une autre époque s’entremêlaient à des pulsions presque malsaines. Ils n’avaient pas su freiner à temps pour éviter l’impact, tout était devenu hors de contrôle, la situation toute entière leur échappait. Ce soir, sous les étoiles éphémères du ciel des Caraïbes, ils étaient les victimes blessées par un jeu trop grand pour eux. Les ailes déployées mais brulées, le coeur prisonnier d’une épaisse couche de glace, la larme innocente et limpide qui roulait quelques instants puis mourrait. Unique et passagère, mais hautement plus symbolique que les mots. C’était la lame de l’épée qui frôlait sa peau de porcelaine et qui la blessait, laissant une trace nette et sanglante dans sa chair, aussi désagréable qu’un point final griffonné vulgairement en bas d’une page. Tout ça pour ça. Pas de grand final illuminé par les couleurs tapageuses d’un feu d’artifice, pas de déclarations un peu niaises mais sincères, seulement des insultes qui virevoltaient dans tous les sens, des cris et des menaces qui s’abattaient sur la cime des vagues. « En effet, il ne me mérite pas, mais toi non plus si on va dans ce sens. » répliquait t’elle sèchement en se remémorant l’été de ses dix-sept ans. A l’époque, Roman ne lui avait pas reproché son manque de maturité ou d’expérience, mais seulement son âge, jugé trop bas. Eileen Rosenbach n’était pas assez bien pour lui, parce qu’elle sortait de l’enfance à l’entendre, pourtant, elle n’avait rien d’une innocente, la ville l’avait déjà pervertie. Les immeubles recouverts de néons qui touchaient le ciel se reflétaient dans ses pupilles cristallines à la manière des flammes triomphantes du royaume des âmes pécheresses. Elle était corrompue, animée par le vice, désireuse d’être en vie pour les seules joies que pouvaient procurer les plaisirs et l’argent. Ses yeux sombres plongés dans l’immensité des siens, il avait enterré cette relation jugée néfaste pour lui et ses affaires. Jamais, il ne laisserait à l’héritière, auto-proclamée reine, la possibilité d’entrevoir une histoire avec lui. Les routes se séparaient au détour d’un couloir pavé de dorures outrancières, l’une menant vers le coeur de Park Avenue, l’autre sans-issue, faisant le tour de Las Vegas. Pendant un bref instant, elle avait tenté de le retenir, allant même jusqu’à lui faire la proposition indécente de prolonger de quelques jours son voyage pour les passer avec elle. Sans ciller, et alors qu’un rire doucereux s’échappait de ses lèvres, il avait refusé, claquant la porte. Quelques semaines plus tard, il avait regretté ce mauvais choix, cette chance envolée à jamais. Eileen avait d’ores et déjà prononcé sa sentence. S’il n’avait pas voulu être celui qui ferait vibrer son palpitant, alors il ne le serait jamais. Ni dans cette vie, ni dans la suivante. Il était coupable depuis ce jour d’été et purgerait sa peine pendant l’éternité. Ses mauvaises intentions savamment dissimulées dans un jeu hors-normes, elle l’avait dupé, tenté, manipulé et l’attaque qu’il lui avait autrefois portée se retournait désormais contre lui. L’élève dépassait le maitre et l’anéantissait d’un baiser empoisonné. « Par ailleurs, je couche avec qui je veux. La terre entière si ça me fait plaisir. Je n’ai aucun compte à te rendre, surtout pas à toi. » Surtout pas à lui qui avait fait des plaisirs charnels une religion dont il était le Dieu tout-puissant, prônant l’étalage sordide d’un tableau de chasse interminable. Pourtant, et parce qu’il était son meilleur ami, jamais elle ne s’était permise de juger les idiotes qui souillaient ses draps. À aucun moment, elle n’avait critiqué ouvertement les relations à usage unique de Roman, il était libre et elle respectait cette liberté sans bornes dont il jouissait dès que la nuit tombait et qu’approchait l’heure fatidique du crime. Aussi, elle lui refusait le droit d’émettre un commentaire méprisable sur son aventure de l’après-midi, taper dans la médiocrité lui avait apporté une certaine satisfaction sur le moment, suffisamment pour assouvir un besoin violent et passager d’exaltation. Dans un face à face intenable, les répliques fusaient accompagnées de sous-entendus plus ou moins explicites, tout pouvait servir d’arme, tout était bon à prendre pour faire vaciller l’autre de son piédestal illégitime. « C’est juste que si tu avais agi avec plus d’intelligence il y a quatre ans, tu aurais pu être à sa place aujourd’hui. Dommage ! » répondait t’elle dans un souffle où se mêlait la haine et le mépris. La bombe était amorcée à présent, le cataclysme approchait, silencieux mais destructeur. Rien n’était pire que la vérité tranchante et glaciale, celle qui demeurait enfouie pendant des années, et qui un jour, alors que personne n’était prêt à l’affronter, s’abattait ; dramatique et impitoyable. Elle le fixait un court instant afin d’analyser sa réaction, ou plus exactement son absence de réaction. Roman s’était attendu à tout, sauf à une telle décharge, il était paralysé, stoïque et muet, son silence n’était que le symbole de sa défaite cuisante. Incapable de lutter contre la vérité ou d’inventer un nouveau mensonge pour la dissimuler, il s’était fait prendre à son propre piège. La jalousie exacerbée, le refus de l’imaginer s’étendre dans les bras d’un autre que lui, la mauvaise-foi omniprésente, l’égoïsme maladif. Contemplant tristement le champ de bataille autour d’eux, elle trouvait le gout de la victoire amer, presque corrosif. Ses mains recouvertes du sang de l’ennemi brillaient sous les éclats de l’astre céleste, les nuances de pourpre témoignaient de la violence des coups portés. Une brise marine caressa sa peau glacée un bref instant, le silence omniprésent et lourd rendait la scène insupportable. Il fallait fuir, immédiatement. Incapable de faire comme s’il ne s’était rien passé, elle tourna rapidement les talons et s’éloigna vers l’intérieur du yacht, où elle savait qu’elle trouverait un refuge, un endroit calme, préservé des sautes d’humeur intempestives de Roman. Le lien qui les unissait se brisait davantage à chaque pas, physiquement elle partait, moralement elle s’effondrait. Ce n’était pas seulement la conversation qui s’achevait, c’était tout le reste. Les révélations successives avaient entrainé des dommages collatéraux, les déflagrations causaient des débats que nul ne saurait réparer. L’amitié s’effritait et la guerre était officieusement déclarée, le drapeau blanc, signe de trêves s’agitait mollement dans le vent. C’était la guerre froide, celle qui se jouait dans le silence, l’ignorance, l’indifférence. Mais, Eileen Rosenbach fut incapable de franchir le seuil et d’accepter cette condition, la demi-mesure ne l’avait jamais effleurée. La guerre était un art dans lequel elle excellait, c’était le culte de l’anéantissement par la force, le bain de sang royal et mémorable, les passions déchainées et le pouvoir au bout, la lutte finale pour la survie et la fierté. Etre un Rosenbach impliquait de savoir regarder les choses en face, de ne pas tourner le dos à la première petite contrariété. Touchée par la folie, elle revint brutalement sur ses pas pour lui porter le coup le plus fatal qui soit. Elle acceptait d’abroger le pacte qu’elle avait elle même promulgué parce qu’elle était aveuglée par la possibilité d’une victoire future. Perdre maintenant pour rafler la mise plus tard. Un stratagème digne de l’ouvrage de Sun Tzu, un pari aussi risqué qu’un coup de poker. Agrippant ses doigts au col de sa chemise immaculée, elle le poussait brusquement en arrière, jusqu’à ce qu’il heurte la rambarde d’acier. Pendant un dixième de seconde, elle fut secouée par l’hésitation, ses yeux croisèrent les siens et quelque part dans les méandres de son esprit embrumé par l’alcool, elle savait qu’elle commettait peut-être l’irréparable, la belle connerie que rien n’efface. L’appel de ses lèvres l’emportait, l’attirance qu’elle jugeait réciproque dirigeait toutes ses pensées, la tentation à laquelle on ne saurait résister, tel un besoin impérieux qui nécessitait d’être expressément comblé. Sa bouche s’emparait de la sienne dans un râle proche de l’agonie. Jamais, elle ne s’était sentie aussi libre et libérée. Les chaines qui la détenait captive depuis quatre années cédaient une à une dans un tourbillon euphorique empreint de concupiscence. Dans un échange presque bestial, ses ongles gravaient sa peau d’une multitudes de griffures violacées, les yeux clos, elle exultait. L’éphémère moment extatique s’achevait par la déclaration de la sentence, l’arrêt net du jeu et par conséquent de leur amitié qui ne reposait que sur ça. La base de la construction cédait, démolie par une minuscule larme perlant dans le coin externe du bleu de son iris. Comme un songe, comme une pensée volatile, elle disparaissait regagnant les recoins obscures du géant de mers. A l’intérieur du palace flottant, elle sentait son coeur marteler contre sa poitrine avec une violence qu’elle n’aurait jamais soupçonnée, elle courrait sans relâche jusqu’à la chambre. Puis, une fois sur place, elle se désagrégeait, redevenait poussière. Recroquevillée au pied du lit, elle était incapable d’admettre que ce moment lui avait plu, qu’elle aurait pu en redemander encore et encore, la défaite était acide, cruelle. Elle tressaillit brièvement lorsqu’elle entendit les coups qu’on infligeait à sa porte. C’était lui, juste là, qui revenait la hanter et érotiser ses fantasmes. Sans attendre l’aval de sa meilleure amie, il pénétrait religieusement dans la pièce et observait l’étendue des dégâts qu’ils s’étaient mutuellement causé. Du coin de l’oeil, elle le regardait, voyait sa cravate tomber négligemment sur le sol, puis sa veste, et enfin son corps s’approcher dangereusement du sien. S’il désirait plus que le petit aperçu qu’elle lui avait aimablement offert sur le pont, elle ne pourrait pas le lui refuser. Parce que c’était lui qui maniait les ficelles du jeu de l’attraction, de l’amour et du hasard. « Ne rend pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà... » murmurait t’elle imperceptiblement alors qu’il faisait glisser ses lèvres le long de son cou, contre sa nuque. Sa main parcourait son bras nu jusqu’à son visage, où dans la contrainte, il la força à lui faire face. Affronte Rosenbach, combat ! Glorifie ton nom, fais-en un emblème. Ne le laisse pas t’atteindre, surtout pas. « J’ai lancé les hostilités la première. » reconnaissait t’elle honteusement, comme si quelque part, elle avait voulu qu’ils en arrivent à cette situation, à quelques millimètres du point de non-retour. « Tandis que toi, tu as juste laissé ton tempérament de sale con l’emporter sur le reste. » Un rire étouffé s’échappa de ses lèvres, la crise se dissipait lentement, chassée par l’humour tranchant d’une Rosenbitch mal lunée. Pourtant, elle était profondément touchée par l’écho de ses paroles, il s’excusait; un fait suffisamment rare pour être souligné. Elle était spéciale à ses yeux, il préférait renier sa fierté plutôt que de prendre le risque de la perdre à jamais. A cet instant précis, elle se rendait compte des horreurs qu’ils avaient commises, des paroles blessantes qu’ils avaient proférées, et elle ne parvenait pas à la détester pour ça. Il avait su, au fil des années, décrocher la place la plus importante qui soit. Roman n’était pas seulement son meilleur ami, il était son confident, son allié le plus précieux, autrefois son ancien amant, quelques fois son adversaire, les fiancés maudits du même pacte sordide. Laissant sa phrase en suspens, il sortait un minuscule anneau doré de sa poche, vieilli par le temps, abimé par le poids des années, un artéfact, la pièce maitresse de leur amitié. « Je ne l’ai jamais enlevée » articulait t’elle dans un murmure en déposant sa main sur la sienne, elle portait une alliance similaire à son annulaire, un vestige hérité de sa grand-mère paternelle. En quatre ans, elle ne l’avait pas retirée une seule fois, c’était la représentation la plus univoque de leur amitié, inaltérable. Partout où elle allait, il était là. Roman le portait quelques fois, mais pas tous les jours, le plus souvent il se contentait de le placer dans l’une de ses poches pour ne pas risquer de le perdre. Elle ignorait que ce tout petit morceau de métal puisse avoir autant d’importance pour lui, l’homme qui ne dévoilait rien des engrenages complexes qui l’animait. Silencieusement, se mordillant la lèvre inférieure, elle écoutait sa déclaration, c’était si beau, si vrai et si honnête que la respiration lui manquait presque. Jamais Roman n’avait fait l’usage des mots pour lui avouer l’importance de leur amitié, il avait fallu en voir la mort probable. Il n’y avait que dans l’urgence ou dans les situations dramatiques qu’ils réussissaient à se dire ô combien ils s’aimaient, à la vie, à la mort, pour toujours, à jamais ... depuis cette nuit. « J’ai tout perdu. » un chuchotement s’évaporait au moment où elle détourna rapidement les yeux. Elle avait la sensation que sa boite crânienne allait imploser d’un instant à l’autre, toutes ses pensées s’entremêlaient, elle revoyait les lueurs de haine dans les pupilles de Wren, le départ précipité de celui qu’elle avait sincèrement aimé, le néant, le vide, l’oubli par l’alcool et par la poudre. Renouer avec des démons plus tenaces encore, c’était un cercle vicieux et l’unique espoir de s’en sortir reposait sur cette amitié sans bornes.  « Roman, tu me promets de ne jamais faire comme eux ? Jamais tu me laisseras ... » Les yeux rougis, elle était pendue à ses lèvres, elle devait l’entendre lui faire cette promesse, même s’il ne comptait pas la tenir dans le futur, Eileen avait le besoin urgent d’être rassurée. Plus qu’un simple désir d’attention, qu’un caprice bourgeois, c’était la nécessité de savoir qu’il resterait toujours quelqu’un à ses cotés, jusqu’à la fin. Elle aurait pu le demander en mariage, pour s’assurer que plus jamais elle ne serait seule, face à elle-même, luttant sans compagnie contre le reste du monde. « Je t’aime encore plus. » Toujours ce besoin existentiel de faire mieux que l’autre, partout, tout le temps, l’art de la compétition. Néanmoins, elle le pensait véritablement, elle aimait Roman, pas d’un amour intemporel mais d’une amitié éternelle. C’était ça, le plus important, le lien qui avait manqué d’être brisé s’avérait être beaucoup plus solide que prévu. « Je veux que tu le gardes, pour toujours. » Deux alliances magiques qui avaient le pouvoir d’empêcher que l’amitié se transforme en haine réciproque. Elle se jurait de garder espoir et de ne jamais condamner cette union avant son heure, avant l’obscurité totale. Doucement, elle avançait sa main vers la sienne, elle l’effleurait délicatement et replaçait la bague à son doigt. Roman n’appartenait qu’à elle et réciproquement, il était l’autre moitié d’un tout, la réponse à la question, son ultime priorité. Ses lèvres se posèrent délicatement contre sa joue, ils ressentaient un besoin physique l’un pour l’autre, ils cherchaient le contact, puissant, sensuel, libérateur. Puis, sa bouche glissait jusqu’aux frontières de la sienne, se perdait le long de sa clavicule, il la voulait dans ses bras pour toute la nuit, dormir n’était qu’un prétexte, impossible de faire comme si l’ambiguité n’existait pas, comme si tout était normal depuis que le jeu avait explosé en un millier de morceaux. « Tout ce que tu veux, absolument tout. » répondait t’elle, en passant son index le long de ses lèvres puis en dessinant les contours complexes de son visage qu’elle connaissait par coeur. C’était sans doute trop tôt pour bruler toute les étapes en une soirée, pourtant, elle se savait incapable de lui refuser quoi que ce soit aujourd’hui. Le désir se mêlait à l’appréhension, au doute, à la peur de gâcher quatre années de retenue dans un rapport qui manquerait de sens et d’une pointe de merveilleux. Elle savait qu’un jour viendrait où elle retomberait dans ses bras, mais pour l’heure elle ne s’en sentait pas capable, ce qui avait tout l’air d’une farce lorsqu’on contemplait son tableau de chasse. Ses doigts entremêlés au sein à présent, elle déposait le baiser le plus innocent qui soit sur ses lèvres, avant de fermer les yeux. (...) Les premiers rayons du soleil réchauffaient ses bras nus, les yeux encore clos, son visage reposait sur le torse musclé de Roman. La dernière fois qu’elle s’était réveillée dans cette position c’était à Las Vegas, et elle n’en gardait pas un souvenir spécialement heureux, parce qu’il était parti moins d’une heure après. Les effluves de la soirée de la veille embrumaient son esprit, elle se demandait encore si elle n’avait pas commis l’irréparable en consumant la fameuse promesse, pourtant, elle ne parvenait pas à regretter ses actes; car, le sentiment d’exaltation qui l’avait alors envahit dépassait les limites de l’entendement. « Tu dors ? Roman ... » Jamais elle n’avait prononcé son prénom avec une telle inflexion, un respect vénérable empli d’amour, gorgé d’affection. Elle se redressait brièvement, afin de pouvoir déposer un baiser sur son front tandis qu’un mince sourire s’étendait sur ses lèvres. Elle était heureuse. Grâce à lui. « Tu peux me redire que je suis la meilleure chose qui te soit arrivée dans la vie, s’il te plait. » Etouffant un rire presque enfantin, elle enveloppa son visage sous la chaleur rassurante des couvertures. C’était le premier jour du reste de leur vie, là où les paris dangereux et adolescents n’existaient plus, il n’y avait plus que la sincère amitié, aux limites encore floues.  


« Et nous échangeons un regard, un simple regard, lent, fluo, éternel, et dans ce simple regard, il y a notre première rencontre, et son innocence, et tous ces fantômes entres nous, il y a le martèlement des talons hauts sur le parquet qui se sont tus, il y a le sens évident du mot «gâchis», et le sens encore plus évidemment insoutenable du mot «irréversible » [...], il y a même un brouillard de larmes et plus encore que ce que nous avons vécu il y a tout ce que nous n'avons pas vécu. »
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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Dim 2 Nov - 23:01


bienvenue aux caraïbes !



Roman&Eileen ⊹ C’était son regard. D’un bleu océan, qui venait happer son âme, combler ses espérances, glacer ses moindres pensées audacieuses pour venir se les approprier. Envoûtant, d’une impertinence rare, il galvanisait en son centre une provocation indécente et pourtant, d’une élégance rare et le laissait coi. Sans aucune possibilité de faire marche arrière. Roman Da Russo s’y était plongé et n’avait pu en échapper. Jamais il n’était remonté à la surface, jamais il n’avait même eu l’envie de se sortir des méandres de cette prison délicieuse qui avait pris possession de son âme en l’espace d’une seconde où il n’avait pas été assez méfiant. Il avait suffi que leurs deux regards se croisent pour qu’il comprenne qu’il avait fauté. Que plus jamais il serait libre, indépendant de ses mouvements. Dorénavant il aurait toujours cette silhouette à ses côtés, jamais elle ne quitterait ses pensées, jamais il ne pourrait vivre sans elle. Déguisée en ravageuse diablesse, elle avait fait crisser ses ongles d’un rouge obsessionnel contre les contours anguleux de son visage et avait ensuite passé sa main dans sa chevelure volumineuse aux reflets d’un cuivre parfait. Son poison, elle l’avait véhiculé dans son corps en agitant légèrement ses lèvres à la couleur d’un rose perlé. Il n’avait rien entendu. Il avait oublié d’écouter, oublier de jouer, oublier de faire attention aux supplices ravageurs qu’elle était en train de créer en son cœur. Foutrement beau, il était un ouragan qui avait réussit à ensorceler nombre de cœurs, à faire plier tous les esprits mais sa peau avait rencontré celle d’Eileen. La sensation avait été électrisante et s’était imprégnée dans les tréfonds de son âme, infranchissable jusqu’à présent, pour venir y décocher le pire des fléaux. Elle avait glissé en chaque fibre de son corps, une toxine aphrodisiaque, un virus toxique qui lui ferait perdre la raison au fur et à mesure que sa présence brûlerait la sienne. Il n’avait pas fui. Roman n’était pas un lâche mais sûrement un fou qui avançait malgré les chaînes, malgré l’obsession inhabituel qu’il ressentait envers sa meilleure amie. Il était incapable d’agir comme un être humain normal car il avait brisé nombre d’espérances, déstabilisé les pires croyances et tout ça dans le seul but d’améliorer son quotidien et d’avancer vers un avenir encore plus prometteur que tout ce que l’on pouvait envisager pour le jeune homme. Mais il s’était arrêté sur son chemin pour se lier avec Eileen Rosenbach. Pour toujours et à jamais il l’emmènerait dans sa conquête du monde et n’aurais jamais de plan B. Elle était la seule personne envers laquelle il daignerait sûrement abattre certaines de ses cartes avant même que la partie ne lui ait promis la victoire. Elle incarnait la folie destructrice qui enhardissait son regard de braise, d’un vert inquisiteur et attisait la fureur d’Alexander. Et puis il avait pu apprécier son sourire quand il pensait mener la danse avec condescendance. C’était foutu d’avance. Roman avait dû reconnaître avec mépris qu’elle était aussi adroite que lui à jouer avec les réticences des gens. La manipulation avait été son second nom mais il avait aussi été attribué à la délicieuse jeune femme. Ce sourire avait entraîné la réincarnation même d’un nouvel homme. Jugeant peu utile jusqu’à présent de se dire qu’il n’était pas meilleur que tout le monde, il pouvait au moins dire qu’elle était la raison qui influençait la rectification de ce verdict. Roman se faisait dorénavant son propre avocat devant une Eileen qui débusquait devant lui les pires disgrâces qui poussait son impulsivité à s’exprimer. Elle répliquait toujours avec des mots justes qui ne lui laissaient pas l’espérance de lui faire comprendre ce qu’il ressentait à présent. De toute manière, ça n’aurait servi à rien car Roman ne savait absolument pas ce qu’il ressentait et ce qui l’avait amené à se conduire comme un connard de bas étage avec sa meilleure amie. Avec toutes sauf elle. C’était la règle, ce qui différenciait sa manière d’aborder la vie. Mais il n’appréciait pas ses remarques. S’il avait envie de lui dire quelque chose, il le ferait toujours, se foutant éperdument de savoir s’il en avait le droit ou non. Car il s’était toujours tout permis, son impulsivité comme ses pires déboires. Elle avait connu le pire à ses côtés et bien sûr le meilleur mais aujourd’hui, même en se comportant avec tord, il légitimait ce droit parce qu’il avait toujours été ainsi et que rien ne changerait pour sa part. Elle semblait désabusée par ses propos, complètement interdite face à ses remarques d’une véhémence rare. Elle en prenait beaucoup dans les dents avec lui car il manquait d’un tact phénoménale mais, il semblait que cette fois-ci, il l’a surprenait de nouveau. Et ça veut dire quoi ça que t’as aucun compte à me rendre ? Si j’ai envie de te dire que ça me plait pas je le dirais. Haut et fort même. Et ce n’est pas une gamine prétentieuse comme toi qui me feras taire. Tes caprices c’est bien beau. Mais si certaines fois il n’y avait pas quelqu’un comme moi pour te faire redescendre de deux étages, on serait pas dans la merde. Alors soit heureuse que je sois là pour te dire quand tu dérapes vraiment. Pas sûr de la logique de ses paroles, Roman ne se laissait pas démonter. Ce qui l’énervait le plus ? L’idée même qu’elle lui montre qu’il était bien l’une des rares personnes à pouvoir juger ses actes. A bon ? Il avait cru comprendre que leur relation leur permettait au moins cette possibilité. Seules quelques personnes pouvaient se permettre de lui dire la vérité en face et bien qu’il n’appréciait pas l’idée, il savait qu’elle en faisait partie et en avait tous les droits. Le fait que ce ne soit pas réciproque bafouait l’homme émérite qu’il était à tendre à créer la perfection au cœur d’une sauvagerie peu maîtrisée chez la jeune femme. La tension palpable explorait chaque remarque intenable qu’il tentait de répudier au fond de son esprit. Ce n’était pas le moment de devenir un tyran arrogant et encore plus détestable qu’il ne l’était jusqu’à présent. Pas lorsque la bataille s’étirait en une guerre qui ne tarderait pas à être déclenchée face aux étincelles qui foisonnaient autour d’eux. Le calme de la mer enchantait l’espace qui était le leur alors que pour Roman, c’était une onde de choc qui rendait l’air iodée et salin, irrespirable. Dans l’immensité des troubles qui envahissaient leur complicité, Roman avait bien du mal à entrevoir ce qui pourrait détourner les tirs qu’ils se lançaient. C’était un feu croisé qu’ils se lançaient malgré un calme indéchiffrable qu’il tentait de garder, emprunt dans sa voix qui pouvait exploser en l’espace de quelques secondes si elle ne prenait pas garde à ses paroles peu réfléchies. Mais sa mâchoire se serrait indubitablement car elle lançait sur lui de nombreuses agressions d’une noire cruauté. Bravades inéluctables, Eileen soufflait son venin comme si elle avait été poussée par Roman à se protéger en pourfendant ses souvenirs. Elle jouait si bien que pendant un instant, l’epsilon dû s’interrompre dans son envie de lui rétorquer mille et une attaques pour ne pas envenimer une situation qui semblait alors inextricable. Ne vas rien t’imaginer. Je n’aimerais pas être à sa place. Pour rien au monde. Qu’il lui sortait en la regardant droit dans les yeux, son regard glacial, braqué sur elle comme pour lui faire comprendre son ressentiment face à ses ardeurs. Qu’attendait-elle face à de telles paroles ? Pensait-elle réellement qu’il aurait toujours voulu briser ce pacte qui les liait depuis une éternité pour s’envoyer en l’air dès que possible ? Non. Roman avait la tête sur les épaules et savait dès lors qu’il n’aurait jamais voulu rien de tout ça. Car l’epsilon se voulait unique, une gourmandise rare, détestablement enivrante qui attisait l’avidité avec brio et emportait les emballements les plus avenants. Il ne voulait pas être un simple nom sur sa liste, ne voulait pas ressembler aux nombreuses femmes qu’il avait éconduite après le pêché d’une soirée. Roman se voyait pour Eileen, un autre plaisir qu’une simple activité sexuelle sans lendemain. Alors il n’aurait jamais voulu éconduire leur pacte juste pour le plaisir de profiter de la saveur de son corps. Sa présence lui avait toujours suffit et bien que certaines fois, l’idée lui traversait l’esprit, il se disait qu’il ne voulait en aucun cas être perçu comme tous ces hommes qui s’accumulaient au crochet de la jeune femme, qui faisait son choix, comme de simple mets sur un menu spécialement érigé par ses soins. Qu’elle puisse imaginer une seule seconde que Roman Da Russo ait l’envie d’être n’importe qui au fond de son lit lui déplaisait encore plus que l’image même de la jeune femme tapant dans une médiocrité désuète. Mais tout semblait dit. Les mots n’avaient pas été retenus, il avait cédé à une impulsion impunie qui lui retombait dessus en pluie éparse de lames venant épuiser son panel défensif. Roman gardait pour lui ce qu’il ressentait mais il n’en pensait pas moins. Il n’aurait dû réprimander sa meilleure amie et même s’il continuait à se défendre avec passion, il s’en mordrait les doigts d’avoir lancé les hostilités. Peu fier de ce qu’il avait pu commettre, il l’a laissait s’éloigner. Seule sa silhouette dans la pénombre de l’antre du bateau, se retournant vers lui, lui donnait l’irrésistible impression que rien n’allait se passer comme prévu. Il avait eu raison de se fier à cette intuition. Elle avait enfreint les règles en l’espace de quelques secondes. La colère se transformait en passion. Il ressentait dorénavant comme une douce agonie, plaqué contre son corps, la rambarde glaciale lui striant les reins comme pour lui rappeler que le pêché cruel qu’il s’infligeait ne donnerait rien de bon pour lui. Mais il prenait part au baiser qu’elle lui assenait tel le coup fatal d’une longue lignée, porté à son insu. Il avait eu beau se défendre jusqu’à présent, il devait cesser cette attraction qui se languissait, derrière ce baiser farouchement détenteur d’un de ses plus grands secrets. Faible face à cet abandon, il mordait dans le fruit défendu et empoignait avec vigueur toutes les subtilités de leur union qu’il n’avait jamais vues. Son cœur contre le sien c’était avec oubli total qu’il brisait aussi les conditions de leur engagement. Jusqu’à ce qu’ils se regardent de nouveau et qu’il comprenne que pendant un instant, elle avait vu juste. Eileen Rosenbach, en un baiser, avait fait taire toutes les pensées de Roman, inhibant avec dévotion, ce qu’il s’était toujours interdit de voir et ce qu’il avait bien pu prôner il y a encore quelques minutes. La maladie du cœur détruisait sa confiance en lui. La larme qui roulait sur la joue de sa meilleure amie le tuait intérieurement. Alors, lorsqu’elle avait finit par s’échapper de son étreinte, lorsqu’il avait véhiculé avec ferveur la haine et la rage qui l’avait saisi, il avait décidé de se reprendre. Roman était furieux de s’être laissé aller de la sorte, furieux de constater qu’au final, il était faible. Aurait-il réagit de la sorte avec n’importe quelle autre femme ? Sauf qu’Eileen, il se l’était toujours imposée comme un interdit outrageux mais bel et bien prohibé. Qu’elle brise elle-même les lois qui régissaient leur amitié, en portant atteinte à sa loyauté, basée sur de fausses idées, le brisait de l’intérieur. Alors après avoir tenté de combler le trou béant qui s’élargissait dans sa poitrine, Roman faisait profil bas et pénétrait dans l’antre de la jeune femme pour expier ses fautes les plus incurables. Il n’aurait dû embrasser sa peau dénudée mais son cœur parlait pour lui. La peur de la perdre faisait fî de tout le reste. Il ne pouvait s’imaginer un chemin sur lequel elle ne répandrait pas ses spectres les plus intimes. Un sourire s’égrenait difficilement sur son visage humble lorsqu’elle venait à répondre à sa longue tirade. Franchissant le pas, il lui avait ouvert les portes de son âme alors qu’elle les avait déjà franchit d’un coup de talons monumentales. Mais jamais il ne lui avait réellement parlé en ses termes. La plupart du temps, Roman Da Russo se permettait de belles paroles que, si elles étaient accompagnées d’autres biens moins agréables à l’oreille. Mais cette fois-ci, il ne jouait plus car ses plus grands tourments semblaient sur le point de détruire un avenir qu’il avait toujours estimé comme indétrônable. Si elle n’était plus là, rien ne serait plus comme avant et de l’entendre dire de la bouche de Roman, semblait avoir conquis Eileen. J’aurais dû savoir que je ne sortirais pas indemne de ce jeu. C’est tout nous ça … Il préférait expier ses fautes plutôt qu’entendre qu’elle avait pu lancé de quelconques hostilités. C’était reconnaître qu’elle avait pu penser une micro-seconde, que Roman pouvait désapprouver ses paroles. A défaut de pouvoir être en désaccord avec ce qu’elle disait, il lui faisait comprendre que ce n’était rien de plus qu’une simple mésaventure au milieu d’une histoire périlleuse qu’ils faisaient vivre au gré de leur tempérament de feu. Et puis, comme s’il avait peur qu’elle continue sur sa décision, il lui avait dressé au milieu de leurs deux corps animés par la même envie de se retrouver, l’anneau maléfique qui avait emprisonné des espérances vaines et un destin aux couleurs infiniment plus poétiques que celles qui ornaient leur horizon. Amants maudits, ils avaient appris à vivre avec mais le pacte se retrouvait détruit. Effacé, irradié aussi vite qu’elle l’avait prononcé, c’était comme une malédiction qui s’élevait pour pourtant, venir envahir leur vie d’une nouvelle, bien plus terne cette fois-ci. Car Roman ne voyait plus de limites. Et ça l’effrayait. Mais cet anneau, elle le portait aussi. Déposant sa main sur la sienne, il y voyait en ce bijou, plus que l’intime conviction qu’ils ne pourraient jamais rien partager de plus ensemble. Il y voyait le début d’une histoire qui avait marqué sa vie à jamais et continuerait à persécuter ses sens pour le pousser toujours à aller de l’avant. Avec elle. Surtout avec elle. Je n’en attendais pas moins de toi. Finalement, cette simple remarque était loin de le surprendre et le contraire aurait été plus que compromettant. En fait, Roman avait toujours su au fond de lui qu’il n’était pas le seul à garder cette preuve tangible de leur amitié sacré près de lui, au quotidien. Qu’il le lui montre par contre, était déraisonnable car pour lui, c’était une preuve inéluctable de faiblesse inconditionnelle. Mais pour elle, il pouvait faire tous les sacrifices et sa fierté mis à part l’espace d’un instant, il lui livrait les confins de ses sentiments. Prodigieuse instance mystique qui s’épanouissait entre eux, il sentait un émoi bien plus grand éclore dans l’écrin de son regard. Une peur qui naissait et qu’il ne comprenait pas encore. Il fronçait alors les sourcils. Son cœur se serrait, ses mains agrippaient les contours de ses frêles épaules sans qu’il ne s’en rende compte. Comme pour la rassurer, comme pour éviter l’idée qu’elle puisse chanceler face à des troubles qui la hantaient bien plus qu’il ne l’aurait imaginé jusqu’à présent. Sa main glissait sur sa longue chevelure, tentait de rasséréner ce visage qui n’avait plus rien de confiant. Il fronçait les sourcils, tentait de trouver les bonnes paroles mais cela était vain. Roman était bien trop perturbé par l’idée qu’il n’avait jamais imaginé qu’elle puisse ressentir cette peine face aux trahisons multiples qui avait précédé. Tentant de briser net la colère qui pouvait l’envahir face au visage de Jayan dans son esprit, il semblait la fixer comme s’il tentait de lui véhiculer toute la force dont il était capable à présent. Eileen, jamais je ne te laisserais. C’est impossible. J’ai bien des défauts mais pas celui-là. On s’est promit d’être à tout jamais aux côtés l’un de l’autre et rien de ce que m’apportera la vie un jour ne pourra me faire briser cette promesse. Si on en était aux paroles d’une véracité limite malsaine, alors Roman dirait toute la vérité rien que la vérité au point de se mettre totalement à nu, de se découvrir devant les yeux de sa meilleure amie et de briser la crédibilité de ses futures actes belliqueux. Parce qu’elle le méritait et qu’il n’avait pas la force de lui mentir. Il l’imaginait se battre contre des démons intérieurs, seule face au reste d’un monde qui ne ferait que la maltraiter chaque jour un peu plus alors qu’elle sauvait les apparences d’une façade exécrablement attirante. Non. Roman ne le supporterait pas. Eileen montrait à qui voulait, sa force évidente mais ses plus grandes craintes, elle ne les livrait que rarement et en soit, l’epsilon apercevait certaines fois les tréfonds de ses émotions qui le rendaient encore plus accro à leur amitié et à la complexité que représentait la jeune femme. Seul un fou pouvait comprendre Eileen Rosenbach. Mais il l’était. Dangereusement indécis, incompris comme jamais dans ses actions écœurantes. Mais elle le comprenait et il la comprenait. Elle caressait ses lèvres d’une pudeur maline et Roman se laissait faire tout en contemplant avec dévotion la jeune femme. Ses paroles volaient en écho dans son esprit mais il ne pouvait se résoudre à l’idée même de voler un moment qui aurait dû être d’une beauté insensée et à couper le souffle. Roman ne voulait pas, ne se sentait pas capable d’apprécier en ce moment, tout ce qu’il aurait voulu prouver à la jeune femme. Il continuait à déplacer son regard de ses pupilles bleuté, à ses lèvres pulpeuses, plus que désirables. Elle déposait un baiser chaste sur ses lèvres et il lui souriait. Les limites étaient atteintes, ils poussaient dessus avec force mais semblaient retenir leurs coups. Il valait mieux, sans doute …

Il n’y avait plus beau réveil que celui d’être animer par la voix doucereuse d’Eileen. Faisant le mort pendant une dizaine de secondes, Roman réactivait chaque parcelle de son esprit qui lui faisait revoir en boucle ce qu’il s’était passé la veille. Honteusement affublé du rôle de l’impulsif connard, il dénigrait tous souvenirs qui auraient pu le rendre fautif d’avoir détruit leur si belle soirée. Mais sa voix résonnant de nouveau à son oreille vint le faire esquisser un sourire amusé. Sans même ouvrir les yeux, il savait au son des draps de soie, qu’elle venait de se loger sous la chaleur du petit habitacle douillet. Il se retournait et empoignait sa taille au creux de ses bras pour venir déposer un baiser sur son cou puis sur son ventre nu. Sa peau chaude venait réveiller chaque fibre de son être et un sourire incontrôlable se fixait sur son beau visage matinal. Tu peux toujours courir. Voila les premières paroles qu’il se permettait enfin après avoir humer avec plaisir le nectar délicieux qui s’échappait des fioles colorés d’Eileen, et qui courrait sur sa peau, dégageant un parfum fleuri aux saveurs exquises. Se redressant alors, laissant son étreinte n’être plus qu’un souvenir contre le corps de la belle, il s’étirait de tout son long, faisant apparaître sa musculature dessinée indéniablement par un grand maître et finissait par repousser ses cheveux ébouriffés. C’est toi ou la température a augmenté de dix degrés depuis hier ? La chaleur brûlait la peau de Roman et lui donnait l’incorrigible envie de passer sa vie dans le bleu de l’océan qui s’élançait harmonieusement autour de l’immense yacht. Sourire en coin, il dévisageait longuement Eileen, goutant avec son regard, chaque parcelle de son corps. Se mordant la lèvre inférieure, il n’avait aucune gêne à se languir un peu du corps de la belle, caché à moitié par le draps crème. Si tu me cherches, je suis dans la douche… Une invitation ? A croire qu’hier soir ne lui avais pas suffit. Mais à défaut de comprendre ce qu’il pensait réellement, Roman préférait reléguer sa soirée à une simple incartade et jouir des plaisantes habitudes qu’ils avaient tous les deux. Une heure s’était écoulée où l’eau froide avait réveillé le jeune homme. L’attendant dorénavant sur le pont, il trônait devant l’immense table des mets préparés pour le brunch, sur un fauteuil de cuir, un jus de fruit en main, presque dénudé. Seul un maillot de bain contre sa peau exprimait ses envies de la matinée … Midi… Peu importait l’heure, les vacances placardaient l’idée que la Rolex était à exclure de son temps. La chaleur cuisante venait tout de même irriter corps tanné de dieu grec. Il était tant de profiter de l’eau turquoise qui lui renvoyait les rayons dorées du soleil, contre ses Rayban aviator. Il ne lui fallut que deux secondes pour entrer dans la masse saline et s’apercevoir par ce simple contact, que son corps était contusionné. Vivre une dispute avec Eileen ne semblait pas de tout repos et pas que pour son mental ! Mais alors qu’il pensait déjà à la ravissante créature, il la voyait alors, le cherchant des yeux sur le pont. Sourire aux lèvres, il admirait longuement sa silhouette élancée avant de l’interpeler. Eileen, tu me fatigues. Viens profiter un peu de la mer. On sortira plus tard… La proposition était odieusement offerte mais il n’avait qu’une envie, profiter des plaisirs que lui offrait le bateau et loin de s’en rappeler, Roman se disait qu’ils n’avaient passé leur temps que dans la piscine aux dimensions olympiques, sur le pont supérieur … Mais l’idée alléchante de se retrouver dans l’eau avec la jeune femme ne semblait pas faire naître les craintes qu’il avait ressentit hier soir. Loin d’être aussi troublé, sa confiance en lui l’empêchait d’imaginer quoi que ce soit. C’était une tentation dangereuse à laquelle il l’invitait sans faire attention. Mais après tout, il n’imaginait pas pouvoir faire pire que la veille. Naïf.



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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Jeu 4 Déc - 0:13


« Il tournait dans son désir, comme un prisonnier dans son cachot. »

21 000 :plop:


Les mots lancés comme des projectiles s’abattaient sur la coque du navire, les coups tirés par salves avec des balles de rhétorique menaçaient d’endommager la structure. Tout vacillait. Tout prenait l’eau. Eileen et Roman se noyaient peu à peu dans une marée verbale gouvernée par une colère passagère mais violente, c’était un raz de marée d’obscénités, d’attaques puériles et irréfléchies. Amoureux à la dérive, incapables de l’admettre, ils cherchaient désespérément un nouveau cap, la lumière inespérée d’un phare pour leur montrer la route. Submergés par leurs émotions, perdus dans un tourbillon de maladresses teinté du bleu de l’échec, ils avançaient péniblement dans les abysses profondes de la haine mutuelle et partagée. L’eau salée se chargeait de décaper les derniers vestiges d’une amitié qui avait reposé trop longtemps sur un jeu. Petit pacte idiot de deux enfants qui baignaient dans un monde doré, et qui au sommet de l’empire de leurs parents avaient cru être les maitres du monde. Cette nuit, le visage lacéré par les embruns, elle était contrainte d’observer un spectacle de désolation, paysage meurtri par la résonance des cris, parsemé ici et là de tâches d’hémoglobine. Il était loin le temps des rêves de grandeur et d’élévation, tout le clinquant devenait terne, le fabuleux d’une médiocrité sans pareille, même les étoiles du ciel perdaient de leur superbe. Il ne restait que l’eau, tourbillon d’encre juste sous leurs pieds qui finirait par les aspirer, pour les recracher un jour sur une plage déserte. Comme deux bouteilles à la mer, amitié fracassée prisonnière d’un flacon de verre, deux gouttes d’un liquide amer. Les répliques virevoltaient sur les alizés, et tout devenait pire, l’amitié basculait par dessus bord, faisait naufrage. Bientôt tous pleureraient sur l’épave rongée par les algues, condamnée à ne jamais revoir la surface, les pieds bloqués dans les sables mouvants de la rancoeur et de la fierté mal placée. Incapables d’être des gens sans grandes histoires, sans substances, de revoir leurs exigences personnelles à la baisse. Ils préféraient se haïr sans bornes plutôt que de s’aimer naïvement. Quitte à en crever. Quitte à se tuer mutuellement, se faire la peau, détruire l’autre avec hargne et passion dans un combat épique afin d’en garder un souvenir homérique. Elle refusait que Roman devienne un vulgaire chapitre dans le livre de sa vie, elle voulait qu’il en soit l’élément central, le thème majeur, qu’importe que ce soit en bien ou en mal. Celui qui sauve ou celui qui tue. Sa place était déjà désignée, immuable pour toujours. Il était l’encre du stylo, le conteur d’histoires, celui qui aurait le plus d’impact au sein de son existence. Premier mari ou dernier amant, pire ami ou meilleur ennemi, tout ça à la fois. Elle dérivait sur la mélasse de ses sentiments mais avait une certitude, il était important, sinon le plus important. « Comment les autres gens que moi font-ils pour te supporter ? » Demandait t’elle piquée au vif, blessée au plus profond de son orgueil. Ce qui n’était alors qu’un règlement de comptes enfantin était sur le point de se transformer en une myriade d’insultes où la vulgarité était prônée, l’attaque insidieuse saluée. Venant à bout des reproches sensés qu’il pouvait lui faire, Roman s’engageait sans bouée de sauvetage sur l’océan tumultueux des invectives infondées, bientôt, il n’aurait plus pied et elle se ferait une joie d’exercer une petite pression sur le haut de son crâne afin de le couler à jamais. « C’est l’hopital qui se fout de la charité. C’est Roman Da Russo, représentation humaine de l’égocentrisme qui prodigue ses conseils. Le discours creux d’un fou qui rêve de régner sur l’industrie mondiale du cul, qui, sagement posé sur son petit nuage de dollars n’est rien d’autre que la substantifique moelle du narcissisme et l’hypocrisie. Tu mériterais largement ta place dans le livre des records -il avait l’égo le plus surdimensionné du monde- on l’a abattu pour son excès de connerie. » Déclarait t’elle en dispensant à tout l’équipage une admirable leçon de répartie. En effet, Eileen n’avait pas le moindre compte à lui rendre par rapport à ses aventures extra-amicales, elle était en droit de se délecter des plaisirs procurés par le sexe avec qui bon lui semblait, et ce, sans devoir supporter la jalousie maladive de Roman. « Message de la gamine prétentieuse à l’ingrat de service : va te faire foutre ! ». Impossible d’être plus directe, les paroles étaient d’une limpidité à toute épreuve, si bien qu’elle risquait de récolter la monnaie de sa pièce plus tôt que prévu. Mais, elle ne craignait pas Roman, elle avait connu des adversaires bien plus redoutables et qui l’aimaient beaucoup moins. Pendant un bref instant, une sorte d’accalmie palpable se propageait sur le pont, un silence glacial et étouffant. Peut-être se rendaient t’ils comptent que les paroles avaient largement dépassé la pensée, peut-être, à l’inverse cherchaient t’ils désespérément le coup de grâce pour sortir victorieux de cette lutte infernale. Ses pupilles cristallines fixaient les siennes sans relâche, prête à bondir pour achever sa proie, l’attente qu’elle endurait était intolérable. Puis, après un long moment de calme, où la mer avait pendant un instant repris ses droits, imperméable aux disputes de la surface, il osait déclarer, dans un ultime affront, que jamais plus il ne voulait être à la place de ce type. Il écrivait déjà l’histoire au passé, ne laissait même pas une chance à l’avenir et anéantissait le présent. Roman était le bourreau, investi de la mission divine de lui faire du mal, pas seulement dans sa fierté ou son égo, mais aussi dans son palpitant. De la poussière et des ruines, c’était tout ce qui resterait. Des larmes et du sang pour le devoir de mémoire. « Tu as une chance extraordinaire. J’ai refait ma manucure toute à l’heure, autrement, tu aurais sans doute terminé comme ce pauvre type là-bas dans les cuisines, qui crache son sang. La rançon de la gloire, le prix à payer pour me passer -littéralement- sur le corps, n’est-ce pas ? » Osait t’elle proférer en se saisissant d’une coupe de champagne en cristal, le projectile détourné de son usage initial quittait ses mains délicates pour s’écraser à quelques millimètres de son visage d’enfant baigné par la lumière céleste. Elle ratait sa cible de peu, mais ce n’était que partie remise car tôt ou tard, elle obtiendrait sa vengeance méritée. Pourtant, quelque part, bien enfoui dans les tréfonds de son âme, elle était forcée de reconnaitre que derrière les paroles de Roman se terrait une infime parcelle de vérité. Ange déchu, adolescente désabusée par l’existence dans son entièreté, elle pactisait régulièrement avec le diable comme pour se punir d’être née trop riche. Elle était l’ambition démesurée dans un corps de pute, avait l’allure nonchalante d’une briseuse de couples, la repartie tranchante d’un politicien accro à la cocaïne, la démarche assurée d’une prétentieuse. Il était tellement simple de la haïr, tellement plus difficile de l’apprécier. La reine de Las Vegas était au coeur du scandale, dans l’oeil du cyclone, en permanence animée par une tempête ravageuse. Un jour, elle détruirait tout, en commençant par lui. Mais, ce soir, elle acceptait d’être blessée la première pour la bonne cause. Un baiser comme une éraflure. L’interdit de nouveau bafoué, la limite encore franchie. Le seuil de ses lèvres était le récit du futur qu’ils n’auraient jamais, à peine pouvait t’elle en entrevoir un aperçu qu’il s’évanouissait déjà, regagnant le pays des chimères et des rêves inexaucés. Les saveurs mirifiques d’un bonheur auquel elle n’avait pas droit car l’amour et ses effluves sucrées la contournait toujours. Les sentiments tourbillonnaient, les passions se déchainaient, mais c’était seule qu’elle terminerait. Pourtant, elle l’embrassait avec une ferveur décuplée, elle exaltait avec une bestialité rare. Ce baiser était infiniment mieux que le premier, pour la simple raison qu’il était sûrement le dernier. Le moment s’éternisa alors qu’elle s’imprégnait toute entière de l’odeur poivrée de son parfum, ses ongles glissaient avec lenteur contre sa joue. Il était sien, pour quelques minutes hors du monde. Un amour aussi volcanique qu’éphémère, trop fugace pour la combler pleinement, trop tragique pour être beau. Il n’existait que dans sa tête. Quatre ans plus tôt, il l’avait abandonné dans sa suite clinquante, avec ses yeux pour pleurer et son champagne français pour se saouler. Ce soir, c’était elle qui prenait la fuite, avouant à demi-mot son échec. Un ultime regard arrosé d’une infime larme et elle disparaissait dans les profondeurs lumineuses du géant des mers. Allongée sur les plumes de son lit, les pupilles immobiles et dirigées vers le plafond, elle avait l’impression d’avoir sacrifié une partie d’elle même dans ce combat vain. Sa fierté entachée à jamais, elle s’était ouverte à Roman comme une débutante, avait pris des risques inconsidérés pour quelques secondes d’un plaisir extatique. Vidée de toute substance elle n’était plus qu’une caricature ratée d’Eileen Rosenbach, sans grandeur, sans magnificence, sans le moindre potentiel. Elle n’était rien d’autre qu’une cruche qui avait cru qu’il était possible d’aimer d’amitié sans jamais se bruler les ailes à partir du moment où on fixait les limites à temps. Sauf que les limites s’étaient écroulées dès lors que le jeu avait éclaté en morceaux, désormais plus rien ne les retenaient, ni dans l’amour, ni dans la haine. L’avenir s’annonçait semé d’embuches, c’était un ciel recouvert de nuages gris et épais, une fumée noire à la gloire du chaos. Ils en souffriraient tous les deux, c’était une certitude. « Ce jeu inventé pour rendre ta présence supportable, pour maintenir ma fierté intacte... On voit le résultat. » déclarait t’elle à demi-mots, pour la première fois elle reconnaissait avoir eu, pendant un bref instant, des sentiments pour lui. C’était il y a quatre ans, leurs deux corps face au vide anguleux de la ville. Presque nue, suspendue à ses lèvres, il était devenu la seule chose à laquelle elle pouvait se raccrocher pour ne pas tomber. Il avait eu, sur elle, un pouvoir de vie ou de mort, et outre l’excitation du moment, la pensée qu’elle se tenait face à l’homme de sa vie, l’avait brutalement effleurée. Aussi, sa déception avait été largement décuplée le lendemain matin lorsqu’il l’avait répudié comme une gamine insignifiante, pas suffisamment extraordinaire pour s’octroyer une place dans sa vie. Elle avait passé le reste de la journée à pleurer et à le maudire, jusqu’à se convaincre qu’elle le détestait et qu’il n’était qu’un con parmi les autres. Une aventure d’un soir qu’elle ne recorrigerait probablement jamais, sauf qu’il était revenu sur les lieux du crime pour expier ses péchés, implorer le pardon. Il ignorait alors que l’église d’Eileen Rosenbach n’accordait pas l’absolution. Néanmoins, elle était incapable de se séparer de lui pour toujours, alors, elle avait mis au point ce stratagème semblable à un éternel purgatoire. A défaut d’amour, parce qu’il n’avait pas su s’emparer de son coeur au moment propice, elle lui accordait l’amitié. Une maigre consolation dont il avait su se contenter pendant toutes ces années, sauf que, contre toute attente, la belle s’était faite prendre à son propre jeu, et aujourd’hui c’était elle qui n’en pouvait plus de cette amitié basée sur du vide, littéralement. Tout avait commencé dans le vide. Tout finirait dans le vide. Un vide moins enchanteur et étourdissant. Peut-être qu’ils s’étaient aimé, mais jamais en même temps. Incapables d’être sur la même longueur d’ondes en quatre ans, elle estimait qu’ils ne le seraient jamais. Fin de l’histoire, du jeu, et de tout le reste. Elle n’avait plus la force de se battre, seulement celle de pleurer. « Mais tu le savais déjà. N’est ce pas ? » demandait t’elle sans attendre véritablement une réponse de sa part, elle n’était pas certaine de vouloir connaitre la vérité. Peut-être l’avait t’il aimé, un jour, par inadvertance, par erreur, dans un moment d’égarement. Elle, oui, elle avait aimé, pendant une brève période. Puis ça avait disparu avec le temps, comme chassé par le vent et ce n’était plus revenu. Du moins elle le croyait, s’en persuadait avec force. Mais c’était là, juste là, enfoui sous la couche de glace, d’un rouge sanguinaire, brûlant, prêt à refaire surface. Un silencieux poison glissant davantage chaque jour. Elle portait sur lui le regard d’une fanatique, d’une accro à l’adrénaline, elle était dépendante, malgré elle, de cette relation. Roman avait un double masque, bourreau et sauveur, ennemi et ami. Ses mains parcouraient doucement son visage, caressaient ses lèvres, elle se noyait dans ses yeux sans comprendre comment elle pouvait le haïr un instant et faire de lui le joyau de sa couronne l’instant d’après. « J’ai toujours eu peur de la perdre, et que tu m’en veuilles. Alors j’ai pris les devants, regarde. » Murmurait t’elle en dévissant délicatement l’anneau doré de son doigt. Il masquait un minuscule -R- en lettre capitale, légèrement stylisé et gravé dans sa chair à l’encre noir. Un tatouage secret qu’il était le premier à voir et qu’elle avait fait au printemps dernier lors d’une ennuyeuse après-midi à San Francisco où tout n’était que pluie et nostalgie. Remettant sa bague à sa place initiale, elle se sentie subitement très mal, imaginant les pires scénarios possibles. Si Roman partait, ça l’anéantirait. Elle ne voulait plus être seule, prisonnière d’un tourbillon de tentations, osciller entre les plaisirs défendus et les errances malsaines. Elle avait besoin qu’il lui promette de toujours être là, quoi qu’il advienne, que l’amitié l’emporterait toujours. Il fallait qu’elle l’entende pour s’en convaincre, se rassurer. « C’est réciproque tu sais. » concluait t’elle dans un sourire sincère mais anormalement timide. Intérieurement, elle se jurait d’être présente pour lui, quand bien même leur relation se trouverait à son point le plus bas. Elle avait de Roman une priorité, l’amitié avec un grand A, affichée fièrement à la face du monde. Il fallait être profondément névrosé pour supporter une telle relation, mais ils l’étaient, heureux dans la destruction, contemplatifs du désordre qu’ils étaient capables de causer. Fermant les paupières, elle s’endormait contre son épaule revoyant les images en boucle de leurs plus moments. Jeu édicté en haut d’une falaise de lumière, suspendus au dessus du vide, anti-héros, amants maudits. Il la respectait trop pour qu’il se passe quoi que ce soit cette nuit. Les bagues enroulées à leurs doigts scintillaient comme de petites étoiles d’espoir, calme furtif annonciateur de tempête. (...) Lovée dans ses draps de soie, ses pieds froids collés contre les mollets de Roman, Eileen se réveillait doucement. Elle baignait dans la plénitude, le bonheur même d’avoir su réparer à temps les fissures qui recouvraient leur amitié. Dormir avec Roman, sans rien faire, était un caprice qu’elle adorait s’octroyer, privilège réservé à la meilleure amie, soit à elle seule. « Finalement, je te préférais endormi. » soufflait t’elle en basculant ses mèches blondes en arrière pour  pouvoir mieux contempler son visage à peine réveillé mais toujours aussi attirant. Puis, dans un geste savamment calculé, il l’attrapa par la taille, l’a maintenait prisonnière de ses baisers volés. Elle riait bêtement sans même chercher à se débattre, alors qu’il cessait son petit jeu pour s’étirer de tout son long et s’élancer vers la salle de bain, en prenant soin d’ajouter une dernière petite parole. « C’est moi. » osait t’elle en s’enfonçant davantage sous les couvertures et en retirant discrètement son débardeur en dentelle noir. « Cadeau de la maison, faudrait pas que tu te sentes seul et abandonné une fois sous la douche. » poursuivait t’elle en lui lançant son top qu’il attrapa en plein vol. S’allongeant sur le ventre, elle lui dévoilait son dos totalement nu et faisait mine de retomber péniblement dans les bras de Morphée. Non, elle n’irait pas le rejoindre sous la douche, elle avait compris hier qu’à force d’user et d’abuser de la provocation, elle risquait de devenir la première victime. Il était primordial qu’elle se protège avant tout, qu’elle se protège de lui, mais surtout d’elle même et de sa contagieuse folie. (...) Plus tard, elle le retrouvait sur le pont du yacht, faisant du sur-place dans les eaux turquoises de la mer des Caraïbes, il l’invitait courtoisement à venir se rafraichir. Or, Eileen n’avait aucune envie de piquer une tête maintenant, elle avait des projets bien plus intéressants pour le reste de la journée. On lui avait parlé d’une plage pour milliardaires, accessible uniquement en bateau. C’était une sorte de petite crique, encore sauvage, épargnée de la masse insipide que formait les touristes. Le sable était prétendument fin et blanc comme de la neige, et un bar éphémère y avait élu domicile. On y servait, semblait t’il, les meilleurs cocktails de toute l’Amérique Centrale. « Et si on sortait maintenant ? Arrivée à destination dans vingt minutes. » La prochaine escale était encore une surprise, mais elle savait que Roman allait adorer l’endroit, et qu’ils y resteraient aussi longtemps que possible. (...) Comme promis, ils débarquèrent sur un ilot perdu, décor de carte postale, vision partielle du paradis. Quelques personnes s’amusaient, dansaient sur de la musique latine. L’alcool coulait à flot et tout le monde semblait avoir perdu la notion du temps. Affalés sur un immense lit de plage immaculé, un cocktail dans chaque mains, déjà passablement éméchés, ils prenaient le soleil. Bronzage parfait, odeur de monoï, petits sourires en coin et regards complices, comme au premier jour. « Roman » grommela t’elle en ajustant ses lunettes de soleil et en buvant une énième gorgée de rhum. « Tu as préféré notre premier baiser sur les toits de Vegas, ou celui d’hier ? » demandait t’elle de but en blanc, animée par une curiosité malsaine que l’alcool se chargeait d’exacerber toujours plus. La disparition des limites lui donnait le droit de s’essayer à toutes les folies, et elle ne s’en priverait pas.

 
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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Jeu 18 Déc - 0:50


bienvenue aux caraïbes !



Roman&Eileen ⊹ Roman et Eileen, la belle conquête d’un rien, d’un néant repu dans l’indifférence d’une relation instable et en déséquilibre entre la vie et la mort, les doutes, l’inconnu et l’apothéose finale d’un flou apocalyptique. Ils avaient battit sur leur vie des songes divins, inquiétants, et pénétrants mais qui faisaient simplement écho à des mensonges immondes, les emprisonnant dans un univers factice, dépourvu de toute empathie. L’amitié inébranlable placée sur un tapis de conneries éhontées qui pourraient les déséquilibrer à tout instant. Roman n’imaginerait jamais son avenir avec une sérénité sincère parce que depuis toujours il se murait dans une indubitable oraison funèbre qui déposait ses mots à la couleur de l’ébène, sur le papier de sa vie. Tant qu’il déciderait de continuer à vivre dans un euphémisme affable aux côtés d’Eileen, il serait la victime d’un destin précaire et fils d’un avenir déchu. Dans l’ignorance de ses propres incohérences, Roman écumait les flots à perte de vue, dans une valse iodée, aux côtés d’une sirène qui le perdrait au bout d’un abyssal trépas. Se damnant pour ne pas perdre l’aura qui les enveloppait tous deux d’une réalité inconfortable, les défauts étaient proéminents et les erreurs encore plus dénombrables. Agissant négligemment en sa compagnie depuis qu’il était monté sur ce yacht de rêve, Roman, se sentait comme un condamné à mort, qui ouvrait les bras pour se faire envelopper de la douce sensation qu’Eileen pourrait lui procurer. Leur amitié n’était que les prémisses d’un chantier interminable. Ils extorpillaient l’Amérique, continent insurmontable, de par leurs douces représentations d’un univers décadent et corrompu. Puissent-ils trouver l’absolution qu’ils n’y prendraient jamais goût. Roman et Eileen étaient deux faucheurs de réalité, qui brisaient des religions, rejetaient la faute sur autrui et piétinaient les gens dans leur sillage sans se rendre compte du tombeau nocif qu’ils imposaient à autrui. Des démons condamnés à errer, dans l’expectative de comprendre, que seul leur union pourrait à jamais, arrêter leur course néfaste. Mais ça, ils n’y parviendraient jamais. C’était comme l’idée de se retrouver au centre même d’une pente verglacée où seule une avalanche pourrait les obliger à se jeter vers le lac aux eaux prisonnières de la glace, en contre bas. Quitte à se laisser choir dans cette mort accélérée, ils le feraient parce qu’ensemble, Eileen et Roman se retrouvaient comme privés de toute raison. Ils ne semblaient exaltés que par leur instinct de survit qui dictait dorénavant à Roman, de ne pas laisser Eileen se permettre toutes cérémonies dégradantes. Ils se comportaient comme des chiens affamés qui, dès que quelque chose venait les séparer, se retournaient l’un contre l’autre, pointant les crocs en espérant cesser une effusion de sang qui serait pourtant, inévitable. C’était l’amour blasphématoire, l’amitié à son apogée, une symbiose immuable qui vivait dans une sphère si symbolique, qu’il était impossible que les problèmes qu’ils engendraient, ne viennent pas enclencher instinctivement, des tempêtes insurmontables et qui les laisseraient pantois, dans une marre de boue et d’écumes bouillonnante de rage. Roman avait tout eu et bien trop vite et c’est pourquoi, il ne connaissait pas la retenu, la mesure ou encore la modération qui auraient permis à leur duo épique, de transgresser les lois régissant les éléments contraires. Elle était le feu, il était la glace. Deux éléments faits pour se combattre, se soudoyer, s’élever et se complaire dans une sempiternelle puissance. Mais s’ils se retournaient l’un contre l’autre, alors ils finiraient par détruire la bulle qui les enveloppait et s’étriller à leur propre démence. Il ne pouvait subsister que la mort et la douleur dans une union contre nature et c’était ce qu’ils avaient érigé sans se rendre compte que tout n’était qu’une incurable torture qu’ils s’infligeaient dans le temps. Pantins de bois sur des braises ardentes menant à un horizon indéchiffrable mais où la clé de leur liberté, pendait au bout de leur nez, sans qu’ils ne veuillent s’en saisir. Ils préféraient s’entre tuer plutôt que d’ouvrir les yeux sur une désarmante vérité. Alors Roman, ne lâchait pas l’idée encombrante qu’il ne pouvait accepter les faits et gestes d’Eileen. Les mains ensanglantées par des paroles exacerbées, il était le bourreau de la Rosenbach, l’exécuteur de son malheur, le tortionnaire de son cœur. Et elle lui répliquait de la même façon. Paroles guindées, port de tête altier et scrupule inexistant sur son visage incandescent de rage, elle faisait claquer sa langue dans l’air, à la manière d’un fouet qui s’abattait sans intermittence, sur sa peau à vif. Chaque mot était une morsure douloureuse, pénétrant  son âme de toute part. La colère qui l’envahissait était à son apogée. Mais Roman ne répliquait rien car il savait que tout ne serait qu’insignifiance dorénavant. Elle le haïssait à cette minute même et les quatre vérités qu’elle lui infligeaient, resteraient ancrées dans sa mémoire. Mais Roman avait conscience qu’à ce moment précis, tout ce qu’il aurait pu répondre, aurait brisé à jamais leur amitié bancale. Alors il se retenait, ne sourcillant qu’à peine, brisant ses mâchoires en les compressant jusqu’à en faire pâlir ses jugulaires et faire disparaître ses lèvres pincées. Toi va te faire foutre Eileen ! Sale ingrate ! Tu me fais tellement de la peine que je ne chercherais même pas à répliquer à tes basses remarques. Qu’il siffle entre ses dents. La discussion est close. Las de toute cette énergie diffusée pour rien, Roman la laissait partir non sans la rengaine proéminente d’avoir joué une symphonie aux côtés de sa meilleure amie, sans chef d’orchestre pour les accorder. Il était prévisible que leurs notes se distinguent un jour et viennent à sonner une mélodie tonitruante et diamétralement opposée. Tout sonnait faux en lui dorénavant. Le manque qu’il ressentait, le mal d’Eileen, ce mal indescriptible qui faisait qu’il était fou de cette amitié mais aussi, qu’il n’avait qu’une envie, la passer par-dessus bord, renverser sa vie d’une grande rature droite et sans regret. Des sentiments contradictoires qui le brûlaient vifs et contaminaient leurs alentours. Quand elle l’embrassait alors, Roman comprenait que le combat ne serait à l’avantage de l’un ou de l’autre. La balle de la victoire ne ferait que frôler leurs mains une à une sans jamais s’y adonner totalement. Ils semblaient trop aveugles par la richesse à leurs pieds pour tenter de s’approprier les myriades de trésor qui recouvraient leurs cœurs inassouvis. Ils étaient les deux grands insoumis d’une histoire qui les ramènerait toujours contre la poupe d’un bateau, en plein combat dans une mer déchainée. Ils se heurteraient toujours au bois rude, aux vents violents et à l’envie déferlante de cette tempête injuste, de leur faire ouvrir les yeux. Ils combattraient chaque jour sans relâche, pour leur vie, pour sauvegarder la sacralisation d’un dictat qu’ils s’imposaient eux-mêmes envers et contre tout. Surtout contre tout. Aimer, s’ouvrir, assouvir leur plus puissant besoin l’un envers l’autre. Mais il n’ouvrait pas les yeux. Lorsqu’il regagnait sa chambre, il se faisait la remarque qu’Eileen était la vue exquise d’un doux paradis indomptable et inatteignable même pour lui, qui s’y trouvait le plus proche. Elle proférait quelques mots à la pâleur de leur réconciliation, dans l’intimité confuse de leur relation puissante et infantile, dans le coucher pâle d’une hache de guerre, métamorphosée en trophée glorieux qui les unirait dans une vie éternelle de sentiments peureux et inéluctables. Roman fermait les yeux douloureusement à l’entente de ses paroles. Un frisson parsemait alors son dos, le long de son échine, pour étrangler son audace et le prendre dans un dépourvu frigorifiant. Suspendu à ses lèvres comme si elle lui ôtait la vie par ses paroles dissonantes, Roman se glaçait dans un effroi cotonneux. Il reprenait alors son souffle. Tu penses que j’étais revenu pour trouver le pardon dans un pacte me condamnant dans une éternité de règles à ne pas dépasser ? Qu’il lui disait dans un souffle. Roman était revenu à Vegas car il n’avait jamais pu oublier ce qui s’était passé cette nuit là. Il était tombé sur la femme d’une nuit mais aussi celle de toutes les autres. De toutes jusqu’à la fin et même dans l’absolu. Roman avait su le jour où elle s’était offerte à lui, au bord d’un gouffre menant à un vide terrestre, qu’elle devrait être sienne pour toujours. Mais il avait ensuite fuit par abnégation, pour se repentir d’avoir pu en une seconde, mettre en exergue tous ses principes. L’immense frisson que lui avait apporté Eileen avait été la révélation qui l’avait conduit en aveugle, à s’imaginer un avenir chatoyant et évocateur. Mais ce mirage l’avait rendu titubant, confus et privé de ses sens les plus élémentaires. Fort de ce constat et de cet abandon d’un instant, il avait reprit les reines de sa destinée pour exécuter un virage brusque, avant de s’endormir pour de bon dans l’explosion de sentiments qu’elle avait fait naître en lui, l’espace d’un instant. Mais ça remonte à loin maintenant. Il éludait ses sentiments, négligeait dorénavant, la valeur de ses paroles, expatriait l’espoir qu’elle confinait au sein de ses propos, bien loin de son intimité ébranlée face à ces révélations utopiques mais éphémères. Car elles n’étaient qu’une ellipse à la beauté qu’ils auraient pu apposer à la vie de l’autre. Et rien d’autre aujourd’hui. Roman ne souffrirait pas et ne se laisserait pas toucher par les paroles d’Eileen car se serait souffrir pour rien. Regretter pour l’éternité. Se briser à chaque pas, avançant dans une claustration qui le laisserait s’écrouler à genoux au milieu de leur périple erroné et illusoire. Ils étaient les deux acteurs d’une amitié fictive, prisonnier d’une romance condamnée dès le début. Et dans le crépuscule de sa miséricorde, elle lui offrait l’illumination au creux de sa peau, gravé à nu dans sa chair, la lettre R, le symbole de leur union pour la vie, de l’éternité de leurs conflits mais aussi de leurs espoirs mutuels. Il prenait sa main dans la sienne, passait ses doigts entre les siens et y berçaient des promesses vaines. Et si un jour tu décides de te débarrasser de moi, j’espère que tu trouveras un autre Roman pour prendre la relève … Qu’il disait sourire en coin car, l’epsilon semblait si ému qu’il ne voulait rien en montrer. Ainsi, il préférait minimiser les élans impulsifs qui le poussaient à s’empoigner de ses lèvres sans retenu, en prônant un humour noir, au creux d’un sourire facétieux. Il n’y a que toi pour faire une telle chose. Qu’il disait, faisant briller la différence de la seule femme qui semblait avoir de l’importance à ses yeux. (…) Roman n’avait qu’une envie, s’accaparer le corps d’Eileen et de ne plus jamais lâcher cette étreinte qu’il lui accordait, ponctué de suaves baisers le long de sa peau chaude. Contenant toute l’ivresse qu’il avait de se réveiller à ses côtés, Roman se perdait dans ses pensées, se demandant encore, pourquoi il ne profitait pas enfin de l’explosion de leur pacte. Mais quelque chose le retenait. Une alarme au fond de sa tête qui le défendait d’y songer en vue des nombreuses représailles dont il devrait faire face. Pourtant le Da Russo ne comprenait pas à quoi il pouvait s’attendre. Vulnérable dans ses certitudes bancales, il était préférable qu’il en reste là. C’est pourquoi il se redressait enfin pour aller à la douche non sans une remarque de son envergure. Comme si je n’avais pas remarqué, la caméra que t’as planqué pour profiter de la vue d’ici… Qu’il lui disait en un sourire amusé, plaisantant sur le fait, qu’Eileen était bien évidement capable de lui jouer ce genre de tour. L’ambiguïté prônée à son maximum, Roman délivrait des regards langoureux au corps nu d’Eileen et à la courbe de ses reins pour disparaître dans la salle de bain en embarquant avec lui, son tee-shirt, vulgairement jeté, en une offrande sensuelle. (…) Eileen avait invectivé Roman, plongé dans les eaux translucides, de se préparer. Une idée derrière la tête, Roman avait la vive envie, tout comme elle, de se retrouver pied à terre, avec le large, devant lui, et la terre ferme sous ses pieds. Les émotions fortes qu’ils avaient vécues devaient être évacuées et c’était pourquoi, Roman souriait d’avantage en sortant de l’eau, son corps parfaitement sculpté, captant les rayons du soleil pour faire tourner de l’œil les quelques employées qui se trouvaient sur le pont. Avant de partir, il n’avait pu s’empêcher de leur lancer quelques regards aguicheurs avant de se hâter à la suite de la Rosenbach. Un Mojito en main, le corps allongé sur l’un des immenses transats d’un blanc virginal, qui ornait le beach club, Roman sentait les effluves de l’alcool engourdir son cerveau. Tournant son regard vers Eileen avec un sourire aux lèvres, il la dévisageait derrière sa paire de Rayban Aviator, non sans faire un aller retour, entre ses lèvres ourlées, et son corps svelte et parfaitement dessiné. Sa question restant en suspens dans son esprit, Roman tentait de discerner une réponse cohérente. Mais elle ne venait pas. La vérité semblait plus facile à produire à présent qu’un vif mensonge qui pourrait cacher ses sentiments profonds. Celui d’hier. Parce qu’avec celui-là, j’ai vraiment cru que ce serait la fin. Et le dernier... Le dernier baiser ? La fin de leur amitié ? De cette histoire inachevée et sans début ni fin ? Sans liaison intermédiaire ? Roman, encombré par l’alcool et ses effets néfastes, en disait trop, sans se cacher. Combien de verres avaient-ils bu depuis leur arrivée ? Il ne comptait pas, se faisait resservir à foison sans même prendre le temps de faire une pause. Les lèvres sucrées, il souriait à Eileen et se rapprochait alors, affaissant le matelas sous son poids qui se tournait vers la silhouette à ses côtés. La preuve que non. Tu ne peux pas me résister. Qu’il disait en enfreignant tout ce qu’il avait jugé bon de maintenir, gravé dans son cahier de règles et bienséances à tenir aux côtés d’Eileen. Il déposait furtivement ses lèvres sur celles de sa meilleure amie, en un frôlement succin qui ne le délivrerait pas du poison qui l’infectait et remontait peu à peu à la source. C’était plutôt sa manière de combattre le jeu qu’elle commençait à semer dans l’air marin et paradisiaque, les entourant. Il s’écroulait avec un sourire satisfait, sur l’un des coussins et se retournait, exposant aux rayons mordants du soleil, son dos où saillaient ses muscles, halés. Roman était de toute manière condamné à l’exile. Le baiser d’hier avait éveillé bien plus que la peur irascible de la perdre. Mais des sentiments profonds qui n’avaient semblé, jamais le quitter. C’était la résurgence d’une obscure forteresse indéchiffrable, au fond de lui. Dis Eileen, hormis la nuit de notre rencontre, tu as déjà pensé à moi autrement que comme un ami ? Lui aussi pouvait jouer. Et même très bien. Si le mettre mal à l’aise était dans ses cordes, le Da Russo pouvait très bien se permettre de séjourner à son compte. La réponse, il ne voulait pourtant, sûrement pas l’entendre. Mais Roman avait bu et le courage des grands hommes, se forgeaient dans l’alcool, à coup de réunions interminables et de verres de scotch infinis. Et si on revenait en arrière, ce pacte, tu le prononcerais une nouvelle fois ? Voila qu’il devenait téméraire et que, à continuer ainsi, il finirait par s’en prendre plein les dents par une Eileen qui était loin de se laisser faire impunément. S’étendant alors sur le matelas, il appuyait sa tête sur ses bras croisés, et la laissait tourné vers Eileen, un sourire audacieux sur les lèvres et l’air espiègle, devant son envie de la prendre en traitre. Mais Roman, ce qu’il faisait bien, c’était lancer des machines dans une marche exhaustive mais dont il ne pouvait contrôler la trajectoire. Il ne rentrait que rarement dans les jeux d’Eileen. Mais tout avait été abolit hier soir. Et tout ne semblait que commencer dorénavant. Les règles avaient changé. Il était tant de savoir, jusqu’où, les limites pouvaient s’identifier à présent …



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MessageSujet: Re: vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes ! Sam 21 Mar - 0:02

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vous avez passé trois jours sur une plage à boire du rhum ? - bienvenue aux caraïbes !

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